Nous ne savons d'où est tiré ce meurdrit. texte
jamais plus souffrir que par la violence des tourments. Ainsi, Messieurs, pour vous faire voir l'excellence du grand saint Sébastien, je suis déterminé à vous le faire voir sous deux belles qualités : 1° comme un chrétien courageux parmi les ténèbres du paganisme ; 2° comme un soldat invincible au milieu des rigueurs de son supplice et comme un martyr victorieux dans la violence de son martyre et l'excès de son courage : deux réflexions importantes qui feront l'éloge de notre grand saint et la matière de ce discours. Un peu d'attention, s'il vous plaît.
Premier Point.
La grandeur de la foi peut être considérée par [trois] belles circonstances : 1° si elle est généreuse ; 2° si elle est désintéressée ; 3° si elle est persévérante. Le courage lui donne la naissance, le détachement la conserve, mais la constance la conduit heureusement à son terme. Si elle n'est généreuse, c'est une lumière qui s'éteint à l'opposition d'un petit corps opaque; si elle n'est désintéressée, c'est une flamme, c'est une ^
; et si elle n'est constante,
c'est un feu follet qui se perd au moindre obstacle. Voilà pourquoi on la dépeint avec l'épée, le bandeau et la croix. L'épée pour [faire] voir son courage, le bandeau pour montrer qu'elle est aveugle et que, comme elle est détachée des choses matérielles, elle doit se détacher de tous les intérêts de la terre. On la dépeint avec la croix pour montrer l'exemplaire de la constance et le modèle de la persévérance qu'elle doit avoir. Ce sont les trois caractères que je trouve d'une façon particulière dans la foi du glorieux saint Sébastien, qui lui fait porter la qualité de chrétien courageux parmi les ténèbres et l'aveuglement du paganisme, l'' Elle est courageuse, parce qu'elle triomphe des passions et de ses sens. 2° Elle est désintéressée, puisqu'elle triomphe de ces avantages qu'il pouvait espérer à des belles promesses de l'empereur; et enfin elle est persévérante, puisqu'elle triomphe dans les obstacles qui pouvaient em-
1. On lit : fle solide qui est attachée à la matière. Passage altéré.
pêcher sa durée. Développons ceci pour faire comprendre cette vérité.
Il faut que vous entriez d'abord dans la pensée du Trismégiste ^, qui a, ce ipe semble, divinement exprimé la querelle que Dieu a suscitée contre l'homme. Les créatures sans raison, comme elles sont toutes limitées, elles ne peuvent pas aspirer à quelque haut degré de perfection, et partant elles n'ont besoin ni de mérites, ni de vertus. C'est pour cela que Dieu ne leur donne point de difficultés à surmonter. Elles suivent seulement leur instinct, et comme elles n'espèrent rien, elles n'ont aussi rien à craindre, ni rien à combattre. Mais l'homme, à qui Dieu a voulu donner la conduite de ses affections, comme il ne voit pas de bornes à ses perfections, il peut aussi toujours aspirer plus haut, sans jamais restreindre ses prétentions. C'est pourquoi il peut toujours mériter de plus en plus, tout le cours de sa vie n'étant qu'une guerre perpétuelle, qui lui fournit sans cesse des occasions pour faire paraître sa vertu. Cette guerre n'est autre que la répugnance de la chair et de l'esprit, guerre intestine, guerre perpétuelle, guerre qui dure autant que la vie : militia est vita homînis super terram (Job, vu, 1). Dans les autres créatures, comme tout y est animal, il n'y a point d'opposition, point de répugnance ; mais dans l'homme, parce que toutes les parties sont différentes, l'une étant corruptible, l'autre incorruptible, l'une du ciel, l'autre de la terre, l'une toute divine, l'autre charnelle, suivant la pensée de Tertullien ^ : partîcipata communîcatione mentis et corporîs sumus cœlum et terra, il s'ensuit qu'il se trouve nécessairement dans nous une antipathie qui ne cesse pas qu'une partie ne l'emporte sur l'autre.
Admirez ici, Messieurs, les desseins de notre Dieu, qui nous a suscité cette guerre pour être le sujet de notre victoire, et ne nous a élevé des ennemis que pour être des captifs de notre triomphe. Il est vrai que l'homme a donné par sa faute une grande prise sur soi à la nature, son ennemi capital, quand l'appétit sensuel
1. Hermès Tri smépfiste, assez sou- 2. On trouve, sinon l'expression,
vent cité par les prédicateurs du du moins l'idée dans le JDe resurretemps. ctione carnis.mAX.
s'accroît par la trahison du péché et la faiblesse de notre âme ; ce qui fait qu'il s'écrie : Multiplicati sunt inimici mei super me, que ses ennemis se sont multipliés, en même temps que son péché s'est soulevé contre lui : Iniquitates meœ supergressœ sunt. (Ps. xxxvii, 5). Ce serait donc assez de dire que saint Sébastien était homme, pour vous faire comprendre qu'il avait de puissants ennemis à combattre. Mais il me semble que la qualité de chrétien l'engage à des circonstances bien plus considérables. Car remarquez qu'il n'y a rien qui le puisse solliciter à entreprendre cette guerre contre lui-même. Il est parmi des idolâtres, dont l'occupation est de donner tout à leurs sens. Il ne se faut pas étonner si, adorant des dieux voluptueux, ils suivaient leurs vices en s 'attachant à leur culte et à leur doctrine. « Ils rougiraient, dit ce grand homme ^, de ne pas imiter ceux qu'ils adorent et ils croiraient leur faire tort si, en leur présentant de l'encens, ils ne reconnaissaient pas le modèle de leurs actions. » C'est cependant la condition malheureuse où notre invincible martyr se voit engagé par l'état de sa profession. Car vous savez. Messieurs, qu'il avait pris les armes sous les empereurs Dioclétian [et] Maximian, et que même il avait fait de si belles conquêtes qu'il avait mérité la charge de lieutenant-colonel en leur armée ; et vous m'avouerez que, s'il y a du libertinage, c'est particulièrement parmi les soldats, gens adonnés à la rapine, aux vols, et aux meurtres et aux impuretés. Il faut donc une foi bien courageuse pour surmonter tant d'ennemis que leur sort favorise et dont la concupiscence autorise les actions déréglées. Ah ! guerre du péché, que tu es funeste ! ennemi, que tu es puissant, puisque tu attaques au dedans et au dehors, et qu'ayant intelligence, tu peux [te] promettre un triomphe assuré, tellement que notre saint faisait ce beau dialogue : Quare posuisti me contrarium tihi? (Job, vu, 20). Ah ! mon Dieu, je ne puis exprimer les obligations que je vous ai de m 'avoir donné la foi et de m'avoir tiré des ténèbres de l'idolâtrie et de l'aveuglement du paganisme. Mais pour-