‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 425 sur 538 · I Cor., I · texte numérisé non relu

I Cor., I

Sermons de Bossuet. — VI. lo

résiste dans les petites et faibles tentations par orgueil plutôt que par vertu ; et je voudrais bien me pouvoir dire à moi-même que je suis quelque chose, un grand homme, une grande âme, un homme de cœur et de courage. Mais qui m'a dit que je me tiendrais, si j'étais plus haut? Est-ce qu'à cause que je serai vain à me produire et téméraire à m 'élever, Dieu se croira obligé à me donner des secours extraordinaires? Voilà donc les talents que vous voulez que j'étale : mes faiblesses, mes lâchetés, mes imprudences. Non, non, ma vie est cachée: laissez-moi dans mon néant ; laissez-moi décroître aux yeux du monde comme aux miens; que je connaisse le peu que je suis, puisque je n'ai que ce seul moyen de me corriger de mes vices. Les yeux ouverts sur moimême, sur mes péchés et sur mes défauts, en un mot sur. mon indignité, je jouirai sous les yeux de Dieu de la justice que me fait le monde de me blâmer, de me décrier, de me déchirer s'il veut, de me mépriser, de m'oublier s'il l'aime mieux de la sorte, et de me tenir pour indifférent, pour un rien à son égard. Et plût à Dieu ! car je pourrais espérer par là de devenir quelque chose devant Dieu.

Et ma vie est cachée en Dieu : cachée en Dieu, quel mj^stère ! cachée dans le sein de la lumière, dans le principe de voir. Oui, cette haute et inaccessible lumière me cache le monde, me cache au monde et à moi-même : je ne vois que Dieu, je ne suis vu que de Dieu ; je m'enfonce si intimement dans son sein, que les yeux mortels ne m'y peuvent suivre. De mon côté, je ne puis me détourner d'un si digne, d'un si doux objet; attaché à la vérité, je n'ai plus d'yeux pour les vanités. C'est ainsi que je devrais être : s'il y a en moi quelque chose de chrétien, c'est ainsi que je veux être. O Dieu, mes yeux s^ affaiblissent, s^ éblouissent, se confondent à force de regarder en haut. (Is., xxxviii, 14) . Mes yeux défaillent, 6 Seigneur, pendant que j^espère en vous. (Ps., lxviii, 4) . O Seigneur, soutenez ces yeux défaillants ; arrêtez mes regards en vous, et détournezles des vanités, des illusions des biens trompeurs, de tout l'éclat de la terre, afin que je ne les voie seulement pas, et qu'un tel néant ne tire pas seulement de moi un coup

d'œil : Averte oculos meos^ ne videant vanitatem. (Ps. ex VIII, 37) . Mais ajoutez ce qui suit : In via tua vivifica me : donnez-moi la vie en m'attachant à vos voies; que je ne voie pas les vanités ; que j'en retire tout, jusqu'à mes yeux. C'est par là qu'en m'attachant à vos voies, vous me donnerez la vie, et ma vie sera cachée en vous.

Celui qui aime Dieu, disait saint Paul, en est connu. (I Cor., VIII, 3). Maintenant que vous connaissez Dieu, ou que vous en êtes connu, comment pouvez-vous retourner a ces faibles et stériles observances où vous voulez vous assujettir de nouveauf (Gai., iv, 9). C'est ce que disait saint Paul en parlant des observances de la Loi, et on le peut dire de même de tous les stériles attachements de la terre et de toute la ^-loire du monde. Maintenant que vous avez connu Dieu, ou plutôt que vous êtes connu de lui, que votre vie est cachée en lui, que vous ne voyez que lui, et qu'il est, pour ainsi parler, attentif à vous regarder, comme s'il n'avait que vous à voir, comment pouvez-vous voir autre chose, et comment pouvez-vous souffrir d'autres yeux que les siens?

Et votre vie est cachée en Dieu. Je vous vois donc. Seigneur, et vous me voyez ; et plût à Dieu que vous me vissiez de cette tendre et bienheureuse manière dont vous privez justement ceux à qui vous dites : Je ne vous connais pas ^ ! Plût à Dieu que vous me vissiez de cette manière dont vous voyiez votre serviteur Moïse, en lui disant : Je te connais par ton nom, et tu as trouvé grâce devant moi (Exod., xxxiii, 12) ; et un peu après: Je ferai ce que tu demandes, car tu plais à mes yeux, et je te connais par ton nom ; c'est-à-dire je t'aime, je t'approuve ! Mon Dieu, si vous me connaissez de cette sorte, si vous m'honorez de tels regards, qu'ai-je à désirer davantage? Si vous m'aimez, si vous m'approuvez, qui serait assez insensé pour ne se pas contenter de votre approbation, de vos yeux, de votre faveur? Je ne veux donc autre chose : content de vous voir, ou plutôt d'être vu de vous, je vous dis avec le même Moïse : Montrez-moi votre gloire, montrez-vous vousmême. Et si vous me répondez comme à lui (ihid.,

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