Matth., XVI
disant : Recevez le Saint-Esprit : ceux dont vous remettrez les péchés, ils sont remis \ et le reste que nous avons récité. C'était donc manifestement le dessein de Jésus-Christ de mettre premièrement dans un seul ce que dans la suite il voulait mettre dans plusieurs. Mais la suite ne renverse pas le commencement, et le premier ne perd pas sa i:)lace. Cette première parole : Totd ce que tu lieras, dite à un seul, a déjà rangé sous sa puissance chacun de ceux à qui on dira : Tout ce que vous remettrez; car les promesses de Jésus-Christ, aussi bien que ses dons, sont sans repentance, et ce qui est une fois donné indéfiniment et universellement est irrévocable, ontre que la puissance donnée à plusieurs porte sa restriction dans son partage, au lieu que la puissance donnée à un seul, et sur tous, et sans exception, emporte la plénitude ; et n'ayant à se partager avec aucun autre, elle n'a de bornes que celles que donne la règle ^. C'est pourquoi nos anciens docteurs de Paris, que je pourrais ici nommer avec honneur, ont tous reconnu d'une même voix dans la chaire de saint Pierre la plénitude de la puissance apostoliCj[ue : c'est un point décidé et résolu; mais ils demandent seulement qu'elle soit réglée dans son exercice par les canons, c'est-à-dire par les lois communes ^ de toute l'Église, de peur que, s 'élevant au-dessus de tout, elle ne détruise elle-même ses propres décrets. Ainsi le mystère est entendu : tous reçoivent la même puissance, et tous de la même source, mais non pas tous en même degré, ni avec la même étendue, car Jésus-Christ se communique en telle mesure qu'il lui plaît, et toujours de la manière la plus convenable à établir l'unité de son Église. C'est pourquoi il commence par le premier, et, dans ce premier, il forme le tout, et lui-même il développe avec ordrece qu'il a mis dans un seul : et Pierre, dit saint Augustion ^, qui dans Vhonneur de sa primauté représentait toute VÉglise, reçoit aussi le premier et le seul d^aho7'd
1 . Joan,. XX, 22, 23. et les lois que le temps a consacrées ;
2. C'est-à-dire la loi naturelle et mais, dans son exercice, elle n'est la loi divine. responsable que devant Dieu.
3. Si la puissance pontificale est 4. S. Aug., fn Joan., tract, oxxiv, souveraine, elle n'est point arbi- 5, 7.
ti-aire. Elle gouverne selon les règles
les clefs qui, dans la suite, devaient être communiquées à tous les autres ^, afin que nous apprenions, selon la doctrine d'un saint évêque de l'Église gallicane ^, que l'autorité ecclésiastique, premièrement établie en la personne d'un seul, ne s'est répandue qu'à condition d'être toujours ramenée au principe de son unité, et que tous ceux qui auront à l'exercer se doivent tenir inséparablement unis à la même chaire.
C'est cette chaire romaine tant célébrée par les Pères, où ils ont exalté comme à l'envi la principauté de la chaire apostolique, la principauté principale, la source de Vunité et dans la place de Pierre réminent degré de la chaire sacerdotale, l'Église mère, qui tient en sa main la conduite de toutes les autres Églises, le chef de répiscopat, d^où part le rayon du gouvernement, la chaire principale, la chaire unique en laquelle seule tous gardent V unité : vous entendez dans ces mots saint Optât, saint Augustin, saint Cyprien, saint Irénée, saint Prosper, saint Avite, saint Théodoret, le concile de Chalcédoine et les autres, l'Afrique, les Gaules, la Grèce, l'Asie, l'Orient et l'Occident unis ensemble ^ ; et voilà, sans préjudice des lumières divines, extraordinaires et surabondantes, et de la puissance proportionnée à de si grandes lumières qui était pour les premiers temps dans les apôtres, premiers fondateurs de toutes les Églises chrétiennes, voilà, dis-je, ce qui doit rester, selon la parole de Jésus-Christ et la constante tradition de nos Pères, dans l'ordre commun de l'Église. Et puisque c'était le conseil de Dieu de permettre, pour éprouver ses fidèles, qu'il s'élevât des schismes et des hérésies, il n'y avait point de constitution ni plus ferme pour se soutenir, ni plus forte pour les abattre. Par cette constitution, tout est fort dans l'Église, pali'ce que tout y est divin et que tout y est uni ; et, comme chaque partie est divine, le lien aussi est divin, et l'assemblage est tel que chaque partie agit avec la force du tout.
1. S. Opt. Mil., lib. VII, n. 3. A vit., Epist. ad Faust. ; S. Prosper. ,
2. S. CsessiV. Arel., Epist. ad St/mm. Car7n.de Inç/r..i cap. il \ Conc. Chald. Papam. Relut, ad Léon. Œabb., tom. IV,
B. S. Aug., Epist. XLîll ; S. Iren., p. 837) : Libell. Joan. Const. {ibid., lib. III, cap. m ; S. Cypr., Epist. Lv ; p. 1486) ; S. Opt. Mil., lib, II, n. 2. Theod., Epist. ad lien., cxvi ; S.
SUR l'unité de l'Église. 117
C'est pourquoi nos prédécesseurs, qui ont dit souvent dans leurs conciles ^ qu'ils agissaient dans leurs Églises comme vicaires de Jésus-Christ et successeurs des apôtres qu'il a immédiatement envoyés, ont dit aussi dans d'autres conciles^, comme ont fait les papes à Chalon, à Vienne et ailleurs, qu'ils agissaient ce au nom de saint Pierre, vice Pétri ; par l'autorité donnée à tous les évêques en la personne de saint Pierre, auctoritate nohis in Petro concessa; comme vicaires de saint: Pierre, vîcarii Petri » ; et l'ont dit lors même qu'ils agissaient par leur autorité ordinaire et subordonnée, parce que tout a été mis premièrement dans saint Pierre, et que la correspondance est telle dans tout le corps de l'Église que ce que fait chaque évêque selon la règle et dans l'esprit de l'unité catholique, toute l'Église, tout l'épiscopat et le chef de l'épiscopat le fait avec lui.
S'il est ainsi, Chrétiens, si les évêques n'ont tous ensemble qu'une même chaire, par le rapport essentiel qu'ils ont tous avec la chaire unique où saint Pierre et ses successeurs sont assis ; si, en conséquence de cette doctrine, ils doivent tous agir dans l'esprit de l'unité catholique, en sorte c^ue chaque évêque ne dise rien, ne fasse rien, ne pense rien que l'Église universelle ne puisse avouer, que doit attendre l'univers d'une assemblée de tant d 'évêques? M'est-il permis, Messeigneurs, de vous adresser la parole, à vous de qui je la tiens aujourd'hui, mais à vous qui êtes mes juges et les interprètes de la volonté divine ? Ha ! sans doute, puisque c'est vous qui m'ouvrez la bouche, quand je vous parle, Messeigneurs, ce n'est pas moi qui vous parle, c'est vous-mêmes qui vous parlez à vous-mêmes. Songeons c^ue nous devons agir par l'esprit de toute l'Église ; ne soyons pas des hommes vulgaires, que les vues particulières détournent du vrai esprit de l'unité catholique : nous agissons dans un corps, dans le corps de l'épiscopat et de l'Église catholique, où tout ce qui est contraire à la règle ne manque jamais d'être détesté, car l'Esprit
1. Conc. Meld., prœf. (tom. III p. 433) ; Conc. Cabil. {ibid..p. 27b) ; Conc. Gall., p. 27). Conc. Rem. (ibid., p. 481) ; Conc.
2. Si/nod. Rem. (tom. VIII Conc, Cicest. (tom. X Conc, p. 1182) ; Ivo p. 591) ; Conc. Vien. (tom. IX Conc, Ca,Yn.ySerm. De Caih. Petr.
118 SUR l'unité de l'église.
de vérité y prévaut toujours^. Puissent nos résolutions être telles qu'elles soient dignes de nos pères, et dignes d'être adoptées par nos descendants, dignes enfin d'être comptées parmi les actes authentiques de l'Église et insérées avec honneur dans ces registres immortels où sont compris les décrets qui regardent non seulement la vie présente, mais encore la vie future et l'éternité toute entière !
La comprenez- vous maintenant, cette immortelle beauté de l'Église catholique, où se ramasse ce que tous les lieux, ce que tous les siècles présents, passés et futurs ont de beau et de glorieux? Que vous êtes belle dans cette union, ô Église catholique ; mais en même temps que vous êtes forte ! Belle, dit le saint Cantique ^, et agréable comme Jérusalem, et en même temps terrible comme une armée rangée en bataille ; belle comme Jérvisalem, où l'on voit une sainte uniformité et une police admirable sous un même chef ; belle assurément dans votre paix, lorsque, recueillie dans vos murailles, vous louez celui qui vous a choisie annonçant ses vérités à ses fidèles. Mais si les scandales s'élèvent, si les ennemis de Dieu osent l'attaquer par leurs blasphèmes, vous sortez de vos murailles, ô Jérusalem, et vous vous formez en armée pour les combattre, toujours belle en cet état, car votre beauté ne vous quitte pas, mais tout à coup devenue terrible. Car une armée qui paraît si belle dans une revue, combien est-elle terrible quand on voit tous les arcs bandés et toutes les piques hérissées contre soi ? Que vous êtes donc terrible, ô Église sainte, lorsque vous marchez, Pierre à votre tête et la chaire de l'unité vous unissant toute ; abattant les têtes superbes et toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu ; pressant ses ennemis de tout le poids de vos bataillons serrés ; les accablant tout ensemble et de toute l'autorité^ des siècles passés et de toute l'exécration des siècles futurs ; dissipant les hérésies et les étouffant cjnelquefois dans leur naissance ; prenant les petits de
1. C'était prédire, sans y songer, de cette doctrine, propre à une école
la fin du gallicanisme. Mais'^l'orateur et singulière dans l'Eglise univer-
ne pouvait se résoudre à le regarder selle, ne l'ait pas rendue suspecte à
comme a contraire à la règle. )) Il y ses yeux, a lieu de s'étonner que le caractère 2. Cant., vi, 3.
SUR l'umté de l'Église. 119
Bab\ lone et les hérésies naissantes, et les brisant contre votre pierre ^ ; Jésus-Christ, votre chef, vous mouvant d'en haut et vous unissant, mais vous mouvant et vous unissant par des instruments proportionnés, par des moyens convenables, par un chef qui le représente, ciui vous fasse en tout agir toute entière et rassemble toutes vos forces dans une seule action !
Je ne m'étonne donc plus de la force de l'Église, ni de ce puissant attrait de son unité. Pleine de l'Esprit de celui qui dit : Je tirerai tout à moi^, tout vient à elle : Juifs et Gentils, Grecs et Barbares. Les Juifs devaient venir les premiers ; et malgré la réprobation de ce peuple ingrat, il y a ce précieux reste et ces bienheureux réservés tant célébrés par les prophètes. Prêchez, Pierre ; tendez vos filets, divin pêcheur. Cinq mille, trois mille entreront d'abord ^, bientôt suivis d'un plus grand nombre. Mais Jésus-Christ a décilitres brebis qui ne sont pas de ce bercail ^ ; c'est par vous, ô Pierre, qu'il veut commencer à les rassembler. Voyez ces serpents, voyez ces reptiles et ces autres animaux immondes qui vous sont présentés du ciel. C'est les Gentils^, peuple immonde et peuple qui n'est pas peuple; et que vous dit la voix céleste? Tue et mange ^\ unis, incorpore, fais mourir la gentilité dans ces peuples : et voilà en même temps à la porte les envoyés de Cornélius, et Pierre, qui a reçu les bienheureux restes des Juifs, va consacrer les prémices des Gentils.
Après les prémices viendra le tout; après l'officier romain, Rome viendra elle-même ; après Rome, viendront les peuples l'un sur l'autre. Quelle Église a enfanté tant d'autres Églises? D'abord tout l'Occident est venu par elle, et nous sommes venus des premiers : vous le verrez bientôt. Mais Rome n'est pas épuisée dans sa vieillesse et sa voix n'est pas éteinte ; nuit et jour, elle ne cesse de crier aux peuples les plus éloignés, afin de les appeler au banquet où tout est fait un "^ ;