XX. — De l'Orgueil
[Orgueil ^ grossier, orgueil plus adroit.] C'est un orgueil indiscipliné qui se vante, qui va à la gloire avec un empressement trop visible : il se fait moquer de lui. C'est au contraire un orgueil Imbile que celui qui va à la gloire par l'apparence de la modestie.
Quelques-uns ^ semblent mépriser l'opinion des autres : Ce sont des hommes, disent-ils; mais ils s'admirent eux-mêmes, ils mettent leur souverain bien à se plaire à eux-mêmes, comme si eux-mêmes n'étaient pas des hommes.
Quiconque ^^ a cette pensée, veut plaire aux autres; mais il feint de se contenter de soi-même, pour l'une de
1. Ms. fr. 12822. fo 30L Fragment 3. Deforis, xcvil. — Le titre annexé au sermon de 1660 sur les donné à ce fragment par le premier Nécessités de la vie. En titre : Ava- éditeur a été retranché dans les rice. (Cf. t. III, p. 298.) éditions modernes. Par exception, il
2. Nous compléterons cet article y a quelque utilité à le rétablir, par des notes inédites sur l'Orgueil 4. Deforis, xovill.
et les autres péchés capitaux qui en 5. Deforis, xcix.
découlent.
ces deux raisons : premièrement, parce qu'il ^ ne peut acquérir l'estime des autres, et il s'en console en se prisant soi-même ; secondement, par une certaine fierté qui fait que, désirant l'estime des autres, il ne veut pas la demander, et veut l'obtenir comme une chose due; en quoi il est d'autant plus possédé de cette passion qu'il la couvre davantage. Mais il croit toujours y arriver par cette voie, et la gloire le charmera d'autant plus qu'il l'aura acquise en la méprisant : c'est comme un tribut qu'il exige, pour marque d'une plus grande souveraineté et indépendance, comme s'il était au-dessus même de l'honneur.
I.a ^ modestie et la modération dans les honneurs peut venir de ces principes mauvais : premièrement l'âme est contente et hume tout l'encens en elle-même; ce qui devrait être au dehors est au dedans, et y rentre bien avant; secondement, l'extérieur paraît affable, ce qui fait quelque montre de modestie, et souvent cela vient de ce que l'âme, contente en elle-même et pleine de joie, la répand sur ceux qui approchent, et les traite bien ; comme, au contraire, une humeur chagrine décharge sa bile sur eux par un superbe dégoût.
On ^ pèche principalement en deux manières à l'égard de soi-même par les paroles : par des discours de vanité, en publiant ce qu'il faut taire ; par des discours de curiosité, en s'enquérant de ce qu'il ne faut pas savoir.
l^out ^ bien vient du premier bien ; mais il est moindre dans le ruisseau que dans la source. L'orgueil quitte le
1. Var. : ou parce qu'il. que les anciennes éditions de saint