‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 420 sur 538 · Yoy.p · texte numérisé non relu

Yoy.p

3 P. Ninive renversée par la pénitence... La pécheresse, aux pieds de Jésus, renverse tout.

Les larmes arrêt[ent] justice. — Sur les larmes de saint Pierre.

2 Serm. — S'examiner sur la résolution, 3 sur les moyens, 4 un de ces moyens le souvenir de la sainte Passion de Jésus-Christ.

2 Serm. — S'examiner sur la résolution. Si sincère.

DE FOR I s ET BOSSUET.

à nous animer et à nous dédommager abondamment de tous nos sacrifices .

CLXIIL Comment il faut que le pécheur entre dans les sentiments de la justice divine.

Mais il faut encore entrer dans les sentiments de la justice divine, et pour cela imiter Ninive renversée par la pénitence ; prendre surtout pour modèle la pécheresse aux pieds de Jésus, qui renverse tout, en faisant servir à la réparation de ses iniquités tout ce qui lui a servi d^instrument pour les commettre.

CLXIY. Examen qu'il doit faire de ses résolutions et des moyens qu'il prend pour assurer sa conversion.

Si Von ne veut pas se tromper dans une affaire d^aussi grande conséquence, il est très essentiel de bien s'examiner sur la sincérité de ses résolutions, sur les moyens' qu^on prend pour les rendre efficaces, pour assurer sa conversion et produire de dignes fruits de pénitence. Un de ces moyens, c^est le souvenir de la sainte Passion de Jésus-Christ, où nous devons puiser le véritable esprit de pénitence et la force de la faire, qui en doit être la règle, le modèle, et que nous ne saurions trop méditer, si nous voulons bien comprendre tout ce que la justice divine exige du pécheur pour se réconcilier avec lui.

CLXY. Vigilance que doivent avoir les pécheurs convertis.

[Il n'est pas moins nécessaire

DEFORIS ET BOSSUET. 601

de s'éprouver sur les précautions et sur le ré<2,ime qu'on se prescrit pour conserver la santé.]

Lorsqu'on l'a recouvrée, on a surtout besoin d'une grande vigilance pour éviter les petits péchés, « de peur que l'esprit, accoutumé aux fautes légères, n'ait plus horreur des plus grandes, » etc. \

CLXYI. Effets de cette vigilance.

Cette vigilance si nécessaire pour conserver la grâce doit nous faire prendre garde, etc.

1. Il est inutile de reproduire ce Deforis dans la préface de son tome

numéro et le suivant en entier puis- IV, p. cix. (( S'éprouver sur les réso-

qu ils sont étrangers à ce discours. lutions, s'éprouver sur les précau-

La partie qui est entre crochets, est tions et sur le régime. » la suite de la pensée donnée par

(Vers 1G90).

Ce n'est pas un discours au sens moderne du mot, mais un de ces écrits de piété que Bossuet composait à l'intention de certaines religieuses de son diocèse. Celui-ci fut achevé vers 1690, pour M™^ de Luynes, du monastère de Jouarre, qui avait demandé au prélat une explication de l'épître de la messe du samedi saint ^. Après l'avoir envoyé à Jouarre, Bossuet, ainsi qu'il le faisait souvent, dlit réclamer son texte. En 1692, il le fit passer à M™® Subtil de Saint-Antoine, de la Congrégation Notre-Dame, à Coulommiers 2. Il y avait ajouté quelques réflexions. C'est sans doute à cause de ces additions que M"*° d'Albert redemanda le manuscrit original ; et il lui fut porté par Ledieu 2.

Cet écrit fut publié pour la première fois par l'abbé Bossuet, à la fin du tome IV des Méditations sur V Évangile ; il lui donna le titre de Discours sur la vie cachée en Dieu, que nous lui conservons ^.

Pour ce Discours, Bossuet n'a fait aucun emprunt à ses sermons. On y rencontre cependant plusieurs idées développées en chaire par le grand orateur. Voir, par exemple, sur l'amour de la vie cachée, la conclusion du premier panégyrique de saint Josepli (t. III, p. 662 à 665) ; sur la louange des hommes, le tome III,

1. Le manuscrit autographe con- opuscule avec l'année où il fut porté serve à la Bibliothèque Nationale à Coulommiers. En effet, on peut (fr. 12820) est formé de quinze voir à l'Arsenal (ms. 5885) une belle cahiers écrits à moitié page, aux- copie exécutée en 1(590, pour l'usage quels on a joint quatre pages plei- personnel de M^e de Kodon de Saintnes, qui, d'après une note de Le- Michel, autre religieuse de Jouarre, dieu, doivent être insérées à la copie à laquelle manquent les pages page 32. Il est sans titre, et porte de texte ajoutées postérieurement, simplement l'indication du passage ainsi qu'il a été dit tout à l'heure, de l'épître aux Colossiens (Coloss., — On trouve aussi ce discours à la III, 8, 4), qui en est le sujet. Led'eu suite de plusieurs copies des lettres lui a donné pour titre, d'abord: à Mme Cornuau et à Mme d'Albert. Discours sur l'épître du smnedi saint, 2. Une note de Ledieu sur l'oriau temps de Pâques 1692; et plus gin al : « Le 1er avril, porté à Coutard, après la mort de Bossuet, il lommiers le discours sur l'épître du ajouta cette note: a Discours sur samedi saint pour ma Sœur de Saint- Vépître du samedi saint : Vous êtes Antoine Subtil. )) wor«.<î, etc., fait par feu Mgr l'évêque 8. Cf. Correspo'idence de Bossuet, de Meaux, en 1692, au temps de édition Urbain et Levesque, t. V, Pâques, pour Mme de Luynes, de p. 19 L

Jouarre, original de la main de 4. La copie de M^e de Rodon est

l'auteur ». Mais Ledieu a confondu intitulée : Réflexions sur Vépître du

la date de la composition de cet samedi saint.

p. 348; sur les talents, le tome VI, p. 438; sur les honneurs, le tome V, p. 46 à 49 et 56; etc.

Vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ. Quand Jésus-Christ, qui est votre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez en gloire avec lui. (Coloss., III, 3 et 4.)

Vous êtes morts : à quoi ? au péché. Vous y êtes morts par le baptême, par la pénitence, par la profession de la vie chrétienne, de la vie relgieuse. Vous êtes morts au péché, et comment pourriez-vous donc maintenant y vivre? (Rom., vi, 2.) Mourez-y donc à jamais et sans retour.

Mais, pour mourir parfaitement au péché, il faudrait mourir à toutes nos mauvaises inclinations, à toute la flatterie des sens et de l'orgueil. Car tout cela, dans l'Écriture, s'appelle péché, parce qu'il vient du péché, parce qu'il incline au péché, parce qu'il ne nous permet pas d'être absolument sans péché.

Quand est-ce donc que s'accomplira cette parole de saint Paul : Vous êtes morts? A quel bienheureux endroit de notre vie? quand serons-nous sans péché? Jamais dans le cours de cette vie, puisque nous avons toujours besoin de dire : Pardonnez-nous nos péchés. A qui donc parle saint Paul, quand il dit : Vous êtes morts? Est-ce aux esprits bienheureux? Sont-ils morts, et ne sont-ils pas au contraire dans la terre des vivants ? Sans doute ce n'est point eux à qui saint Paul dit : Vous êtes morts ; c'est à nous, parce qu'encore qu'il y ait en nous quelque reste de péché, le péché a reçu le coup mortel. La convoitise du mal reste en nous, et nous avons à la combattre toute notre vie ; mais nous la tenons atterrée. Nous la tenons ; mais la tenons-nous atterrée et abattue ? Nous le devrions ; nous le pouvons avec la grâce de Dieu, et alors elle recevrait le coup mortel ; et si pendant le combat elle nous donnait quelque atteinte, nous ne cesserions de gémir, de nous humilier, de dire avec saint Paul : Qui me délivrera de ce corps de mort? (Rom., vu, 24.) Vous en êtes donc délivrée, âme chrétienne ; vous en êtes délivrée en espérance et en vœu. Vous êtes morts : il ne vous faut

plus qu'une impénétrable retraite pour vous servir de tombeau ; il ne vous faut qu'un drap mortuaire, un voile sur votre tête, un sac sur votre corps, d'où soient bannies à jamais toutes les marques du siècle, toutes les enseignes de la vanité ; cela est fait : Vous êtes morts.

Et votre vie est cachée. Ce n'est donc pas une mort entière : c'est ce que disait saint Paul : Si Jésus-Christ est en vous, votre corps est mort à cause du péché c^ui y a régné, et dont les restes y sont encore ; mais votre esprit est vivant à cause de la justice qui a été répandue dans vos cœurs avec la charité. (Rom., viii, 10.) C'est à raison de cette vie de la justice que saint Paul nous dit aujourd'hui : Et votre vie est cachée. Qu'on est heureux, qu'on est tranquille ! Affranchi des jugements humains, on ne compte plus pour véritable que ce que Dieu voit en nous, ce qu'il en sait, ce qu'il en juge. Dieu ne juge pas comme l'homme : l'honnne ne voit que le visage, que l'extérieur ; Dieu pénètre le fond des cœurs. Dieu ne change pas comme l'homme, son jugement n'a point d'inconstance; c'est le seul sur lequel il faut s'appuyer : qu'on est heureux alors, qu'on est tranquille ! On n'est plus ébloui des apparences, on a secoué le joug des opinions ; on est uni à la vérité, et on ne dépend que d'elle.

On me loue, on me blâme, on me tient pour indifférent, on me méprise, on ne me connaît pas, ou l'on m'oublie ; tout cela ne me touche pas : je n'en suis pas moins ce que je suis. I/homme se veut mêler d'être créateur, il me veut donner un être dans son opinion ou dans celle des autres : mais cet être qu'il me veut donner est un néant. Car qu'est-ce qu'un être qu'on me veut donner et qui néanmoins n'est pas en moi, sinon une illusion, une ombre, une apparence, c'est-à-dire dans le fond un néant? Qu'est-ce que mon ombre qui me suit toujours, tantôt derrière, tantôt à côté? t^st-ce mon être, ou quelque chose de mon être? Rien de tout cela. Mais cette ombre semble marcher et se remuer avec moi ? Ce n'en est pas plus mon être. Ainsi en est-il du jugement des hommes, qui veut me suivre partout, me peindre, me figurer, me faire mouvoir à sa fantaisie, et il croit par là me donner une sorte d'être. Mais, au fond.

je le sens bien, ce n'est qu'une ombre, qu'une lumière changeante, qui me prend tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, allonge, apetisse, augmente, diminue cette ombre qui me suit ; la fait paraître en diverses sortes à ma présence, et la fait aussi disparaître en se retirant tout à fait, sans que je perde rien du mien. Et qu'est-ce que cette image de moi-même que je vois encore plus expresse et en apparence plus vive dans cette eau courante? Elle se brouille et souvent elle s'efface elle-même ; elle disparaît quand cette eau est trouble : qu'ai-je perdu? Rien du tout qu'un amusement inutile. Ainsi en est-il des opinions, des bruits, des jugements fixes, si vous voulez, où les honmies avaient voulu me donner un être à leur mode. Cependant, non seulement je m'y amusais comme à un jeu ^, mais encore je m'y arrêtais comme à une chose sérieuse et véritable ; et cette ombre et cette image fragile me troublait et m'inquiétait en se changeant, et je croyais perdre C[uelque chose. Désabusé maintenant d'une erreur dont jamais je ne me devais laisser surprendre et encore moins entêter, je me contente d'une vie cachée, et je consens que le monde me laisse tel que je suis. Qu'on est tranquille alors! Encore un coup, qu'on est heureux !

O homme qui me louez, que voulez-vous faire? Je ne parle pas de vous, homme malin f^ui me louez artificieusement par un côté pour montrer mon faible de l'autre ; ou qui me donnez froidement de fades, de faibles louanges, qui sont pires que des blâmes ; ou c[ui me louez fortement peut-être pour m 'attirer de l'envie, ou pour me mener où vous voulez par la louange, ou pour faire dire que j'aime à être louéj et ajouter ce ridicule, le plus grand de tous, aux autres que j'ai déjà : ce n'est pas de vous que je parle, louangeur faible ou malin ; je parle à vous qui me louez de bonne foi, et c'est à vous cjne je demande : Que voulez-vous faire de moi ? Me cacher mes défauts, m 'empêcher de me corriger, me faire fol de moi-même, m'enfler de mon mérite prétendu ; dès là me le faire perdre et m 'attirer trois ou quatre fois de la bouche du Sauveur cette terrible sentence : En vérité,

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