Édit. : rien
en vérité f je vous le dis, ils ont reçu leur récompense? » Taisez-vous, ami dangereux : montrez-moi plutôt mes faiblesses, ou cessez du moins de m 'empêcher d'y être attentif en m 'étourdissant du bruit de vos louanges. Hélas ! que j'ai peu de besoin d'être averti de ces vertus telles quelles que vous me vantez ! Je ne m'en parle que trop à moi-même, je ne m'entretiens d'autre chose; mais à présent je veux changer : Ma vie est cachée : s'il y a quelque bien en moi. Dieu qui l'y a mis, qui l'y conserve, le connaît. C'est assez : je ne veux être connu d'autre que de lui. Je me veux cacher à moi-même : Malheureux Vhomme qui se -fie à Vhomme ^, et attend sa gloire de lui ! Par conséquent, malheureux l'homme qui se fie ou qui se plaît à lui-même, parce que luimême n'est qu'un homme, et un homme à son égard plus trompé et plus trompeur que tous les autres ! Taisez-vous donc, pensers trompeurs, qui me faites si grand à mes yeux ! Ma vie est cachée ; et si je vis véritablement de cette vie chrétienne dont saint Paul me parle, je ne le sais pas : je l'espère, je le présume de la bonté de Dieu ; mais je ne le puis savoir avec certitude. On me blâme, on me méprise, on m'oublie : quel est le plus rude à la nature, ou plutôt à l'amour-propre? Je ne sais. Qu'importe au monde que vous soyez, où vous soyez, ou même que vous soyez? Cela lui est indifférent: on n'y songe seulement pas. Peut-être aimerait-on mieux être tenu pour quelque chose par être ^ blâmé, que d'être ce pur néant qu'on laisse là. Vous n'êtes pas fait, vous dit-on, pour cet oubli du monde, pour cette obscurité où vous passez votre vie, pour cette nullité de votre personne, s'il est permis de parler ainsi : vous étiez né [pour] tout autre chose, ou vous méritiez tout autre chose ; que n'occupez-vous quelque place comme celuici, comme celle-là, qui n'ont rien au-dessus de vous ? — Mais pour qui voulez-vous que je l'occupe? Pour moi, ou pour les autres? Si c'est seulement pour les autres, je n'en ai donc pas besoin pour moi : je n'en voudrais pas, si on ne me comparait avec les autres. Mais n'estil pas bien plus véritable de me regarder moi-même par