‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 35 sur 538 · Courage^ cœur · texte numérisé non relu

Courage^ cœur

ses lois. La raison ^, en effet, n'est ^ jamais si faible que lorsque le plaisir domine ; et ce qui marque une opposition éternelle entre la raison et le plaisir, c'est que, pendant que la raison demande ^ une chose, le plaisir en exige une autre : ainsi l'âme"^, devenue captive du plaisir, est devenue en même temps ennemie de la raison. Voilà où elle est tombée quand elle a voulu emprunter des sens de quoi réparer ses pertes ^ ; mais ce n'est pas là encore la fin de ses maux. Ces sens, de qui elle ^ emprunte, empruntent eux-mêmes de tous côtés : ils tirent tout de leurs objets, et engagent par conséquent à tous ces objets extérieurs l'âme qui, livrée aux sens '^ , ne peut plus rien avoir que par eux.

Je ne veux point ici vous parler ^ de tous les sens pour vous faire avouer leur indigence : considérez seulement la vue à combien ^ d'objets extérieurs elle nous attache. Tout ce qui brille, tout ce qui rit aux yeux, tout ce qui paraît grand et magnifique, devient l'objet de nos désirs et de notre curiosité. Le Saint- Esprit nous en avait bien avertis lorsqu'il avait dit cette parole : « Nec sequanUir cogitationes suas, et oculos per res varias formcantes. Ne suivez pas vos pensées et vos yeux, vous souillant et vous corrompant », disons le mot du Saint-Esprit : « vous prostituant vousmêmes à tous les objets qui se présentent ^°. » Nous faisons tout le contraire de ce que Dieu commande : nous nous engageons de toutes parts ; nous, qui n'avions besoin que de Dieu, nous commençons à avoir besoin de tout. Cet homme croit s'agrandir avec son équipage

1. Yar. (effacée) : Il n'y a per- là, vous voyez manifestement que sonne qui ne sente combien la raison l'âme, en empruntant de ses sens, et le plaisir sont opposés, puisque s'est étrangement appauvrie. Mais nous voyons à chaque moment que elle ne peut pas en demeurer là, et pendant... le poids de son indigence la va pré-

Page 1