‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 87 sur 538 · h{d..19. successeurs, simples évêques · texte numérisé non relu

h{d..19. successeurs, simples évêques

des autres par une si éclatante profession du christianisme, et que sa chaire à Antioche fît une solennité dans les Églises ^ ; par ces deux villes illustres dans l'Église chrétienne par des caractères si marqués, il fallait qu'il vînt à Rome plus illustre ^ encore : Rome, le chef de l'idolâtrie aussi bien que de l'Empire; mais Rome qui, pour signaler le triomphe de Jésus-Christ, est prédestinée à être le chef de la religion et de l'Église, doit devenir par cette raison la propre Église de saint Pierre, et voilà où il faut qu'il vienne, par Jérusalem et par Antioche ^ .

Mais pourquoi voyons-nous ici l'apôtre saint Paul? Le mystère en serait long à déduire. Souvenez- vous seulement du grand partage où l'univers fut comme divisé entre Pierre et Paul, où Pierre chargé du tout en général * par sa primauté, et, par un ordre exprès, chargé des Gentils, qu'il avait reçus en la personne de Cornélius le centurion ^, ne laisse pas, pour faciliter la prédication, de se charger d'un soin spécial des Juifs, comme Paul se chargea d'un soin spécial des Gentils ^. Puisqu'il fallait partager, il fallait que le premier eût les aînés, que le chef à qui tout se devait unir eût le peuple sur lequel le reste devait être enté, et que le vicaire de Jésus-Christ eût le partage de Jésus-Christ même. Mais ce n'est pas encore assez, et il faut que Rome revienne au partage de saint Pierre. Car, encore que, comme chef de la gentilité, elle fût plus que toutes les autres villes comprise dans le partage de l'Apôtre des Gentils, comme chef de la chrétienté il faut que Pierre y fonde l'Église. Ce n'est pas tout : il faut que la commission extraordinaire de Paul expire avec lui à Rome, et que, réunie à jamais, pour ainsi parler, à la chaire suprême de Pierre, à laquelle elle était subordonnée, elle élève l'Église romaine au comble de l'au-

1. Ce détail n'a pas la force pro- à Rome, l'une au cimetière Ostrien,

bante qu'on lui supposait au XVIJe l'autre au Vatican. (Cf. Saint Pierre,

siècle. On considère aujourd'ui la par M. l'abbé Fouard, p. 548-551.) (( solennité » de la Chaire de saint 2. Gazier : plus illustrée encore.

Pierre à Antioche comme le résultat 3. Période admirée, mais moins

d'une erreur des liturgistes. Primi- claire à la lecture que dans l'action, tivement les fêtes du 18 janvier et 4. Lâchât : de tout en général.

du 22 février se rapportaient à deux 5. Act., x.

installations successives de l'apôtre 6. Gai., il, 7-1).

110 SUR l'unité de l'église.

torité et de la gloire. Disons encore : quoique ces deux frères, saint Pierre et saint Paul, nouveaux fondateurs de Rome, plus heureux comme plus unis que ses deux premiers fondateurs, doivent consacrer ensemble l'Église romaine, quelque grand que soit saint Paul, en science, en dons spirituels, en charité, en courage ; encore, gn'il ait travaillé plus que tous les autres apôtres ^ et qu'il paraisse étonné lui-même de ses grandes révélations ^ et de l'excès de ses lumières, il faut que la parole de Jésus-Christ prévale : Rome ne sera pas la chaire de saint Paul, mais la chaire de saint Pierre; c'est sous ce titre qu'elle sera plus assurément que jamais le chef du monde, et qui ne sait ce qu'a chanté le grand saint Prosper, il y a plus de douze cents ans : Rome, le siège de Pierre, devenue sous ce titre le chef de Vordre pastoral dans tout Vunivers, s'assujettit par la religion ce qu'elle n'a pu subjuguer par les armes ^? Que volontiers nous répétons ce sacré cantique d'un Père de l'Église gallicane! c'est le cantique de la paix, où, dans la grandeur de Rome, l'unité de toute l'Église est célébrée.

Ainsi fut établie et fixée à Rome la chaire éternelle. C'est cette Église romaine qui, enseignée par saint Pierre et ses successeurs, ne connaît point d'hérésie. Les Donatistes affectèrent d'y avoir un siège * et crurent se sauver par ce moyen du reproche qu'on leur faisait que la chaire d'unité leur manquait. Mais la chaire de pestilence ne put subsister, ni avoir de succession auprès de la chaire de vérité. Les Manichéens se cachèrent quelque temps dans cette Église "" : les y découvrir seulement a été les en bannir pour jamais. Ainsi les hérésies ont pu y passer, mais non pas y prendre racine. Que, contre la coutume de tous leurs prédécesseurs, un ou deux souverains pontifes ^, ou par

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