‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 80 sur 538 · In Ps. cxxxvi, n. 21. mise au net. Citons le premier jet · texte numérisé non relu

In Ps. cxxxvi, n. 21. mise au net. Citons le premier jet

3. L'admirable développement qui afin qu'on puisse apprécier la valeur

fera rouler sur les lèvres des actes de foi suggérés comme l'eau court ^ sur la pierre sans la pénétrer. Ainsi il n'y aura plus pour vous de miséricorde.

c( Ha! mes Frères, j'espère de vous de meilleures choses, encore que je parle ainsi : Confidimus, etc. [autem de vohis, dilectissimi, meliora, et viciniora saluti, tametsi ita loquimi^rj^ ^. » Car pourquoi voulez-vous mourir, maison d'Israël, peuple béni, peuple bien-aimé ; autrefois enfants de colère, et maintenant enfants d'adoption et de dilection éternelle ; vous pour qui toutes les chaires retentissent d'avertissemeents salutaires, pour qui coulent toutes les grâces dans les sacrements, pour qui toute l'Église est en travail et s'efforce de vous enfanter en Jésus-Christ ; mais pour qui Jésus- Christ est mort, pour qui ce Sauveur ressuscité ne cesse d'intercéder auprès de son Père par ses plaies : pourquoi voulez-vous mourir? Vivez, vivez plutôt, mes chers Frères ; c'est Dieu même qui vous le demande, qui vous y exhorte, qui vous l'ordonne, qui vous en prie. Et nous, indignes interprètes de ses [p. 62] volontés, et ministres tels quels de sa parole, nous secondons les desseins de sa miséricorde, et, de cette même bouche dont nous vous consacrons les divins mystères, « nous vous conjurons pour Jésus-Christ, avec l'Apôtre, réconciliez-vous à Dieu : Ohsecramus pro Christo, reconciliamini Deo ^ » ; et encore avec le prophète : Convertissez-vous et vivez ^ ; mais, afin de vivre pour ne mourir plus, vivez dans les précautions nécessaires à la faiblesse. Souvenez-vous, dit Jésus-Christ, de la femme de Lot^, et de la suite funeste d'un regard furtif, et du monument éternel que Dieu nous y donne des châtiments qui

des additions : (( ... elle répétera sans ressource, c'est que, parmi les

(var. : laissera aller — répondra — dieux étrangers dont ils encensaient

poussera) des ouiset des nons (sic) les autels, ils furent, dit l'Ecriture,

forcés, dont Dieu ne vous tiendra si abominables qu'ils adorèrent les

aucun compte. Convertissez- vous et dieux des Amorrhéens que Dieu

vivez, mais; (première rédaction: avait mis en fuite devant eux. Ces

Eendez-vous donc aujourd'hui à dieux vaincus... »

Jésus-Christ : et afin de ne mourir 1. Var. : coule.

plus) vivez dans les précautions né- 2. Hebr., vi, 9. — Ms.: Confidimus

cessaires à votre faiblesse {var. : etc.

vivez dans des précautions salutai- 3. II Cor., v, 20.

res). Le grand mal des Israélites 4. Ezech., xvili, 32.

sous Achab, et celui qui les fit périr 5. Luc, xvii, 32,

suivent les moindres retours vers les objets qu'il faut quitter ^. I.e grand mal des Israélites sous Achab, et celui qui les fît périr sans ressource, c'est que, parmi les dieux étrangers dont ils encensaient les autels, ils furent, dit l'Écriture, si ahominahles qu'ils adorèrent les dieux des Amorrhéens que Dieu avait [p. 63] mis en fuite devant eux ^. Ces dieux vaincus, ces dieux renversés avec les peuples qui les servaient, furent révérés des Israélites et devinrent l'objet de leur culte : ce fut le comble de leurs maux et le pas le plus prochain vers la perdition. Craignez une semblable aventure : que ces idoles abattues^ ne voient jamais redresser leurs abominables autels ; que la pensée de la mort efface tout l'éclat qui vous éblouit; que la résurrection de Jésus- Christ ouvre vos yeux aux biens éternels, et enfin que jamais le monde vaincu ne redevienne vainc^ueur.

Sire, quel autre sait mieux ^ que vous assurer une victoire? et de qui pouvons-nous apprendre avec plus de fruit les véritables effets d'un triomphe entier que de cette main invincible sous laquelle tant d'ennemis abattus ont vu tomber tout ensemble et leurs forces et leur courage, et, malgré leur secret dépit, ont perdu, avec l'espérance de se relever, [p. 64] jusqu'à l'envie de combattre? Jamais le monde ne sera tout à fait vaincu par les chrétiens, jusqu'à ce qu'il soit atterré de cette sorte, et qu'à force de le vaincre, nous l'ayons réduit à désespérer pour jamais de rétablir dans nos cœurs son empire renversé. Mais, Sire, Voire Majesté, après la victoire si pleine et si assurée, a donné la paix à ses ennemis domptés ^ ; et cette paix tant vantée, mais qui ne l'est pas encore assez, fait le comble de votre gloire. Dans la guerre que les chrétiens ont à soutenir, il n'y a ni paix ni trêve, puisque, si le monde

1. Var. (appartenant à la pre- ses en 1675 par le zèle de Bossuet et mière rédaction, f° 100) : Soutenez- de Bourdaloue (Voy., à cette date, vous, dit Jésus-Christ, de la femme dans la Correapondance de Bossuet, de Lot, ce monument éternel de la t. I, p. 349, une admirable lettre de punition de ceux qui tournent les Bossuet au Roi), avaient été trop tôt yeux vers les objets qu'ils ont quit- (( redressés, » avec la complicité de tés. Colbert. Cette fois, les éloquentes

2. III Reg., XXT. 26. leçons de Bossuet seront mieux B. Pour Louis XIV, l'idole abat- écoutées.

tue s'appelait M™* de Montespan. 4. Var. : qui sait mieux...

Ses (( abominables autels, » renver- 5. Var. : vaincus.

cesse quelquefois de nous attaquer par le dehors, nousmêmes nous ne cessons par de continuels combats de mettre notre salut en péril ; de sorte que Tennemi est toujours aux portes, et que le moindre [p. 65 | relâchement, le moindre retour, enfin ^ le moindre regard ^ vers la conduite passée, peut en un moment faire évanouir toutes nos victoires, et rendre nos engagements plus dangereux que jamais : il faut donc s'armer de nouveau après le triomphe. Prenez, Sire, ces armes salutaires dont parle saint Paul ^ : la foi, la prière, le zèle, l'humilité, la ferveur ; c'est par là qu'on peut assurer sa victoire ^ parmi les infirmités et dans les tentations de cette vie. Arbitre de l'univers, et supérieur même à la fortune, si la fortune était quelque chose ^, c'est ici la seule occasion oii vous pouvez craindre sans honte, et il n'y a plus pour vous qu'un seul ennemi à redouter : vous-même. Sire, vous-même : vos victoires, votre propre gloire, cette ^ puissance sans bornes si nécessaire à conduire un État, si dangereuse à se conduire soi-même ; voilà le seul ennemi dont vous ayez à vous défier ^. Qui peut tout, ne peut pas assez; qui peut tout, ordinairement tourne sa puissance contre lui-même ; et quand le monde nous accorde tout, il n'est que trop malaisé de se refuser quelque chose: mais aussi c'est la grande gloire [p. 66] et la parfaite vertu de ^ savoir, comme vous, se donner des bornes et demeurer dans la règle, quand la règle même semble nous céder.

Pour vivre ^ dans cette règle qui soumet à Dieu toute créature, il faut. Sire, quelquefois descendre du

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