Ezech.,xxxiiT
DE m""^ de la vallière. 587
commence à tenir ce discours : O délaissement, ô abandonnement, où se commence et où se consomme le mystère de l'amour de Jésus! Laissons, Messieurs, à cette âme dé^aoée à considérer ce mystère du divin amour, puisque c'est en elle qu'il commence et qu'il se doit consommer, car le monde n'entend pas ce langage, et il n'y a rien qui le touche peut-être moins. Finissons, Messieurs. Vous êtes venus, Chrétiens, pour assister au grand spectacle de la piété et de la religion. Vous avez vu l'âme raisonnable égarée en tous ses pas et tellement égarée qu'en s 'éloignant de Dieu, elle s'est éloignée d'elle-même. Vous l'avez vue en même temps revenir sur ses pas. Qu'est-ce donc maintenant qui vous reste à faire? C'est de vous examiner et de voir si vous pouvez suivre ses pas. Que vous dit ici votre cœur? Parlez devant l'autel et commencez à vous prêcher vous-mêmes. Vous me dites que toutes ces austérités n'ont rien de charmant pour vous ; vous me dites qu'il n'y a rien dans cette variété d'objets qui vous touche, et tout au contraire vous me demandez si cette régularité est possible. On vous dira de là-haut que des choses bien plus difficiles sont possibles. — Mais, pour cela, il faut aimer Dieu, et pour l'aimer, il faut le connaître. Mais peut-on connaître Dieu sur la terre? — On vous dira de là-haut qu'on peut le connaître et l'aimer, mais que, pour l'aimer, il faut le trouver, et que, pour le trouver, il faut le chercher. — Mais peuton chercher Dieu dans le monde? — Oui, il faut que le monde même nous serve pour le chercher. Ha ! les rebuts et les mépris ne sont-ils pas assez capables de vous y engager? Il y a assez de perfidie, il y a assez de bizarrerie dans le monde pour vous obliger à vous attacher à Dieu. Car enfin, que vous prêche le monde? Je l'entends, et il vous dit: Ha! je suis dégoûté de tout ce qui est dans la religion ; pour moi, ie n'y trouve aucun goût, tout m'y est insupportable, et rien ne m'y plaît. Voilà le dernier excès de l'amour du monde ; mais sachez toutefois, âme raisonnable, que quiconque cherche Dieu dans le monde, l'y trouve : sa parole y est expresse. Vous ne le trouvez pas, dites-vous ; c'est donc que vous ne le cherchez pas. Ouvrez donc
VOS cœurs, pleurez, gémissez, et peut-être que vous trouverez dans ce cœur un orgueil caché ; peut-être y trouverez-vous quelques nouveaux engagements à la terre et au siècle ; peut-être est-ce cet engagement que vous avez lié avec cette créature qui fait que toutes les choses de la religion les plus saintes et les plus vénérables se tournent chez vous en railleries et en ridicules ; peut-être que c'est ce fond d'avarice qui était en vous qui a causé ce malheur ; ou enfin votre attention vous y fera découvrir quelque autre chose. Et si vous me demandez pourquoi le monde ne veut pas si tôt se convertir, je vous aurai satisfait en vous disant que c'est qu'il ne veut pas seulement y penser.
Il y aura peut-être quelque mondain qui me fera cette objection : Hé quoi, en faisant des méditations, établirai-je ma fortune? trouverai-je quelque bon emploi? Le Saint-Esprit sait cette objection. Messieurs; il l'a entendue, et il y a répondu. Il dit chez le prophète Malachie ^ : J'ai entendu vos vaines excuses. Je vois, dites-vous, que ce sont les hommes orgueilleux et entreprenants qui emportent tout, ce sont ces gens-là qui s'enrichissent eux-mêmes, qui s'établissent euxmêmes, qui œdificant semetipsos ^, et ils ne doivent leur fortune qu'à leur propre industrie ; les gens de bien écoutent les paroles de Dieu, ils les gardent soigneusement, mais ils n'osent ni parler assez hardiment, ni pousser les choses d'une manière assez audacieuse pour réussir dans leurs affaires. Mais voici ce que dit Dieu chez son prophète : Qui vous a dit que celui qui s'attache à moi ne fait pas ses affaires ? Vous le dites,pécheurs ; vous le dites, mondains ; mais je soutiens tout le contraire, et j'ai pour mon garant ces mots écrits de sa main : Je servirai ceux qui me servent, et je quitterai ceux qui m'abandonnent. Je considérerai mes serviteurs, j'aurai les yeux ouverts sur eux et le jour et la nuit. Je répandrai sans cesse sur eux mes grâces et mes miséricordes, je les reconnaîtrai comme mes serviteurs et je les couronnerai comme mes enfants, et vous verrez pour lors s'il y a de la différence entre celui qui sert Dieu et