Act., II, 14, etc
SUR l'unité de l'Église. 113
manière, et ne se glorifient pas du trésor qu'ils portent dans un vaisseau si fragile.
Mais une autre faute de Pierre donne une autre leçon à toute l'Église. Il en avait déjà pris le gouvernement en main quand saint Paul lui dit en face qu^il ne Tnarchait pas droitement selon V Évangile ^, parce qu'en s 'éloignant trop des Gentils convertis, il mettait quelque espèce de division dans l'Église. Il ne manquait pas dans la foi, mais dans la conduite : je le sais ; les anciens l'ont dit, et il est certain ; mais enfin saint Paul faisait voir à un si grand apôtre qu'il manquait dans la conduite^; et encore que cette faute lui fût commune avec Jacques, il ne s'en prend pas à Jacques, mais à Pierre, qui était chargé du gouvernement, et il écrit la faute de Pierre dans une épître qu'on devait lire éternellement dans toutes les Églises avec le respect qu'on doit à l'autorité divine ; et Pierre, qui le voit, ne s'en fâche pas, et Paul, qui l'écrit, ne craint pas qu'on l'accuse d'être vain : âmes célestes, qui ne sont touchées que du bien commun, qui écrivent, qui laissent écrire, aux dépens de tout, ce qu'ils croient utile à la conversion des Gentils et à l'instruction de la postérité. Il fallait que, dans un pontife aussi éminent que saint Pierre, les pontifes ses successeurs apprissent à prêter l'oreille à leurs inférieurs, lorsque, beaucoup moindres que saint Paul et dans de moindres sujets, ils lui ^ parleraient avec moins de force, mais toujours avec le même dessein de pacifier l'Église. Voilà ce que saint Cyprien "*, saini Augustin "" et les autres Pères ont remarqué dans cet exemple de saint Pierre. Admirons, après ces grands hommes, dans l'humilité l'ornement le plus nécessaire des grandes places, et quelque chose de plus vénérable dans la modestie que dans tous les autres dons, et le monde plus disposé à l'obéissance quand celui à qui on la doit obéit le premier à la raison ; et Pierre, qui se corrige, plus grand, s'il se peut, que Paul qui le reprend.