A M. FIRMIN DIDOT
Florence, le 3 mars 1810.
Monsieur, je mets à la poste une brochure qui sûrement vous fera plaisir. Vous ne serez pas fâché, je crois, de savoir qu'il
' Tandis (|ue M. Rcnouanl attendait le fragment inédit et sa tradacti(^n pour les jtublier à Paris, Courier avait changé d'avis et rés«ilu de donner luiniênie une édition complète du texte grec , et une autre do la traduction <i'Amyot , retouchée et complétée. Celle-ci se trouvant prête la premier»^ , illavait fait imprimera Florence chez PiatU,en février tHIO, et tirera soixante exemplaires seulement, in-8». Voici la note qu'il avait mise en tétc de cette édition :
« Le roman de Longus n'a encore paru complet en aucune langue. On a conservé ici, de l'ancienne traduction d'Aniyot, tout ce qui est conforme au texte, et pour le reste on a suivi le manuscrit grec de VJbbaye^ qui contient l'ouvrage enUer. On s'est aidé aussi de la version de Caro , dans le? endroits où il exprime le sens de l'auteur. Le texte complet de Longus paraîtra bientôt imprimé : alors cpielqu'un pourra en faire une tradu<ii«»n plus soignée, car ceci n'est prcM^ue «luune glose nmt à mot . faite dadlcur-; |K)ur être vue de i»eu de personnes »
existe un Loiigus complet ; et ma traduction , toute sèche et servile qu'elle est, vous donnera une idée de ce qui manque dans les imprimés. Je pars pour Rome , où je verrai d'autres manuscrits de Longus. En les comparant avec la copie que j'emporte de celui-ci , j'aurai an texte qui peut-être ne serait pas indigne de vos presses. Vous pourriez même lui faire encore plus d'honneur, si l'envie vous prend d'animer de quelques couleurs ces traits que j'ai calqués sur l'original. Enfin , mandez-moi ce que vous en penserez ; et s'il vous duit , nous pourrons donner au public un joli volume contenant le texte et les variantes des manuscrits de Rome et de Florence ; j'entends celles qui valent la peine d'être notées.
J'ai eu bien peu le plaisir de voir monsieur votre fils , et personne cependant ne m'intéresse davantage. Toute la Grèce en parle, et fonde sur lui de grandes espérances. Donnez-moi bientôt , je vous prie , de ses nouvelles et des vôtres , et trouvez bon que je finisse , sans cérémonie, en vous assurant de mon sincère attachement.
A M. BOISONNADE,
Florence, le 3 mars 1810.
Monsieur, on vous remettra une brochure avec ce billet : vous verrez d'abord ce que c'est. La trouvaille que j'ai faite est assurément jolie : vous aurez le texte dans peu , et vous vous étonnerez que cela ait pu échapper aux Dorviile, Cocchi, Salvini et autres, qui ont publié différentes parties du manuscrit original ; car c'est le même d'où ils ont tiré Chariton , Xénophon d'Éphèse , et en dernier lieu les fables d'Ésope , qu'on vient d'imprimer ici. Ne dites mot , je vous prie , de tout cela dans vos journaux. Ce n'est ici qu'une ébauche qui peut-être ne mérite pas d'être terminée ; mais, bonne ou mauvaise, elle n'est pas publique ; car , de soixante exemplaires , il n'y en aura guère que vingt (le distribués. C'est une pièce de société qu'il n'est pas permis de siffler. Une grande dame ' , de par le monde , qui est maintenant
' La princesse Éiisa , sœur de Napoléon.
532 LETTRES INEDITES,
à Paris pour le mariage de son frère , me fit dire , étant ici , qu'elle en accepterait la dédicace : je m'en suis excusé sur l'indécence du sujet. M. Renouard pourra vous conter cela ; il était présent quand on me fit cette flatteuse invitation.
J'entends dire que votre Eunapius s'imprime bien lentement. Donnez-moi, je vous prie, monsieur, de ses nouvelles et des \ ùtres. Personne ne s'intéresse plus que moi à vos travaux.