CLX. Qualités que doit avoir le nôtre
La première qualité que doit avoir notre jugement, c^est la douleur ; la seconde, la confusion ; la troisième, e^est d'entrer dans le sentiment de la justice de Dieu,
soi-
s 'accabler et se renverser même.
CLXI. Combien le jugement de Dieu est pénétrant. Nécessité de la douleur pour nous bien juger nousmêmes.
Pesez le chapitre iv de VÉpHre aux Hébreux. Vivus sermo Dei :
« La parole de Dieu est vivante et efficace, et elle perce plus qu'une épée à deux tranchants ; elle entre et pénètre jusque dans les repliai de rame et de V esprit, jusque dans les jointures et dans les moelles, et elle démêle les pensées et les mouvements du cœur ». Voyez la victime qui avait été égorgée ; on Vécorchait, la "raisse était séparée d'avec la chair; les reins, les entrailles étaient mis à part ; on faisait, pour ainsi dire, l'anatomie de la victime. C^ est ainsi que Dieu, comme un chirurgien, avec son couteau affilé à deux tranchants à la main, qui est sa parole, nénètre les jointures, les moelles, les pen-
DEFORIS ET BOSSUET.
donne la vie, mais proportionnée : aux justes, une vie de joie ; aux pécheurs, vie de douleur. Torsiones et dolores.
Is. VIII, 8.
Ce n'est pas tout de penser à vos péchés : douleur. Car c'est le jugement de Dieu prévenu. Or ce jugement douleur.
Donc, si point douleur ici, point de jugement de Dieu.
Or, si nous ne nous jugeons, nous serons jugés, etc.
2 P. — Jer. Sicut fur deprehensus, ii, 26. — TJnusquisque ad proximum suum... faciès combustas vultus eorum. Is. XIII, 8.
Honte, ténioignaoe
sées,les intentions les plus secrètes et fait dans la partie la plus spirituelle de notre être, comme une espèce d'anatomie sur un sujet vivant. La douleur, pour prévenir son jugement, doit donc être vive, comme sa parole Vest : Vivus sermo. Ce glaive est vivant ; il donne la vie, mais proportionnée :
aux justes, une vie de joie ; aux pécheurs, wr^e vie de douleurs: ails doivent être comme agités de convulsions et de douleurs, il faut qu^ils souffrent des maujc comme une femme qui est en travail, Torsiones et dolores tenehunt, quasi parturiens dolehunt. »
Ce n'est pas tout de penser à vos péchés, la douleur vous est encore nécessaire ; car c'est le point essentiel de bien prévenir le jugement de Dieu. Or, ce jugement produit la plus vive douleur :donc, si point de douleur ici, point de jugement de Dieu ; or, si nous ne nous jugeons, nous serons jugés.
CLXII. Quelle doit être notre confusion à la Yue de nos iniquités. Effets de cette confusion dans l'âme qui en est remplie.
La confusion est la seconde qualité : elle doit être semblable à celle d'un l'oleur qui est surpris dans son délit : quomodo confunditur fur quando deprehenditur.
// faudrait que les pécheurs qui déplorent sincèrement leurs excès, et cjui veulent prévenir le juge-
du pécheur contre soi-même.
Tendresse dans le front. Nobis confusio faciei. Dan., ix, 6, 8. — Les grands comme les petits.
Regibus nostris . . .
Deus meus, confundor et erubesco ievare faciem meam ad te. I Esdr., IX, 6.
Ecce coram te sumus in delicto nostro ; non enim stari [potest] super hoc.
5^^. 15. Reges no-
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ment du Seigneur, imitassent, par esprit de pénitence ceux qui, à son approche, saisis d^une crainte trop tardive, se regarderont Vun Vautre avec étonnement, et dont les visages seront desséchés comme sHls avaient été brûlés par le feu :
Unusquisque ad proximum suum stupehit, faciès combustae vultus eorum. Cette honte est le témoignage du pécheur contre soi-même ; elle produit une tendresse dans le front, qui le fait rougir saintement des désordres de sa vie et qui lui fait dire, d^un cœur vivement pénétré: ce II ne nous reste que la confusion de notre visage :
Nobis confusio faciei. ))Les grands comme les petits doivent s^en revêtir et en être couverts : Regibus nostris, principihus nostris. L^effet de cette confusion, c^est de nous faire entrer dans de grands sentiments de notre indignité, qui nous portent à nous anéantir devant Dieu, et nous empêchent même de lever les yeux en sa présence, parce que nos iniquités sont alors comme un poids sur notre tête, qui nous oblige de nous abaisser toujours plus profondément. Deus meus, confundor et erubesco Ievare faciem meam ad te ; quoniam iniquitates nostrœ multplicatœ sunt super caput nostrum.
Ce n^est pas seulement la considération des châtiments que le péché nous attire, qui doit nous tenir dans cet état dliumiliation ; mais la vue du péché en lui-même.
DEFORIS ET BOSSUET.
stros, principes nostros, prophetas nostros. II Esdr., ix,
In operibus nostris pessimis et in delicto nostro magno. I Esdr., ix,13.
Le grand péché, le dominant, qui a entraîné tous les autres.
Statuam te. — Peccatum meum contra te est semper ^.
de sa laideur^ de Vo'pposition qu'oïl met entre Dieu et nous, pour pouvoir lui dire avec Esdras : ce Vous nous voyez abattus devant vos y eux, dans la vue de notre péché ; car, après cet excès, on ne peut pas subsister devant votre face : Ecce coram te sumus in delicto nostro ; non enim stari potest coram te super hoc. »
Et ne nous bornons pas à une vue générale de nos désordres ; mais sondons le fond de nos cœurs, pour y découvrir le grand péché, le péché dominant, qui a entraîné tous les autres et qui a provoqué d'une 7nanière toute particulière la colère de Dieu sur nous. Omnia quse venerunt super nos in operibus nostris pessimis, et in delicto nostro magno.
C'est ce péché capital que nous devons combattre avec le plus de vigueur, pour parvenir à une véritable conversion, parce qu'en subjuguant l'inclination qui commande en nous, nous abattrons du même coup toutes les autres qui en dépendent, et le cœur se trouvera affranchi de l'empire des passions. On ne doit pas craindre les difficultés qu'on peut éprouver dans ce combat, parce qu'on parviendra sûrement à vaincre ses inclinations, pourvu qu'on entreprenne sa conversion avec force ; et s'il en coûte pour résister à soimême, le plaisir que l'on goûte à se faire violence est bien propre