‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 526 sur 538 · XL. — Vertus de sainte Gorgonie · texte numérisé non relu

XL. — Vertus de sainte Gorgonie

Elle ^ ne s'est point souciée de se charger d'or, ni de pierreries, ni de cette beauté méprisable et qu'on achète à si vil prix. Terrenusque fictor, in contranum fahricans, insidîosisque colorîbus Dei figmentum ohducens, et per honorem infamiam înurens, faisant une idole de l'image de Dieu. Elle n'aimait de rouge que celui que faisait la pudeur, ni de blanc que celui que donne l'abstinence : elle laissait tous les autres ornements à celles à qui la pudeur est une honte.

(Il dit ailleurs, orat. xix) ^ : Laides par leur beauté empruntée, défigurées par leur art, déshonorées par leurs ornements, importunes et choquantes par leur agrément.

1. Ms. de la collection H. de Roth- lxxi-LXXIII, a arrangé et complété

schild. Pensées extraites de S. Greg. la partie du texte qu'il a donnée. Il

Naz., In laudem sororis suce Gorgo- a omis la fin. niœ, or. viii, 10, 14, 18. Deforis, 2. Nunc xviiT, 83.

Qui a plus su ? qui a moins parlé ? O corps exténué ! ô âme qui soutenait le corps presque sans aucune nourriture ! ou plutôt, ô corps contraint de mourir avant la mort même, afin que l'âme fût en liberté! O membres tendres et délicats couchés sur la terre ! ô gémissement de la nuit, pénétrant les nues, perçant jusqu'à Dieu ! O fontaines de larmes, sources de joie ! O ferveur d'esprit, ô prière et oraison continuelle ! O femme qui a fait voir que la différence des sexes n'est pas dans l'esprit ni dans le courage ! O Eve, ô goiit du fruit défendu surmonté par la continence? O anéantissement de Jésus-Christ, ô sa croix et sa passion honorés par la pénitence !

Elle a fait son dernier jour un jour de fête. On retenait ses larmes, on la regardait en silence, et sa mort semblait être comme une cérémonie sacrée. On la vit prononçant quelque chose secrètement. On approche; c'était un psaume ^ : In pace in idipsum dormiam et requiescam. Vous chantiez ces choses, ô sainte femme, et elles se passaient en vous, et vos actions étaient une psalmodie et votre mort un épitaphe glorieux. Et maintenant vous êtes avec les anges en la vue de la Trinité, qui ne fait plus l'âme prisonnière, répandue et égarée parmi les sens, mais qui se donne toute entière à tout l'esprit pour être tenue embrassée, possédée éternellement.

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