‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 83 sur 538 · Première rédaction (eff'acée · texte numérisé non relu

Première rédaction (eff'acée

C'est la grandeur que je vous souhaite. Elle sera éternelle. Aius votre état...

, 8. Deforis, Lâchât, etc. : votre Etat ne manquera jamais. — Faute de lecture, corrigée dans l'édition de M. Gazier.

Sarmons (!■.■ Bossiîet — VI.

\) novembre 1()81.

ce L'assemblée du clergé se va tenir; et non seulement on veut que j'en sois, mais encore que je fasse le sermon de l'ouverture. » Bossuet écrivait ces paroles à Rancé, l'abbé de la Trappe, le 22; septembre 2. Il prévoyait du reste dès lors que la messe du Saint-Esprit, où il devait prêcher, ne serait peut-être célébrée que près de deux mois plus tard. En même temps, il demandait à son saint ami, et à son correspondant ordinaire en Hollande, Jean de Xéercassel, évêque de Castorie, des prières pour écarter les sujets de crainte qui venaient troubler ses espérances ^. Les circonstances étaient graves, en effet. La querelle de la Régale servait de prétexte à des entreprises encore plus fâcheuses pour l'Église.

Depuis 1673, la cour de France élevait la prétention d'étendre le droit de Régale aux diocèses du iSlidi ({ui n'y avaient pas encore été soumis. La Régale, qui, en certains endroits, remontait au Moyen âge, accordait à la couronne, en retour de bienfaits reçus, non seulement la perception des revenus d'un évêché durant la vacance du siège, mais aussi la nomination aux bénéfices ecclésiastiques qui étaient à pourvoir. On prétendit même lui donner un effet rétroactif, notamment dans les diocèses d'.Alet et de Pamiers, où les évêques étaient intronisés depuis plus de trente ans. Ces prélats, Pavillon et Caulet, deux noms cliers au parti janséniste, et d'ailleurs universellement respectés au XVII'2 siècle, avaient défendu leurs Églises, jusqu'au dernier soupir, avec la ténacité opiniâtre de leur caractère. Leur cause, manifestement juste, fut soutenue avec énergie par le Saint Siège, qui était, il faut le remarquer, de tout point désintéressé dans la question : car c'est bien à tort qu'on s'imagine généralement qu'il s'agissait de savoir qui, de la cour de France ou de la cour de Rome, s'attribuerait les revenus des évêchés vacants 4. I/iutervention d'Innocent XI en faveur de Pavillon et

1. Imprimé parles soin? de Bos- sectari doncf^atcpie Ecdesiœ vidnera ^Juet lui-même. Plus de manuscrit. curare^ non imdtiplkare. Idfutvrum

2. Correspondance fJe Bossuet^éâit. .opero ; nec sine timoré spes. (Lettre Urbain et Levesque, t. II, p. 256. du 22 septembre 1681, ibid.,p. 255).

3. Tn quoque nos et Ecclesiam 4. M. Gérin (Recherches histori- GalUcanam^ moxjiissu reçio congre- ques sur l'Assemblée du clergé de gandanu cotnmendare veïis assi'dxis Finance, en 1682, 2^ édit., p. 44.) cite precibiis optimo Prftri,uti nos pacem un passajre d'nn discours parlemen-

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de Caulet, jcjinte à Taustérité de sa vie et à une certaine âpreté de caractère, lui attira la qualilication un peu étrange de pape janséniste; et, par un autre résultat aussi peu attendu, elle amena les amis de Port-Koyal à se départir en cette occasion de leurs tendances gallicanes et plus tard à railler volontiers l'assemblée de 1681-1682.

On sait que, pour les légistes et les courtisans du pouvoir absolu, tout était prétexte aux empiétements : Colbert ne manqua pas de pousser Louis XIV à profiter des circonstances pour lever bien haut le drapeau du gallicanisme parlementaire, c'est-à-dire de celui que séduisait l'idée de rendre l'Église de France indépendante de celle de Rome. Des esprits plus familiarisés avec la politique qu'avec la théologie n'éprouvent guère de répugnance pour ces Églises nationales, qui ne sont que des démembrements schismatiques. Par malheur, il se trouvait dans le clergé même des prélats qui, par hostilité systématique à l'égard de Rome, ou par ambition personnelle, semblaient acquis à l'avance à de pareilles entreprises. Tel était en particulier Harlay de Champvallon i, l'habile, mais peu scrupuleux archevêque de Paris. Il importe de se souvenir de ces dispositions des esprits, pour savoir gré à Bossuet, autant qu'il convient, de l'énergie avec laquelle il va protester contre de semblables tendances.

Le titre de ce sermon, que nous conservons conforme à celui des précédents éditeurs^, n'est pas dans les éditions originales ^.

taire où l'orateiu- (Jules Favre) o La première, in-4 de 74 pages

accumule en huit lignes sept lourde? panxt chez Fédéric Léonard, au

bévues historiques sur ce sujet. — commencement de 1682, sous ce

Il signale également l'inexactitude titre : Sermon prêché à l'ouverture

de M. Camille Rousset sur le même de V Assemblée générale du clergé de

point dans sa belle Histoire de Lou- France, le 9 Novembre 1681, à la

vois. Messe solennelle du. Sahit-Esprit,

\. ((Feu M. de Paris, de Harlay, dans V Église des Grands Augustins, ne faisait en tout cela que flatter la par .¥" Jaques Bénigne Bossuet, Cour, écouter les ministres et suivre Evéque de Af eaux, Conseiller du Roy à l'aveugle leurs volontés, comme en ses Conseils, cy-devant Précepteur un valet. » {Journal de Ledieu, t. I, de Monseigneur le Dauphin et prep. 9 ; 19 janvier 1700.)— On voit au mier Aumônier de Madame la Daumême endroit, d'après une conver- phine. Imprimé par ordre de la même sation de Bossuet, que Colbert était Assemblée. La seconde édition a troule véritable instigateur de l'Assem- vé place dans le recueil intitulé : blée de 1682 : (( Il (Colbert) disait Actes de rassemblée générale du Cbrque la division que l'on avait avec gé en 1681 et 1682. Paris, Fédéric Rome sur la Régale était la vraie oc- Léonard.l 682,in-4.Celle-ci est moins casion de renouveler la doctrine de correcte, et présente au moins deux France sur l'usage de la puissance leçons différentes, p. 40 et 41. — des papes... » — Cf. G-érin, ch. xi, Toutes les délibérations eurent lien p. 336 de la 2« édition. Malgré les dans la grand'salle du même coucorrections de cette seconde é(Jition, vent, jusqu'au 1er juillet suivant, où ce chapitre est encore d'un ennemi cette assemblée, plus célèbre que de Bossuet, mais d'un ennemi intel- glorieuse, fut congédiée, comme ligent, c'est-à-dire modéré. elle avait été convoquée, par un ca-

2. Il se lit pour la première fois price du bon plaisir royal. — Bossuet.

dans l'édition de Paris, Delusseux, nommé à l'évêché de Meaux (2n-.ai

1726,in-12. 1681), n'en avait pas encore pris

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Il nous paraît fort bien choisi, puisqu'il résume le sujet et le but du discours. L'orateur, élevé dans un gallicanisme mitigé i, qui est demeuré opinion libre - jusqu'au concile du Vatican (1870), aurait voulu tout à la fois sauvegarder le principe de l'unité en écartant toute idée de schisme, et mettre au-dessus de toute atteinte cette opinion soutenue avant lui par un grand nombre de docteurs français et par quelques étrangers, et parmi ceux-ci, par un célèbre professeur de Louvain, qui devint ensuite précepteur de Charles-Quint, évêque, cardinal, et enfin pape sous le nom d'Adrien VI ^. Il ne réussit que dans la première partie de son dessein, qui était la principale. L'autre reposait sur une erreur. Toutefois on ne saurait, à moins de pousser aussi loin l'esprit de parti que le faisait J. de Maistre quand il s'agissait de Bossuet, le déclarer hérétique, s'il persista — et il le fit - — dans la tradition gallicane. L'équité la plus élémentaire demande qu'on lui applique ce qu'il a dit lui-même d'illustres errants : ce II est constant que saint Cyprien et les autres de son parti ne sont excusables qu'à cause qu'ils ont erré avant la définition de toute l'Église ; qu'après cette définition, ceux qui ont suivi leurs sentiments sont hérétiques ^... » Plus sûr encore de ses intentions que des arguments qui l'avaient convaincu, il écrivait à Rome à im de ses amis: ce Je

personnellement possession lorsque parut ce discours. Son entrée cJans sa ville épiscopale eut lieu le dimanche, 8 février 1682. — Dés le 1" décembre 1681, il avait envoyé les épreuves à Rome, au cardinal* d'Estrèes {Correspondance, t. II, p. 271).

l.II admettait, non l'infaillibilité personnelle du Pape en matière de foi, mais V indéfectibilité du Saint Siège, que la connaissance de la Tradition ne lui permettait pas de mettre en doute. Dans ce système, si un pape avait proposé à l'Eglise une définition erronée, il aurait dû être réformé par lui-même ou jjar ses successeurs. On reconnaissait d'ailleurs que le cas était à peu près chimérique ; mais en définitive on faisait reposer la sécurité des chrétiens dans le consentement de l'Eglise universelle. (Voy. Fénelon,Z>c Summi Pontifîcis auctoritate, cap. vu, édit. de "Versailles, t. Il, p. 269 ; — Bossuet Defens. Declar., Part. ÏII, lib. X. Cet ouvrage en faveur du gallicanisme ne fut pas publié par son auteur.)

2. La Dejfensio a été entreprise pour montrer, non que les Qu articles éeviixent être érigés en r universelle, mais que la doctri la France était solide et ex

de censure : Abeat ergo declaratio que libuerit, non enim eam tutandam suscipimus; manet inconcussa et censurœ omnis expers prisca illa sententia Parisiensium ( Bossuet, Ga//m orthodoxa, Dissertatio prœvia, cap. X).

Cet ouvrage de Bossuet ne fut jamais condamné, bien qu'il ait été question de le mettre à l'Index.

(( Tempore felicis recordationis démentis XII, nostri immediati prœdeccssorisj serio actum est de opère proscribendo. ettamen conclusumj'uit ut aproscriptione abstineretur, vednm ob memoriain authoris ex tôt aliis capitibus de reliçione bene meriti, sed objastum novarum disceptationum timor'em. » (Bref du 31 juillet 1748.

par lequel Benoît XIV blâme l'archevêque de Compostelle, Grand inquisiteur d'Espagne, d'avoir condamné un ouvrage du cardinal Noris). Cf. Ch. Urbain. Notes sur Vhistoire de la Défense de la Déclaration de 1682, dans le Bulletin du Bibliophile, 1902.

^.Defens. Déclarât. Appendix I, XII. Édit. Lâchât, t. XXIII, p. 498g}ii est à corriger ' 'nie des f. Dupi Lâchât, ~

SUR l'unité de l'Église. 101

fis hier le sermon de l'assemblée, et j'aurais prêché dans Rome ce que j'y dis avec autant de confiance que dans Paris; car je crois que la vérité se peut dire hautement partout, pourvu que la discrétion tempère le discours, et que la charité l'anime i. » Et quelques jours après, au cardinal d'Estrées : « Je puis dire que tout le monde jugea que le sermon était respectueux pour elles (pour les deux puissances) , pacifique, de bonne intention : et si l'effet de la lecture est semblable à celui de la prononciation, j'aurai sujet de louer Dieu 2. »

Messeigneurs,

Quam pulchra tabernacula tua^ Jacob, et tentoria tua, Israël!

Que vos tentes sont belles, ô Enfants de Jacob ! que vos pavillons, ô Israélites, sont merveilleux ! — C'est ce que dit Balaam, inspiré de Dieu, à la vue du camp d'Israël dans le désert. (Au livre des Nombres,xxiv, 1, 2, 3, 5.)

C'est sans doute un grand spectacle que de voir l'Église chrétienne fîguT'ée dans les anciens Israélites, la voir, dis-je, sortie de l'Egypte et des ténèbres de l'idolâtrie, cherchant la Terre promise à travers d'un désert immense, où elle ne trouve que d'affreux rochers et des sables brûlants ; nulle terre, nulle culture, nul fruit ; une sécheresse effroyable ; nul pain qu'il ne lui faille envoyer du ciel ; nul rafraîchissement qu'il ne lui faille tirer par miracle du sein d'une roche; toute la nature stérile pour elle, et aucun bien que par grâce. Mais ce n'est pas ce qu'elle a de plus surprenant. Dans l'horreur de cette vaste solitude, on la voit environnée d'ennemis, ne marchant jamais qu'en bataille, ne logeant que sous des tentes, toujours prête à déloger et à combattre, étrangère que rien n'attache, que rien ne contente, qui regarde tout en passant sans vouloir jamais s'arrêter ; heureuse néanmoins dans cet état, tant à cause des consolations qu'elle reçoit durant le voyage,

1. Lettre à Diroys, 10 novembre tembre 1693 : ibid., t. V, p. 464).

1681 (Correspondance, t. II, p. 268). 2. Voy. dans cette longue lettre

— Douze ans plus tard, il dira à Mme au cardinal d'Estrées (1 " décembre

d'Albert: (( On n'a pas seulement 1981) les précautions prises avant,

songé à toucher le moins du monde pendant et après le discours, pour

à mon sermon : de grands cardinaux ne rien dire ou imprimer sans un

m'ont écrit que le Pàpé'fâvait lu mfir examen. Cf. ci-après, p. 130, n. 4. et approuvé... » '(.Lettxè^'du 25 sep-

102 SIR l'unité de 1/ église.

qu'à cause du glorieux et immuable repos qui sera la fin de sa course. Voilà l'image de l'Église pendant qu'elle voyage sur la terre. I^alaam la voit dans le désert : son ordre, sa discipline, ses douze tribus rangées sous leurs étendards ; Dieu, son chef invisible, au milieu d'elle ; Aaron, prince des prêtres et de tout le peuple de Dieu, chef visible de l'Église sous l'autorité de Moïse souverain législateur et figure de Jésus-Christ ; le sacerdoce étroiteinent uni avec la magistrature, tout en paix par le concours de ces deux puissances ; Coré et ses sectateurs, ennemis de l'ordre et de la paix, engloutis à la vue de tout le peuple dans la terre soudainement entr 'ouverte sous leurs pieds, et ensevelis tout vivants dans les enfers. Quel spectacle ! quelle assemblée! quelle beauté de l'Église! Du haut d'une montagne, Balaam la voit toute entière ; et, au lieu de la maudire comme on l'y voulait contraindre, il la bénit. On le détourne, on espère lui en cacher la beauté en lui montrant ce grand corps par un coin, d'où il ne puisse en découvrir qu'une partie, et il n'est pas moins transporté, parce qu'il voit cette partie dans le tout avec toute la convenance et toute la proportion qui les assortit l'un avec l'autre. Ainsi, de Cjuelque côté qu'il la considère, il est hors de lui : et, ravi en admiration, il s'écrie : « Quam pulchra tahernacuhi tua, Jacoh, et tentoria tua. Israël! Que vous êtes admirables sous vos tentes, Enfants de Jacob ! » Quel ordre dans votre camp ! quelle merveilleuse beauté paraît dans ces pavillons si sagement arrangés; et si vous causez tant d'admiration sous vos tentes et dans votre marche, que sera-ce quand vous serez établis dans votre patrie !

Il n'est pas possible, mes Frères, c^u'à la vue de cette auguste assemblée, vous n'entriez dans de pareils sentiments. Une des plus belles parties de l'Église universelle se présente à vous. C'est l'Église gallicane qui vous a tous engendrés en Jésus-Christ ; Église renommée dans tous les siècles, aujourd'hui représentée par tant de prélats ^ que vous voyez assistés de l'élite de

L Trente-six évêques et trente- les autres: mais les élections avaient huit ecclésiastiques du second ordre. été à peu près fictives. Ils étaient censés représenter tous

SUR l'unité de l'Église. 103

leur clergé, et tous ensemble prêts à vous bénir, prêts à vous instruire selon l'ordre qu'ils en ont reçu du ciel. C'est en leur nom que je vous parle ; c'est par leur autorité que je vous prêche. Qu'elle est belle, cette Ëglise gallicane, pleine de science et de vertu ! mais qu'elle est belle dans son tout, qui est l'Église catholique ; et qu'elle est belle saintement et inviolablement unie à son chef, c'est-à-dire au successeur de saint Pierre ! O ! que cette union ne soit point troublée ! que rien n'altère cette paix et cette unité où Dieu habite! Esprit saint, Esprit pacifique, qui faites habiter les frères unanimement dans votre maison \ affermissez-y la paix. Ea ])aix est l'objet de cette assemblée : au moindre bruit de division, nous accourons effrayés pour unir parfaitement le corps de l'Église, le père et les enfants, le chef et les membres, le sacerdoce et l'empire. Mais, puisc^u'il s'agit d'unité, commençons à nous unir par des vœux communs, et demandons tous ensemble la grâce du Saint-Esprit par l'intercession de la sainte Vierge : Ave.

Messeigneurs,

Regarde et fais selon Je DiodèJe qui t'a été montré sur la montagne ^ : C'est ce qui fut dit à Moïse lorsc[u'il eut ordre de construire le Tabernacle. Mais saint Paul nous avertit que ce n'est point ce tabernacle bâti de main d'homme qui doit être travaillé avec tant de soin et formé sur ce beau modèle ". C'est le vrai tabernacle de Dieu et des hommes, c'est l'Église catholique, où Dieu habite et dont le plan est fait dans le ciel. C'est aussi pour cette raison que saint Jean voyait dans l'Apocalypse la sainte eité de Jérusalem S et l'Église qui commençait à s'établir par toute la terre, il la voyait, dis -je, descendre du ciel. C'est là que les desseins ^ en ont été pris : Regarde et fais selon le dessein '' qui t'a été montré sur cette montagne.

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