‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 424 sur 538 · Matth., VI · texte numérisé non relu

Matth., VI

éternels? Ha, que ma vie soit cachée pour n'être point sujette à ces illusions !

— Dites ce que vous voudrez : Il est beau de savoir forcer l'estime des hommes, de se faire une place où l'on se fasse regarder ; ou, si l'on y est par son mérite, par sa naissance, par son adresse, en quelque sorte que ce soit, y étaler toutes les richesses d'un beau naturel, d'un grand esprit, d'un génie heureux, et vaincre enfin l'envie ou la faire taire. C'est une fumée, si vous le voulez, disait quelqu'un ; mais elle est douce : c'est le parfum, c'est l'encens des dieux de la terre. — Est-ce aussi celui du Dieu du ciel? S'en croit-il plus grand, plus heureux pour être loué et adoré? a-t-il besoin de cet encens, et l'exige-t-il des hommes et des anges pour autre raison que parce qu'il leur est bon de le lui offrir? Et que dit-il à ceux qui se font des dieux par leur vanité, sinon qu^il brisera leur fragile image dans sa cité sainte, et la réduira au néant (Ps. lxxii, 20), afin que nulle chair ne se glorifie devant lui ^, et que toute créature confesse qu'il n'y a que lui qui soit?

Et pour ceux qu'il a faits des dieux, véritables en quelque façon, en imprimant sur leur front un caractère de sa puissance, les princes, les magistrats, les grands de la terre, que leur dit-il du haut de son trône et dans le sein de son éternelle vérité? J'ai dit: Vovs êtes des dieuœ, et vous êtes tous les enfants du Très-Haut ; mais vous mourrez comme les hommes, et comme ont fait tous les autres grands (Ps. lxxxi, 6, 7) ; car personne n'en est échappé. Terre et poudre, pourquoi donc vous enorgueillissez-vous? (Eccli.,, x, 9). Laissez-moi donc être terre et cendre à mes yeux : terre et cendre dans le corps, quelque beau, quelque sain qu'il soit ; encore plus terre et cendre au dedans de l'âme, c'est-à-dire un pur néant, plein d'ignorance, d'imprudence, de légèreté, de témérité, de corruption, de faiblesse, de vanité, d'orgueil, de jalousie, de lâcheté, de mensonge, d'infidélité, de toute sorte de misères. Car, si je n'ai pas tout cela à l'extrémité, j'en ai les principes, les semences; j'en ressens dans les occasions les effets funestes. Je

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