A : changées. porter de ces vains ornements
parce que, s 'étant trop élevé, je le veux soumettre. Hé quoi ! pensez-vous que je veuille donner des plaisirs au corps ? Ha ! défîons-nous de ces plaisirs, ils nous ont perdus, ils se sont présentés à nous comme des espions qui cherchent à avoir l'entrée dans une place : d'abord ils se comportent sagement, puis ils prennent un peu de liberté, et enfin ils trahissent et vendent la place aux ennemis. Voilà ce qu'ont fait les plaisirs. D'abord ils ont dit : On est allé dans une trop grande rigueur. Du nécessaire on est allé à l'incommode, mais enfin, de la nécessité, ils nous ont fait aller au plaisir. Que faut-il donc dire. Chrétiens, si ce n'est qu'il ne faut pas suivre ses plaisirs? Vous avez raison, mes chères Sœurs, de ne point vouloir de plaisirs ; vous n'en avez point ou vous n'en avez que ce que vous donne la nécessité ; encore le nécessaire, lorsqu'il paraîtra délectable, vous sera-t-il suspect. Oui, la nécessité vous donnera assez de plaisirs. Couchez donc, couchez sur la dure ; la psalmodie de la nuit et les exercices du jour vous feront bien trouver le sommeil agréable et doux. Ecce nova facio omnîa. Voilà des nouveautés inconcevables. O austérités du corps, qui soutenez l'âme ! ô corps trop conservé, qui fais mourir l'âme! O Eve! ô Adam, ô monde ! ô fruit défendu, ô mes péchés, ô prix de ma rédemption, ô imitation de Jésus-Christ ! ô corps mortifié qui recevras une autre vie !
Voilà l'âme du chrétien revenue à soi ; elle commence à être maîtresse de son corps ; parce que son corps commence à souffrir, elle est au-dessus de son corps, ses liens intérieurs sont rompus et elle retrouve sa liberté tout entière. Hé ! nous avons trop aisément suivi nos désirs ; faisons donc agir une autre volonté et d'autres désirs sur nous. Cent portes fermées sur moi ! cent chaînes attachées sur moi! obéissance de toutes parts pour moi ! des yeux ouverts de tous côtés sur moi ! Je veux être observée de toutes parts. Ha! malheureuse liberté, que je te presserai bien par ces liens et que je t 'éteindrai par ces pointes de cilice. Ha ! je te tiendrai tellement esclave et roturière que tu n'auras plus de quoi commander avec empire, et que tout ton emploi sera une entière soumission.
586 SERxMON POUR LA PROFESSION
La voilà donc, cette âme, qui captive ses sens sous l'obéissance de sa raison, et son esprit sous l'empire de la foi. Ecce nova facio omnîa. Voilà une chose bien nouvelle, Messieurs, et c'est que cette âme se détache d'elle-même, afin qu'elle soit plus à elle-même. Voilà donc cette âme rentrée en elle-même ; elle est proche d'elle-même et elle peut dire maintenant : Convertimini, convertimini a vîis vestrîs pessîmis ^ : pécheurs, convertissez-vous et rentrez en vous-mêmes comme moi. Cette âme est toute changée : elle ne parle plus de cette malheureuse immensité de ses désirs, elle abandonne ses passions afin de se mieux connaître. Elle a pour sa prudence la vérité, car elle ne suit plus que les règles de la vérité ; la vérité est sa force, car cette âme trouve toute sa force en Dieu ; la vérité est sa tempérance, car elle assaisonne toutes choses de cette vérité ; enfin la vérité est sa justice, car cette âme est toute transportée d'amour, et elle ne conserve rien que Dieu. Je vous demande. Messieurs, si les hommes qui sont possédés de la passion d'amour conservent de l'orgueil et de la fierté devant les objets qu'ils aiment. Ha! cela ne se peut; cette âme ne conserve donc plus d'orgueil en présence de Dieu, parce qu'elle se considère toute transportée et toute abîmée en Dieu, elle ne voit plus que des feux et que des ardeurs divines autour d'elle, elle considère le mauvais feu dont elle est sortie, mais elle voit en même temps le feu divin par où elle retourne. Cette âme ne dit plus : C'est moi qui me suis faite ; mais elle dit : C'est Dieu qui m'a faite. Et comme le soleil, le père des astres et des lumières, ne dit pas : C'est moi qui me suis fait lumineux ; mais il dit : C'est Dieu qui me fait lumineux ; de même cette âme ne dit pas : C'est moi qui me suis faite juste, mais : C'est Dieu qui me fait juste ; il faut donc que je sois toujours attachée à lui, il faut donc que je me confonde avec ses lumières et ses ardeurs, et qu'il me brûle. Et puis, dit-elle, si nous nous aimons nous-mêmes, ne devons-nous pas toujours être attachés à Dieu, puisqu'il est le principe de nos perfections? C'est ainsi que cet esprit éclairé connaît tous ses défauts, de sorte que cette âme dégagée