‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 397 sur 538 · Tertull.,TI .4dA''ai!io«es,vii · texte numérisé non relu

Tertull.,TI .4dA''ai!io«es,vii

quoi, mon Dieu, est-ce que, nonobstant cette grâce, je vous suis contraire? N'était-ce pas assez de cette conspiration extérieure des ennemis de votre gloire, sans mettre une contradiction immortelle dans mon corps et dans mon âme? Pourquoi m'avez-vous créé dans un état si contraire? Pourquoi une si grande répugnance à vous obéir? A quoi bon cet appétit qui m'empêche l'exécution de vos commandements? Mais entendez la réponse que lui fît Dieu : Victus erit a te appetitus tuus ^ : Ce combat n'est que pour te donner la victoire; cette répugnance n'est que pour faire éclater ta foi, et ces ennemis ne sont que pour rehausser ton triomphe.

Il me semble que, dans ce combat. Dieu se comporte à l'égard de notre saint comme un maître d'escrime avec ses écoliers de salle. Ce n'est pas ma pensée, c'est celle du Prophète, qui dit que Dieu nous donne l'industrie pour nous défendre, qu'il instruit nos mains au combat : Qui docet 7nanus meas ad hélium ^. (Ps. cxliii, 1). Il nous présente un plastron, plutôt pour marquer nos bons coups que pour servir de résistance. Qui docet manus meas ad py^œlium. Ou bien, disons avec saint Basile, qu'il fait comme un bon écuyer ou comme un maître d'académie ^ qui, pour apprendre à bien ajuster une lance, met un but seulement pour servir à ceux qui veulent faire paraître leur adresse, sans encourir d'autre danger qu'un retour de bras qui ne peut être causé que par le défaut de ceux qui le tirent, comme une juste peine de leur ignorance. Voilà le combat où notre grand et incomparable saint Sébastien est engagé. Mais voyons comme la foi en triomphe et [comme] cette qualité de chrétien le fait combattre et vaincre ses ennemis. C'est proprement la foi qui nous rend victorieux *, et il n'y a que cette vertu qui puisse mériter de triompher : ce qui oblige l'apôtre saint Paul ^ lorsqu'il décrivait un soldat chrétien, de lui donner la foi pour son bouclier, comme si elle seule était capable de

1. Allusion à Genèse, iv, 7. à faire des armes et tous les exer-

2. Le texte porte : Qui docet manus cices que doit savoir un gentilmeas ad prœlium, et digitos meos ad homme. (Richelet).

hélium. 4. I Joan., v, 4.

3. Acadéinie. Lieu où la jeune 5. Ephes., vi, 16 noblesse apprend à monter à cheval,

recevoir tous les coups des ennemis et de les rendre inutiles par la résistance. Ne cherchons pas d'autres preuves que par l'exemple que nous fournit ce saint athlète dont nous faisons aujourd'hui la fête.

L'empereur ayant été averti que notre saint, sous le nom de colonel, se servait même de son autorité impériale pour mieux défendre les chrétiens et tâcher de détourner du culte de ses dieux, et que, pour cet effet, il avait encouragé au martyre Marc et Marcellin, personnes de condition, à qui on avait différé l'arrêt de mort, pour voir si on gagnerait quelque chose sur leur esprit, et que saint Sébastien les avait non seulement excités au martyre, mais même qu'il attirait à son parti Tranquillin et Marcia. père et mère de Marcellin, vous pouvez vous imaginer si ce monstre d'enfer n'entra pas incontinent dans des sentiments de rage de voir le trône de Jésus-Christ établi sur la ruine de ses idoles. Ce qui l'obligea à faire venir notre saint, le reprendre témérairement et lui demander s'il était vrai qu'il fût chrétien et qu'il se servît de son autorité pour les protéger. Ah ! Sébastien, c'est ici qu'il faut que votre foi soit courageuse. Ce n'est pas assez de l'avoir dans la tête, il faut l'avoir dans la langue, et confesser hautement ce que vous avez dans le cœur. Ah ! Messieurs, n'appréhendez pas pour notre saint. Il répond hardiment et sans crainte de ce tyran et sans avoir égard aux mouvements de sa nature, qui le sollicitaient à se jeter dans les bonnes grâces de son prince pour vivre dans toute sorte de contentements. Mais il ne se soucie pas de ces considérations, qui sont néanmoins très puissantes parmi les courtisans et les gens d'épée. Il s'arme du bouclier de la foi, résiste à tous les efforts, combat avec une grandeur de courage incroyable la cruauté de ce prince. N'ai-je donc pas eu raison de vous dire que notre saint a paru comme un chrétien courageux parmi les ténèbres du paganisme?

Mais le deuxième caractère de sa foi consiste à avoir été désintéressée. Je vous ai déjà apporté quelques mots, vous faisant voir la grandeur de son courage à s'opposer à leur erreur et [à] se moquer de leurs dieux.

Sermons de Bossuet. — VI. 36

Vous avez compris sans doute comme il ne pouvait être intimidé par aucun avantage, ni charmé par les promesses. Tertullien demande dans son Apologie ^ si on peut licitement vivre avec les idolâtres et converser avec eux. Ce Père semble s'étonner que, dans son temps, on ait pu vivre avec les païens, et qu'ayant usé de même viande, on ne participe pas à leur erreur. Aussi les idolâtres de son siècle semblaient se moquer, voyant les chrétiens vivre avec eux et être contraints de [se] servir des mêmes aliments. Ce Père, prenant la parole pour tous les fidèles, fait cette belle réponse : Pares sumus vita, non disciplina^. Vous me reprochez que nous avons conversé avec vous, que nous avons mangé de même viande. Mais pour cela nous ne participons pas à votre erreur : Pares sumus vita, non disciplina. Vous me reprochez que nous avons conversé avec vous et que nous sommes sous les mêmes éléments ; mais sachez que, si notre condition malheureuse nous engage d'être avec vous, notre doctrine et notre profession nous en séparent, et que, si nous partageons ensemble les mêmes aliments, nous ne partageons pas la même loi. A Dieu ne plaise que nous soyons engagés dans les mêmes ténèbres et qu'un aveuglement commun nous fasse entrer en société de doctrine !

Voilà quel a été le dessein de Dieu engageant saint Sébastien avec les idolâtres : c'est qu'il a voulu faire éclater la foi et apprendre que cette lumière sombre qui ne donne sa clarté que dans les lieux ténébreux, lucerna lucens^, a néanmoins^ assez d'éclat pour dissiper les ténèbres de l'idolâtrie.

Mais voyez-le rompre les obstacles qui se présentent : car imaginez-vous quelles furent d'un côté les menaces de l'empereur pour intimider notre saint, et de l'autre les promesses qu'il lui faisait pour l'attirer à son parti. Ne conjecturez-vous pas combien de fois il lui représenta la grandeur de son extraction, la noblesse de sa famille, sa charge de colonel et ses beaux exploits qui l'avaient déjà rendu recommandable dans

1. De Jdololntria. xill, XTV. 8. II Petr.. l : quad lucernœ lucen-

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