‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 406 sur 538 · A : de celui qui a fait son · texte numérisé non relu

A : de celui qui a fait son

puyé sur des fondements feriues et inébranlables ; je m'y tiens aussi et n'en veux pas sortir.

Voilà donc cette âme raisonnable dans ses principes primordiaux attachée uniquement à son Dieu ; mais la malheureuse n'a pas demeuré lonotemps en cet état. Elle avait été faite à son image, mais elle a voulu être ^ quelque chose de plus : elle a voulu être comme lui. Connaître Dieu et l'aimer, c'est être à l'image de Dieu, car Dieu est Dieu parce qu'il se connaît et qu'il s'aime ; mais elle a voulu être Dieu, parce qu'elle a voulu se connaître et s'aimer soi-même ; et voilà la malheureuse et perverse imitation de Dieu en cette âme, comme parle saint Aufiustin. Dieu est Dieu parce qu'il est content par lui-même, et elle a voulu aussi être contente par elle-même. Ha ! malheureuse, tu dois rentrer en toi-même ; mais qui t'y fera rentrer après en être sortie de cette manière? La voilà donc sortie hors d'ellemême, et parce qu'elle ne parle plus que de ses perfections, dit saint Augustin, et qu'elle ne publie plus que ses propres avantages, la voilà tombée et déchue de la connaissance et de l'amour de Dieu, la voilà tombée en un malheureux état ; mais parce qu'elle est tombée de si haut, elle n'y demeurera pas longtemps, et Dieu l'abandonnera. Il sait bien ce qu'il lui doit, il la laisse à elle-même, et il ne lui doit pas autre chose. Voilà donc ce beau fondement qui tombe en Tuine ; voilà cette âme qui tombe dans le désordre et dans la confusion.

Mais voyons ciuel est le commencement de sa perte et de sa ruine. Elle s'est attachée à elle-même ; s'étant attachée à elle-même, elle s'est détachée de Dieu ; s'étant détachée de Dieu, Dieu l'abandonne, et par cet abandon, il la laisse et la confie à elle-même. E'étï*ange abandonnement ! Ha ! le malheureux état ! Elle y trouve cependant quelque apparence de bonheur et de prospérité. Mais que cette âme est aveugle ! mais que ce bonheur est faux et que cette prospérité est trompeuse ! Tu crois être riche, âme raisonnable, et tu vas voir que tu es réduite à la dernière misère et pauvreté ; tu te

Page 1