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LETTRE DE M. CLAVIER

Paris, le 19 janvier l^ir

11 a paru à Florence une nouvelle édition des fables d'Ésope,

d'après un manuscrit très-ancien ; je vous prie de ipe l'envoyer, si vous en trouvez l'occasion. Les Molini de Florence me doivent le prix de douze exemplaires d'Apollodore ; veuillez leur en parler : je prendrai volontiers des livres pour cela.

Je vous félicite de votre découverte , et je ne doute pas que vous n'en fassiez d'autres si vous vous donnez la peine de fouiller dans les manuscrits de Florence et de Rome , où depuis longtemps il y a peu de gens habiles en grec.

Je travaille, dans ce moment, à un nouveau dictionnaire de grands hommes, où je me suis chargé de faire toute Thisloire ancienne, tant civile que littéraire, les Romains exceptés. Beaucoup de membres de l'Institut prennent part à cet ouvrage.

Vous aviez sans doute appris que Gail a été reçu de l'Institut

avant moi : c'est une excellente acquisition ; il est le seul qui nous fasse rire. Il nous a lu une dissertation pour prouver que l'ironie règne dans le banquet de Xénophon , et il s'est fort o/fensé de ce que je lui ai dit qu'on le contredirait d'autant moins là-dessus que personne jusqu'ici ne s'était avisé de prendre cet ouvrage au sérieux. 11 nous a aussi prouvé que Xantippe était une excellente femme, douce, pleine d'attention pour son mari , et que tous les bruits qui avaient couru sur son compte étaient de pures calomnies. C'est bien généreux de sa part que de faire l'apologie des méchantes femmes. Ses sottises ont tellement déconcerté tous ses partisans, qu'il se trouve maintenant que personne ne lui a donné sa voix.

A M. ET MADAME CLAVIER

Florence, le 13 mars 1810.

Monsieur, voici ce que ditMolini. Il va vous envoyer les fables d'Ésope , qui , par parenthèse , sont tirées du même manuscrit que mon Longus. Il vous enverra en même temps le compte de ce qu'il a vendu de votre Apollodore.

Vous êtes bien bon de vous occuper des grands hommes : j'en ai vu de près deux ou trois ; c'étaient de sots personnages.

Lisez Daphniset Chloé, madame; c'est la meilleure pastorale qu'ait jamais écrite un évêque. Messire Jacques la traduisit, ne pouvant mieux , pour les fidèles de son diocèse ; mais le bon homme eut dans ce travail d'étranges distractions, que j'attribue au sujet, et à quelques détails d'une naïveté rare. Pour moi, on m'accuse, comme vous savez , de m'occuper des mots plus que des choses ; mais je vous assure qu'en cherchant des mots pour [ ces deux petits drôles, j'ai très-souvent pensé aux choses. Passez-

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moi cette turlupina de , comme dit madame de Sévigné. et ikî doutez jamais de mon profond respect.

Il y a bien plus à vous dire. Amyot fut un des Pères du wm ne de Trente ; tout ce qu'il écrit est article de foi. Faites à présent des façons pour lire son Longus. En vérité, il n'y a point de meilleure lecture : c'est un livre à mettre entre les mains de mesdemoiselles vos filles tout de suite après le catéchisme.

[ Courier quitta Florence le 24 mars , et vint à Rome. 11 ne resta en ville que peu de jours, et alla s'établir à Tivoli avec ses livres pour travailler dans la solitude , et mettre la dernière main au texte de Longus, qu'il se proposait de publier. Au mois d'août il revint à Rome pour le faire imprimer : l'édition fut faite à ses frais , et l'ouvrage tiré à cinquante-deux exemplaires seulement, qu'il envoya à ses amis et aux hellénistes de sa connaissance , français , italiens et allemands. ]

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