Apoc, II, ô. 4. Pour: Ce ne sont pas de ces
2. Ps. II. excès de langage, qu'on rencontre iS. TertulL, Apoloy.^ n. 21. dans Tertullien.
SUR l'unité de l'Église. 12Î
pire réconcilié avec l'Église, et tout ensemble le rempart et la défense de l'Église.
L'Église n'est pas moins féconde que la Synagogue : elle doit comme elle avoir ses Davids, ses Salomons, ses Ézéchias, ses Josias, dont la main royale lui serve d'appui. Comme elle, il faut qu'elle voie la concorde de l'empire et du sacerdoce : un Josué partager la terre aux enfants de Dieu avec un Éléazar ; un Josaphat établir l'observance de la Loi avec un Amarias ; un Joas réparer le Temple avec un Joïada ; un Zorobabel en relever les ruines avec un Jésus, fils de Josédé ; un Néhémias reformer le peuple avec un Esdras. Mais la Synagogue, dont les promesses sont terrestres, commence par la puissance et par les armes; l'Église commence par la croix et par les martyres : fille du ciel, il faut qu'il paraisse qu'elle est née libre et indépendante dans son état essentiel, et ne doit son origijie qu'au Père céleste. Quand, après trois cents ans de persécution, parfaitement étal)lie et parfaitement gouvernée durant tant de siècles sans aucun secours humain, il paraîtra clairement qu'elle ne tient rien de l'homme : Venez maintenant, ô Césars, il est temps : Et nunc intelligite. Tu vaincras, ô Constantin, et Rome te sera soumise, mais tu vaincras par la croix ; Rome verra la première ce grand spectacle, un empereur victorieux prosterné devant le tombeau d'un pêcheur et devenu son disciple.
Depuis ce temps-là. Chrétiens, l'Église a appris d'en haut à se servir des rois et des empereurs pour faire mieux servir Dieu, pour élargir, disait saint Grégoire, les voies du ciel ^, pour donner un cours plus libre à l'Évangile, une force plus présente à ses canons et un soutien plus sensible à sa discipline.
Que l'Église demeure seule : ne craignez rien ; Dieu est avec elle et la soutient au dedans ; mais les princes religieux lui élèvent par leur protection ces invincibles dehors c^ui lui font jouir, disait un grand pape^, d'une douce tranquillité à l'abri de leiu" autorité sacrée.
l.S. Grreg., Epist., lib. III, epist. 2. Innoc. II, Epist. ii : Conc.^A-
Lxv, ad Maurlcium Auçustmn. quÀMç. ii ((Jonc. GalL, t. Il, p. 570 j.
122 SUR I/UMTÉ DE l'ÉGLISE.
Mais parlons toujours comme il faut de l'Épouse de Jésus-Christ : l'Ëglise se doit à elle-même et à ses services toutes les grâces qu'elle a reçues des rois de la terre. Quel ordre, quelle compagnie, quelle armée, quelque forte, quelque fidèle et quelque agissante qu'elle soit, les a mieux servis c[ue l'Église a fait par sa patience? Dans ces cruelles persécutions qu'elle endure sans murmurer durant tant de siècles, en combattant pour Jésus-Christ, j'oserai le dire, elle ne combat guère jnoins pour l'autorité des princes qui la persécutent. Ce combat n'est pas indigne d'elle, puisque c'est encore combattre pour l'ordre de Dieu. En effet, n'est-ce pas combattre pour l'autorité légitime, que d'en souffrir tout sans murmure? Ce n'était point par faiblesse : qui peut mourir n'est jamais faible ; mais c'est que l'Église savait jusques où il lui était permis d'étendre sa résistance : c( Nondum usque ad Honguinem restithtis : Vous n'avez pas encore résisté jusques au sang, » disait l'Apôtre ^ : jusques au sang, c'est-à-dire jusqu'à donner le sien, et non pas jusqu'à répandre celui des autres. Quand on la veut forcer de désavouer ou de taire les vérités de l'Évangile, elle ne peut que dire avec les apôtres : Non possumus, non possumuii '^ ; que prétendez-vous ? nous ne pouvons pas ; et en même temps découvrir le sein où l'on veut frapper ; de sorte que le même sang qui rend témoignage à l'ÉWangile, le même sang le rend aussi à cette vérité, que nul prétexte ni nulle raison ne peut autoriser les révoltes, qu'il faut révérer l'ordre du Ciel et le caractère du Tout-Puissant dans tous les princes, quels qu'ils soient, puisque les plus beaux temps de l'Église nous le font voir sacré et inviolable même dans les princes persécuteurs de l'Évangile. Ainsi leur couronne est hors d'atteinte : l'Église leur a érigé un trône dans le lieu le plus sûr de tous et le plus inaccessible, dans la conscience même, où Dieu a le sien ; et c'est là le fondement le plus assuré de la tranquillité publique.
Nous leur dirons donc sans crainte, même en publiant leurs bienfaits, qu'il y a plus de justice que de grâce
l.Hebr., xn, 4. 2. Act., iv, 20.
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dans les privilèges qu'ils accordent à l'Église, et qu'ils ne pouvaient refuser de lui faire part de quelques honneurs de leur royaume, qu'elle prend tant de soin de leur conserver. Mais confessons en même temps qu'au milieu de tant d'ennemis, de tant d'hérétiques, de tant d'impies, de tant de rebelles qui nous environnent, nous devons beaucoup aux princes qui nous mettent à couvert de leurs insultes, et que nos mains désarmées, que nous ne pouvons que tendre au ciel, sont heureusement soutenues par leur puissance.
Il le faut avouer. Messieurs, notre ministère est pénible : s'opposer aux scandales, au torrent des mauvaises mœurs et au cours violent des passions, qu'on trouve toujours d'autant plus hautaines qu'elles sont plus déraisonnables, c'est un terrible ministère, et on ne peut l'exercer sans rigueur. C'est ce que nos prédécesseurs assemblés dans les conciles de Thionville et de Meaux appellent « la rigueur du salut des hommes : Rigorem salutis humanœ \ » L'Église assemblée dans ces conciles demande l'assistance des rois pour exercer plus facilement cette rigueur salutaire au genre humain ; et convaincue par expérience du besoin qu'elle a de leur protection pour aider les âmes infirmes, c'est-à-dire le plus grand nombre de ses enfants, elle ne se prive qu'avec peine de ce secours ; de sorte que la concorde du sacerdoce et de l'empire, dans le cours ordinaire des choses humaines, est un des soutiens de l'Église et fait partie de cette unité ^ qui la rend si belle.
Car qu'y a-t-il de plus beau que d'entendre un saint empereur dire à un saint pape : « Je ne vous puis rien refuser, puisque je vous dois tout en Jésus-Christ : Nili'd tihi negare possum, cul per Deum omnia deheo'^ : Tout ce que votre autorité paternelle a réglé dans son concile pour le rétablissement de l'Église, je le loue, je l'approuve, je le confirme comme votre fils : je veux
l.Conc.nd Theodonis villam, can. l'unité essentielle de l'Eglise. N'en
VI {Conc. Gall., tom. III, p. 16) ; serait-elle pas un simple corollaire ?
(Jonc. Meld., can. xii {ibid., Tp.tiô). Au reste, l'appel au bras séculier
2. Belle conception, malgré les était jadis usité partout, dans les
diflBcultés et les périls qui se ren- États protestants comme dans les
contrentdanssaréalisation.Onpeut pays catholiques,
douter toutefois que cette alliance 3. Henric. II ad Bened. YIIE
des deux pouvoirs fasse partie de {Conc, t. IX, p. 831).