XXXI. — De l'Homme
Rien ^ de moins important que ce que fait l'homme, par ce qu'il est mortel ^ ; rien de plus important, par rapport à T éternité.
Dieu ^ a attaché des armes naturelles aux animaux : des ongles aux lions, des cornes aux taureaux, des dents aux sangliers. Détachées et séparées de l'homme, pour modérer l'appétit de la vengeance. Prendre par raison : y penser.
Les ^ hommes affectent une liberté farouche qui ne connaît aucune règle et ne veut dépendre que de son inclination. Les bêtes ne nuisent que par nécessité ou colère ; l'homme, par plaisir. Quoique la nature semble armée de toutes parts contre nous pour nous contenir dans les justes bornes, rien n'est capable de modérer la violence de nos passions, tant elles sont indomptables.
Un *^ défaut qui empêche les hommes d'agir, c'est de ne sentir pas de quoi ils sont capables. Trois choses les en empêchent : la crainte, pour ne s'être pas éprouvés ; la paresse, pour ne vouloir pas travailler ; l'application ailleurs, pour satisfaire sa légèreté. La crainte présuppose un bon principe, le désir de bien faire : il le faut animer ; la paresse vient de lâcheté : il faut la combattre ; l'application ailleurs vient de différentes causes : il faut se captiver. Il est à regretter qu'un bon naturel ne se mette pas à son meilleur usage.
— Cf. S. Greg. Naz.. Orat., XX v remplacerons par quelques remar-
(nunc xxxiii). — Deforis, Lxxvi. ques inédites et par quelques Pen-
L La plus grande partie de ce s ée s détachées. qu'on a réuni sous ce titre dans les 2. eDforis, coxxvil. éditions modernes consiste en une 8. On dirait aujourd'hui : en tant traduction d'un passage d'Aristote. ^M'il est mortel. Elle remonte au temps où Bossuet 4. Ms. à Meaux (x, 17, p. 26). — était encore au collège de Navarre. Deforis. CXLII, avec quelques addi- Fragment déplacé dans les Pensées tions de détail, que nous avons supchrêtiennes et morales. Nous dirons primées. Le ms. renvoie à saint la même chose de l'article qui suit Chrysostome (Hom. xi ad. pop. Andans les éditions. Ce que nous tîoch.). éliminons ici formait dans l'édition o. Deforis, CLXXXil. des Bénédictins le n° Lvr. Nous le T.. Deforis, ex ii.
Dieu ^ veut que nous le servions avec ferveur : c'est pourquoi il fait naître en nous les passions qui font agir ardemment, comme l'émulation.
Il faut mener les hommes passionnés comme des enfants et des malades, par des espérances vaines.
On^ voit dans les hommes le désir de plaire; c'est le premier péché, par complaisance. On y voit aussi le désir de contredire. Comment accorder de si grandes contradictions? C'est que nous voulons tout rapporter à nous, et ne pouvons souffrir ce qui s'oppose à nos désirs. De la première source vient la flatterie; de l'autre, la plupart des désordres de la vie.
I /amour ^ de la société a été comme la cause du péché: car^, selon la remarque de saint Augustin^, « Adam n'a pas été séduit, mais sa complaisance pour sa femme l'a porté à désobéir : Adam non seductum esse, sed sociali necessitudine paruisse. »
Les '^ hommes aiment à se cacher : ceux qui ont des vices, sous l'apparnce des vertus; ceux qui ont de la vertu, sous une fausse couleur de libertinage.
^ Sur ^ le bord de la mer, il [saint Grégoire de Nazianze] la regarde comme le symbole de la vie humaine,
1. Deforis, cxviii. — Lâchât, n. 8. 9. — Note marginale: Saint
Pens. dét. xx. Basile de Séleucie, Ta Orat. (Bossuet
2 Deforis, rcxviTi. — Lâchât, appelle toujours saint cet écrivain
Pens. dét., XXI. ' ecclésiastique): (( Les flots de la
3. Deforis, CLXXV. — Lâchât, mer s'élèvent ; mais, ayant touché Pens. dét., XIV. au terme qui lui est marqué, elle se
4. Deforis, cxxil. — Omis dans retire en elle-même, et voyant la les éditions modernes. loi de Dieu écrite sur le rivage, elle
6. Si la traduction est de Deforis, semble se courber, pour lui rendre
comme il est à craindre, il aura homma<ïe et pour l'adorer, comme
aussi ajouté les sept mots qui l'in- si. à chaque moment elle entendait
troduisent. cette voix : Congregentnr aquœ...
6. De Civ. Dei^ lib. XIV, cap. xi. (G-eu., 1,9): voulant que son ordre
7. Inédit. Ms. à Meaux ( x 17. serve de hmites à l'abîme, et bridant P- 28). sa furie avec du sable comme avec
8. Ms. de M. E. Levesque : faisait un frein terrible. » — C'est l'analogie partie jadis de la collection Floquet. du sujet qui a inspiré à Bossuet de Cette remarque est écrite à l'occasion placer, dans ses notes, cet extrait de d'une lecture de saint G-régoire de Basile de Séleucie en regard de celui Nazianze,6>ra«.xxviii (nunc xxvi), de saint Grégoire de Nazianze.
de son calme trompeur, de ses agitations, de ses inconstances. c( I.'Océan n'était pas, dit-il, agréable à voir, comme on le voit quelquefois avec une tranquillité riante venir doucement flatter son rivage ; mais au contraire il frémissait poussé par les vents ; les flots s'élevaient, s'abaissaient, se roulaient jusques au rivage, ou se brisaient contre les écueils en écume blanche ; les sables et les petits animaux étaient emportés comme le jouet des vagues, les rochers demeuraient toujours immobiles : miroir de la vie humaine, où les uns, esprits légers, ou plutôt corps qui n'ont point d'esprit, ne peuvent soutenir l'effort, n'ayant pas le poids et la fermeté d'une raison bien conduite ; les autres restent immobiles et sont comme des rochers, dignes de ce Rocher que nous adorons et sur lequel nous sommes bâtis, » duquel il est écrit : « Jésus-Christ était le rocher : Petra autem erat Christiis ^. »