SUR
Suivons ; ne vous lassez point d'entendre le grand mystère qu'une raison nécessaire nous oblige aujourd'hui de vous prêcher. On veut de la morale dans les sermons, et on a raison, pourvu qu'on entende C[ue la morale chrétienne est fondée sur les mystères du christianisme ^. Ce que je vous prêche, je vous le dis, est un grand mystère en Jésus-Christ et en son Église " ; et ce mystère est le fondement de cette belle morale qui unit tous les chrétiens dans la paix, dans l'obéissancee et dans l'unité catholique.
Vous avez vu cette unité dans le Saint Siège : la voulez-vous voir dans tout l'ordre et dans tout le collège épiscopal? Mais c'est encore en saint Pierre qu'elle doit paraître, et encore dans ces paroles : Tout ce que tu lieras sera lié; tout ce que tu délieras sera délié ^. Tous les papes et tous les saints Pères l'ont enseigné d'un commun accord. Oui, mes Frères, ces grandes paroles, où vous avez vu si clairement la primauté de saint Pierre, ont érigé les évêques, puisque la force de leur ministère consiste à lier ou à délier ceux qui croient ou ne croient pas à leur parole. Ainsi, cette divine puissance de lier et de délier est une annexe nécessaire et connne le dernier sceau de la prédication que Jésus- Christ leur a confiée, et vous voyez en passant tout l'ordre de la juridiction ecclésiastique. C'est pourquoi le même qui a dit à saint Pierre : Tout ce que tu lieras sera lié, tout ce que tu délieras sera délié '^, a dit la même chose à tous les apôtres, et leur a dit encore : Toiis ceux dont vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ci tous ceux dont vous retiendrez les péchés, ils leur seront retenus^. Qu'est-ce que lier, sinon retenir, et qu'est-ce que délier, sinon remettre ? Et le même qui donne à Pierre cette puissance, la donne aussi de sa propre bouche à tous les apôtres. Comme mon Père m^a envoyé, ainsi, dit-il, je vous envoie ^' ; on ne peut voir ni une puissance mieux établie, ni une mission plus immédiate. Aussi soufïîe-t-il également sur tous ; il répand sur tous le même Esprit avec ce souffle, en leur
1. Maxime à retenir. Elle fut sou- 4. Matt., xviii, 18. vent méconnue au siècle suivant. 5. Joan., xx, 23.