AU MINISTRE DE LA GUERRE
Naples, le 26 novembre *W)7.
Monseigneur, depuis six mois je redemande à M. Boismou , caissier de Tartillerie, 1,000 fr. que je lui ai confiés à litre do dépôt. Il prétend retenir celte somme par ordre du général Dcdon, à cause de certains frais de bureau touchés par moi il y a (juatre ans, et qui, dit-il , ne m'étaient point dus. Premièrement , je nie le fait : je n'ai jamais touché de frais de bureau que suc d«?s ordonnances particulières du minisire de la guerre.
Mais quand ce qu'il dit serait vrai, fusse je débiteur décent mille francs à la cniss.' d»' r..rfill.ri.> - il u\'U serait pas moii»s
ÉCRITES DE FllANCE ET d'ITALTE. 487
obligé de me remettre à ma première réquisition le dépôt dont il s'est chargé. Je ne suis point en compte avec la caisse. L'autorité du général est nulle dans cette affaire. En un mot , ce n'est point à la caisse, mais à M. Boismon, que j'ai confié mon argent , et il n'en doit de compte qu'à moi.
Il allègue une autre excuse qui me paraît plus plausible. Quoiqu'il ait le titre de caissier, la caisse n'est pas en son pouvoir ; elle est, dit-il, chez le général, dans sa chambre; il en a les clefs; et par conséquent, lui caissier, ne peut me rendre mon argent que le général n'y consente, à quoi il n'est pas disposé.
Est-ce ma faute à moi , monseigneur, si le caissier n'a pas la caisse ? Pouvais-je faire ces distinctions, et deviner que M. Boismon était caissier pour prendre mon argent, mais non pas pour me le rendre ? Je laisse ces subtilités à ceux qui en ont le proût.
Enfin , vous voyez , INIonseigneur, que le général Dedon couche avec mon argent. Le ravoir à son insu, cela est fort difficile. J'ai fait ce que j'ai pu , et j'y renonce. Obtenir qu'il me le rende n'est possible qu'à vous, monseigneur, et je supplie Votre Excellence de vouloir bien s'employer à cette bonne œuvre.
A M. DE SAL^TE-CUOIX
A PARIS
Naples, le 27 novembre 1807.
Monsieur, vous me ravissez en m'apprenant que votre besogne avance, et que vous êtes résolu de ne la point quitter que vous ne l'ayez mise à fin. Voilà parler comme il faut. Vous voulez qu'on vous encourage. J'y ferai mon devoir, soyez-en sûr, me promettant pour moi, de ce nouveau travail, autant de plaisir que m'en fit votre première édition. Il n'y avait que vous , monsieur, qui pussiez n'en être pas entièrement satisfait, et faire voir au public qu'il y manquait quelque chose.
Ma petite drôlerie ^ dont vous me demandez des nouvelles, est assez dégrossie. J'en suis à l'épiderme. C'est là le point justement où se voit la différence du sculpteur au tailleur de pierres. Ce texte a des délicatesses bien difficiles à rendre , et notre maudit patois me fait donner au diable.
488 LETTKES INÉDITES,
Ne me vantez point votre héros ' ; il dut sa gloire au siècle dans lequel il parut. Sans cela, qu'avait-il de plus que les Gen- «is-Kan, les Tamerlan? Bon soldat, bon capitaine; mais ces vertus sont communes. Il y a toujours dans une armée cent ofliciers capables de la bien commander ; un prince même y réussit, et ce que fait bien un prince, tout le monde le peut faire. Quant à lui, il ne fit rien qui ne se fût fait sans lui. Bien avant qu'il fut né, il était décidé que la Grèce prendrait l'Asie. Surtout gardez-vous , je vous prie , de le comparer à César, qui était autre chose qu'un donneur de batailles. Le vôtre ne fonda rien. I! ravageait toujours; et s'il n'était pas mort, il ravagerait encore. Fortune lui livra le monde, qu'en sut-il faire.' Ne me dites pas, s'il eût vécu! car il devenait de jour en jour plus féroce et plus ivrogne.
J'ai ici à ma disposition une bonne bibliothèque, et ce m'est un grand secours pour la petite bagatelle que je vous destine, mouoieur. Cependant il me manque encore des outils pour enlever certains nœuds. Il faudrait être à Paris, et y être de loisir ; deux choses à moi difficiles.
# Vous avez grande raison de me dire, quittez ce vil métier. Vous me parlez sagement , et je ne veux pas non plus faire comme iMolière, à qui toute sa vie ses amis en dirent autant. Il était, lui , chef de sa troupe ; moi , je mouche les chandelles. Ne croyez pas pourtant, monsieur, que j'y aie perdu tout mon temps; j'y
l ai fait de bonnes études, et je sais à présent des choses qu'on
i n'apprend point dans les livres.
Je me rapproche de vous de deux cents lieues. Je vais bientôt à Milan.
[ A Rome , Courier retrouva d'anciens amis , avec lesquels il deraenra (jiiinze j()ui*s, M. d'Aj^incoiirl, l'abbé Marin! , madame Dionigi. Il s'arnMa aussi à Florence pour voir les bibiiotlièiiues, et visiU-r M. Akerblad, s.> vanl sHédois, dont il sera qjiesUon plus tard. Knfin, il arriva à Véron»' -i < la lin de janvier. On l'y attendait depuis près de six mois, et il y Irouv.. une lettre du ministre de la guerre qui le mettait aux arrêts, et oriionnait ta retenue d'une partie de ses appoint' m- nf^ i
' Alexandre le Grand.
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