XIV. — De la Vertu
La ^ vertu tient cela de l'éternité, qu'elle trouve tout son être en un point. Ainsi un jour lui suffit, parce que son étendue est de s'élever toute entière à Dieu, et non de se dilater par parties. Celui-là donc est le vrai sage, qui trouve toute sa vie en un jour : de sorte qu'il ne faut pas se plaindre que la vie est courte, parce que c'est le propre d'un grand ouvrier de renfermer le tout dans un petit espace ; et quiconque vit de la sorte, quoique son âge soit imparfait, sa vie ne laisse pas d'être parfaite.
Il y a ^ une grande difficulté à savoir si l'on est vertueux : il y a des vices si semblables aux vertus, des vertus auxquelles il faut si peu de détour pour les faire décliner au vice ; il arrive des circonstances qui varient si fort la nature des objets et des actions ; ces circonstances sont si peu prévues, si difficiles à connaître ; ce point indivisible dans lequel la vertu consiste est si inconnu, si fort imperceptible ! Aristote dit ^ que la vertu est le milieu défini par le jugement d'un homme sage. Et qui est cet homme sage ? Chacun le pense être ; et si vous voulez le définir, il le faudra faire par la vertu même : et ainsi vous définissez l'homme sage par la vertu, et la vertu par l'homme sage.
On "* ne peut point abuser de la vertu ^.Qu'est-ce donc que l'orgueil? — Saint Augustin dit toutefois la même chose ' . Car, dit-il, la vertu est la seule chose dont on ne peut abuser, parce qu'elle est elle-même le bon usage, à qui il répugne qu'on en use mal.
L'orgueil, qui se l'attribue, parce qu'il le sent en soi, en use mal ; tant il est vrai qu'il n'y a nul bien que l'homme ne puisse corrompre !
1. Les pensées groupées sous ce donné cette pensée dans notre titre dans les éditions modernes s'y Histoire critique de la Prédication rattachent par un fil assez léger. De de Bossuet, p. 37: elle était inédite, même celles que nous ajoutons. Dans une œuvre de sa jeunesse,