‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 430 sur 538 · Ce paragraphe et le suivant ont 4. Luc, il · texte numérisé non relu

Ce paragraphe et le suivant ont 4. Luc, il

œuvres et d'être ignoré de ses créatures. Car il était de sa bonté de se communiquer aux hommes, et de ne se pas laisser sans témoignage ; mais il est de sa justice et de sa grandeur de se cacher aux superbes, qui ne daignent pour ainsi dire ouvrir les yeux pour le voir. Qu'a-t-il affaire de leur reconnaissance? Il n'a besoin que de lui : si on le connaît, ce n'est pas une grâce qu'on lui fait, c'est une grâce qu'il fait aux hommes, et on est assez puni de ne le pas voir. Sa gloire essentielle est toute en lui-même, et celle qu'il reçoit des hommes est un bien pour eux, et non pas pour lui. C'est donc aussi un mal pour eux, et le plus grand de tous les maux, de ne le pas glorifier ; et en refusant de le glorifier, ils le glorifient malgré eux d'une autre sorte, parce qu'ils se i*endent malheureux en le méconnaissant. Qu'importe au soleil qu'on le voie? Malheur aux aveugles à qui sa lumière est cachée, malheur aux yeux faibles qui ne la peuvent soutenir ! Il arrivera à cet aveugle d'être exposé à un soleil brûlant ; et il demandera : Qu'est-ce qui me brûle ? On lui dira : C'est le soleil. — Quoi ! ce soleil que je vous entends tous les jours tant louer et tant admirer, c'est lui qui me tourmente? Maudit soit-il ! Et il déteste ce bel astre, parce qu'il ne le voit pas ; et ne le pas voir sera sa punition. Car s'il le voyait, lui-même il lui montrerait avec sa lumière bénigne où il pourrait se mettre à couvert contre ses ardeurs. Tout le malheur est donc de ne le pas voir. Mais pourquoi parler de ce soleil, qui après tout n'est qu'un grand corps insensible, que nous ne voyons que par deux petites ouvertures qu'on nous a faites à la tête? Parlons d'une autre lumière, toujours prête par elle-même à luire au fond de notre âme et à la rendre toute lumineuse. Qu'arrive-t-il à l'aveugle volontaire qui l'empêche de luire pour lui, sinon de s'enfoncer dans les ténèbres et de se rendre malheureux? Et vous, ô éternelle lumière! vous demeurez dans votre gloire et dans votre éclat, et vous manifestez votre grandeur en ce que nul ne vous perd que pour son malheur. Vous donc, Père des lumières, vous avez donné à votre Christ un caractère semblable, afin de manifester qu'il était Dieu comme vous, V éclat de votre gloire , le rejaillissement de votre Imnière, le carac-

tère de votre substance. Et il est en ruine au.T uns et en résurrection aux autres, et par son éclat immense il est en hutte aux contradictions : car quiconque n'a pas la force ni le courage de le voir, il faut nécessairement qu'il le blasphème.

O mon Dieu, ce qui a paru dans le chef et dans le maître paraît aussi sur les membres et sur les disciples. Ce monde superbe n'est pas digne de voir les disciples et les imitateurs de Jésus-Christ, ni de les connaître ; et il faut qu'il les méprise et les contredise, et qu'il les mette au rang des insensés, des gens outrés, des gens qui ont un travers et un secret dérèglement dans l'esprit ; qui font un beau semblant, et au dédans se nourrissent de gloire ou de vanité comme les autres ! Et que n'a pas inventé le monde contre vos humbles serviteurs? et vous voulez par là leur donner part au caractère de votre Fils et au vôtre. Je veux donc être caché en vous avec Jésus-Christ, jusqu'à ce que la vérité paraisse en triomphe.

Quand ^ Jésus-Christ, votre gloire, apparaîtra, alors vous apparaîtrez avec lui en gloire^. Je ne veux point paraître quand mon Sauveur ne paraîtra pas. Je ne veux de gloire qu'avec lui ; tant qu'il sera caché, je le veux être : car si j'ai quelque gloire pendant que la sienne est encore cachée en Dieu, elle est fausse et je n'en veux point, puisque mon Sauveur la méprise et ne la veut pas. Quand Jésus-Christ paraîtra, je veux paraître, parce que Jésus-Christ paraîtra en moi. Quand vous verrez arriver ces choses et que la gloire de Jésus-Christ sera proche, regardez et levez la tête, car alors votre rédemption, votre délivrance approche^. Ea gloire que nous aurons alors sera véritable, parce que ce sera un rejaillissement de la gloire de Jésus-Christ. Jusqu'à ce temps bienheureux, je veux être caché, mais en Dieu avec Jésus-Christ, dans sa crèche, sous ses plaies, dans son tombeau, dans le ciel, où est Jésus-Christ à la droite de Dieu son Père, sans vouloir paraître sur la terre. Je ne veux plus de louanges : qu'on les rende à Dieu, si je fais bien ; si je fais mal, si je m'endors dans mon péché,

1. Ici reprend le texte primitif. 3. Marc, xiir, 29 ; Luc, xxi, 28.

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