‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 85 sur 538 · Joan., XVII, ii. 7. Gen., xxxii · texte numérisé non relu

Joan., XVII, ii. 7. Gen., xxxii

4. On dirait plutôt aujourd'hui : 8. Apoc, xir, 7. <( Qu'ainsi ils? soient un... »

SUR l/lMTK DE l/ÉGLISE. 105

Michel : Qui égale Dieu ? triomphent des orgueilleux, qui disent : Qui nous égale ? Et les anges victorieux demeurent unis à leur Créateur sous le chef qu'il leur a donné. O Jésus, qui n'êtes pas moins le chef des anges que celui des hommes, regardez et faites selon ce modèle : que la sainte hiérarchie de votre Église soit formée sur celle des esprits célestes ; car, comme dit saint Grégoire \ si la seule beauté de Vordre fait qu^il se trouve tant d'^ obéissance où il n^y a point de péché, combien plus doit-il y avoir de subordination et de dépendance parmi nous, où le péché mettrait tout en confusion sans ce secours ^ ?

Selon cet ordre admirable, toute la nature angelique a ensemble une immortelle beauté, et chaque troupe, chaque chœur des anges a sa beauté particulière inséparable de celle du tout. Cet ordre a passé du ciel à la terre, et je vous ai dit d'abord qu'outre la beauté de l'Église universelle, qui consiste dans l'assemblage du tout, chaque Église placée dans un si beau tout avec une jTistesse parfaite a sa grâce particulière. Jusques ici, tout nous est commun avec les saints anges. Mais saint Grégoire nous a fait remarquer que le péché n'est point parmi eux. C'est pourquoi la paix y règne éternellement : cette cité bienheureuse, d'où les superbes et les factieux ont été bannis, où il n'est resté que les humbles et les pacifiques, ne craint plus d'être divisée. Le péché est parmi nous; malgré notre infirmité, l'orgueil y règne, et, tirant tout à soi, il nous arme les uns contre les autres. L'Église donc, qui porte en son sein, dans ce secret principe d'orgueil qu'elle ne cesse de réformer dans ses enfants, une éternelle semence de division, n'aurait point de beauté durable, ni de véritable unité, si elle ne trouvait dans son unité des moyens de s'y affermir quand elle est menacée de division. Écoutez, voici le mystère de l'unité catholique et le principe immortel de la beauté de l'Église. Elle est belle et une dans son tout : c'est ma première partie, où nous verrons la beauté de tout le corps de l'Église ; belle et une en chaque membre :

1. S. Greg.. Epist.. lib. TV, epist. 2. Édit. Lâchât : ^^ans ce conanir.x.

52 (Nnnclib. V, epist. 5 + ).

100 SUR l'i'mté de i/église.

c'est ma seconde partie, où nous verrons la beauté particulière (le l'Église gallicane dans ce beau tout de l'Église universelle; belle et une d'une beauté et d'une unité durable : c'est ma dernière partie, où nous verrons dans le sein de l'unité catholique des remèdes pour prévenir les moindres commencements de division et de trouble. Que de grandeur et que de beauté ! mais que de force, que de majesté, que de vigueur dans l'Église! Car ne croyez pas que je parle d'une beauté superficielle qui trompe les yeux : la vraie beauté vient <ie la santé ; ce qui rend l'Église forte la rend belle ; son unité la rend belle, son unité la rend forte. Voyons donc dans son unité et sa beauté et sa force : heureux si, l'ayant vue belle premièrement dans son tout, et ensuite dans la partie à laquelle nous nous trouvons innnédiatement attachés, nous travaillons à finir jusqu'aux moindres dissensions qui pourraient défigurer une beauté si parfaite. Ce sera le fruit de ce discours, et c'est sans doute le plus digne objet qu'on puisse proposer à un si grand auditoire.

Premier Point.

J'ai, Messieurs, à vous prêcher un grand mystère : c'est le mystère de l'unité de l'Église. Unie au dedans par le Saint-Esprit, elle a encore un lien commun de sa communion extérieure, et doit demeurer unie par un gouvernement où l'autorité de Jésus-Christ soit représentée. Ainsi l'unité garde l'unité, et sous le sceau du gouvernement ecclésiastique, l'unité de l'esprit est conservée. Quel est ce gouvernement? quelle en est la forme? Ne disons rien de nous-mêmes ; ouvrons l'Évangile : l'Agneau a levé les sceaux de ce sacré livre, et la tradition de l'Église a tout expliqué.

Nous trouverons dans l'Évangile que Jésus-Christ, voulant commencer le mystère de l'unité dans son Église, parmi tous les disciples en choisit douze ; mais que, voulant consommer ' le mystère de l'unité dans la mêm€ Église, parmi les douze, il en choisit un. //

1. Lâchât : conserver. — Encore une faute que Deforis n'avait pas faite.

appela ses diseîples, dit l'Évangile^; les voilà tous; et panni eu.v il en ehoisit douze ; voilà une première séparation, et les apôtres choisis. Et voici les noms des douze apôtres; le premier est Simon qu'on appelle Pierre ~ : voilà, dans une seconde séparation, saint Pierre mis à la tête et appelé pour cette raison du nom de Pierre, que Jésus-Christ, dit saint Marc % lui avait donné, pour préparer, comme vous verrez, l'ouvrage qu'il méditait, d'élever tout son édifice sur cette pierre. Tout ceci n'est encore qu'un commencement du mystère de l'unité. Jésus-Christ en le commençant parlait encore à plusieurs : « Allez, prêchez, je vous envoie : Ite..., prœdicate..., mitto vos ^ » ; mais, quand il veut mettre la dernière main au mystère de l'unité, il ne parle plus à plusieurs, il désigne Pieirre personnellement et par le nouveau nom qu'il lui a donné : c'est un seul qui parle à un seul, Jésus-Christ Fils de Dieu à Simon fils de Jonas, Jésus-Christ qui est la vraie pierre et fort par lui-même, à Simon qui n'est Pierre que par la force que Jésus-Christ lui communique : c'est à celui-là que Jésus-Christ parle, et en lui parlant il agit en lui et y imprime le caractère de sa fermeté : Et moi, dit-il, je te dis à toi : Tu es Pierre, et, ajoute-t-il, sur cette pierre yétahlirai mon Église, et, conclut-il, les portes d'enfer ne prévaudront point contre elle ^. Pour le préparer à cet honneur, Jésus-Christ, qui sait que la foi qu'on a en lui est le fondement de son Église, inspire à Pierre une foi digne d'être le fondement de cet admirable édifice : Vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant *'. Par cette haute prédication de la foi, il s'attire l'inviolable promesse qui le fait le fondement de l'Église. T.a parole de Jésus-Christ, qui de rien fait ce qu'il lui plaît, donne cette force à un mortel. Qu'on ne dise point, qu'on ne pense point que ce ministère de saint Pierre finisse avec lui : ce qui doit servir de soutien à une Église éternelle ne peut jamais avoir de fin. Pierre vivra dans ses successeurs ; Pierre parlera toujours dans sa chaire : c'est ce que disent les Pères; c'est ce que

Page 1