‹ uvresChapitre 125 sur 137 · A MADAME DE HUMBOLDT · texte numérisé non relu

A MADAME DE HUMBOLDT

Tivoli, le 16 mai 1810.

Madame , ne sachant si j'aurai le plaisir de vous voir avant votre départ , je vous supplie de vouloir bien emporter à Vienne un petit volume qui vous sera remis avec ma lettre. C'est une vieille traduction d'un vieil auteur en vieux français , que j'ai complétée de quelques pages et réimprimée, non pour le public, mais pour mes amis amateurs de ces éruditions , et sans balancer j'en ai destiné le premier exemplaire à M. de Ilumboldt. J'ai cacheté le paquet, cet ouvrage n'étant pas de nature à être lu de tout le monde. 11 n'y a rien contre l'État , pas le moindre mot que l'Église puisse taxer d'hérésie; mais une mère pourrait n'être pas bien aise que ce livre tombât dans les mains de sa fille, quoique l'auteur grec, dans sa préface, déclare avoir eu le dessein d'instruire les jeunes demoiselles, apparemment pour épargner celte peine aux maris.

Ke remarquez- vous point, madame, comme je vous poursuis sans pouvoir vous atteindre?. le pensais vous trouver à Rome; mais , en y arrivant, j'apprends que vous êtes partie pour Naples, et quand je vais à Naples vous revenez à Rome, d'où vous repartirez sans doute la veille de mon retour.

Ce guignon-là, j'espère, \w me durera pas toujours; et si vous nie fuyez ici , je vous joindrai peut-être quelque jour à Berlin ;

ECRITES DE FK.VNCE ET D ITALIE. 53 7

car clans mes rêves de voyages je veux aller partout , mais la surtout où je puis espérer de vous voir, madame, et de voir une famille comme la vôtre.

Tivoli, h? 2 î nai <8I0

Pour vous mettre l'esprit en repos sur la grande affaire de la lâche d'encre , je ferai imprimer à Naples , où je me rends dans peu de jours, le morceau inédit , en forme de lettre à un de mes amis. Je marquerai d'un caractère particulier les mots effacés par ma faute dans le bouquin original , et j'y joindrai une note à peu près en ces termes : Les majuscules indiquent des mots qu'on ne peut plus lire aujourd'hui dans le manuscrit, parce qu'un papier qui servait de marque en cet endroit ^ s'étant trouvé barbouillé d'encre i yjit, en se collant au feuillet, une tache indélébile, etc. Cela vaudra mieux qu'une apologie dans les journaux. J'en reviens toujours à vous dire qu'il ne faut jamais se prendre de bec avec la canaille; mais si vous voulez à toute force faire à ces gredins l'honneur de leur répondre , attendez du moins ma demi-feuille de Naples , qui vous donnera beau jeu. Et sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.

A M. BOISSON ADE

Tivoli, le 25 mail 8fO.

Ne vous trompez- vous point, monsieur ? est-ce bien M. Coray qui a donné un Longus? ou plutôt ne me nommez-vous point Coray pour Visconti , qui en effet a soigné l'édition grecque de Didot? Marquez-moi , je vous prie, ce que j'en dois croire, et ce que c'est que ce Longus de Coray, s'il existe.

Je sais bien que la préface du petit stéréotype donné par Renouard est de M. Clavier; mais je ne puis croire qu'il ait eu aucune part à l'édition , qui , en vérité , ne vaut rien. Ce n'est point là le texte d'Amyot ; du moins n'est-ce pas celui que cite souvent Villoisou , qui sans doute avait sous les yeux l'édition originale.

Comment voulez-vous que je connaisse celle de M. FalcoiMiet? Hélas ! je ne songeai de ma vie à jeter un regard sur Longus , jusqu'à ce que ce manuscrit de Florence , me tombant sous la main , me donnât l'envie et le moyen de compléter la version d'Amyot. Je n'avais donc nulle provision; et, sans M. Renouard, qui me procura Schœffer et Villoison, j'aurais tout fait sur la seule édition de Dutems que je portais avec moi.

Vous avez bien raison de louer M. Schœffer; c'est un fort habile homme. Aussi l'ai-je suivi en beaucoup d'endroits où j'ai rapetassé Amyot. Au reste, vous voyez, monsieur, ce que ce pouvait être qu'un pareil travail fait absolument sans livres , et combien il doit y avoir à limer et rebattre avant de le livrer tout à fait au public. J'y songerai quelque jour, si Dieu me prête vie; et c'est alors qu'il faudra tout de bon m'aider de vos lumières.

Je crois que vous-même ne pourriez lire les endroits de Cliariton effacés dans le manuscrit. Il y a bien aussi quelques mots par-ci par-là qui ont disparu dans le supplément de Longus. Mais partout le sens s'aperçoit, et les savants n'auront nulle peine à deviner ce qui manque. Pour moi, je le donne tel qu'il est, sans le moindre changement ; car je tiens que les éditions doivent en tout représenter fidèlement les manuscrits. Cela s'imprimera à Paris, s'il plaît à Dieu et à Didot.

Cette lettre critique de M. Bast à vous est toute pleine d'excellentes choses. Je l'ai trouvée ici par hasard, et lue avec grand plaisir. Quelqu'un le pourra blâmer d'avoir écrit en franwis sur de telles matières. Moi je goilte fort cette méthode, qui me facilite la lecture ; et je voudrais qu'il continuât à vous faire ainsi part de ses observations.

Il me semble après tout que vous êtes content de tna petite drôlerie, ou au moins du supplément, car vous ne dites rien du reste.

Je ne reconnais point , ponr moi , «luand on se mojne ', et je prends au pied de la lettre tout ce que vous me dites d'obligeant ; vous êtes juge en ces matières. Je m'en tiens à votre opinion, sans vouloir examiner s'il n'y entre point un peu de

' Molicrc , École des Femmes.

ÉCBiTES DE FRANCE ET D ITALJE. 539

complaisance ou de prévention pour quelqu'un dont vous connaissez depuis longtemps Festime et l'attachement.

Sur le temps où je pourrai être de retour à Paris , je ne sais en vérité que vous dire. Ce qui me retient ici , c'est un printemps dont on n'a , où vous êtes , nulle idée ; vous croyez bonnement avoir de la verdure et quelque air de belle campagne aux environs de Paris ; vos bois de Boulogne , vos jardins , vos eaux de Saint-Cloud , me font rire quand j'y pense ; c'est ici qu'il y a des bosquets et des eaux ! Mon dessein est d'y rester,

EÎt' àv ijS^tùÇ TE '^é-fi, xal Si'iS'^zx fAaxpà teÔtÎXtj,

c'est-à-dire jusqu'aux grandes ciialeurs ; car alors tout sera sec , verdure et ruisseaux , et alors je partirai , et m'en irai droit à Paris , si je ne m'arrête en Suisse , comme je fis l'an passé , pour fuir la rage de la canicule; ainsi faites état de me voir arriver au départ des hirondelles. Je resterai le moins que je pourrai dans vos boues de Paris ; et si vous étiez raisonnable , vous me suivriez à mon retour en Italie ; nous passerions fort b^en ici le printemps prochain sans nous ennuyer, je vous en réponds. Les meilleures maisons du pays sont celles de Mécénas et d'Horace , où vous ne serez point étranger.

A M. ET MADAME CLAVIER

Tivoli, le4aviiH8J0.

Monsieur, c'est à présent que si j'avais votre histoire de la Grèce, je la lirais à mon aise et avec plaisir. Jamais je ne fus en lieu ni niieux en humeur de goûter une bonne lecture; celle-ci m'arrivera au milieu de la poussière ou des boues de quelque grande ville. Mais quoi ! rien ne vient à point dans cette misérable vie. Je songe comment vous pourrez m'envoyer cela sans me ruiner, et voici ce que j'imagine. Il y a ici , c'est-à-dire à Rome, M. de Gérando, qui me connaît un peu et vous connaît beaucoup. Il est du gouvernement provisoire de ce pays-ci, et en relation, comme tous ses collègues, avec les ministres; ils s'envoient les uns aux autres de furieux paquets ; la poste ne va que pour eux. Je ne lui ai point fait de visite, parce qu'il m'eiU

Ô40 LETTRES INEDITES,

fallu pour cela une culotte et un chapeau d'une certaine façon, mais vous, ayant quelque ami chez la gent ministérielle, vous pourriez lui faire parvenir, à lui de Gérando , sous le contreseing, votre ouvrage et celui de M. Coray, qui valent bien assurément les dépêclies de ces Excellences. C'est ainsi qu'on m'a déjà adressé quelques volumes sous le couvert du général MiolUs. Ce datif pluriel-là est aussi décemvir, et je ne le vois pas plus que le gérondif; tous ces noms de rudiment ne plaisent guère à ceux qui sont sous la férule.

Le bruit de cette tache d'encre a donc été jusqu'à Paris? Je ne reçois lettre qui n'en parle. Comment diable? des envieux, des détracteurs, des calomnies? Tout beau , mon cœur, soyons modeste; mais en vérité voilà des honneurs que personne avant moi n'avait obtenus en traduisant cinq à six pages.

Renouard a tout vu; il vous contera le fait, qui se réduit à une vingtaine de mots effacés dans autant de phrases; en sorte que, si j'eusse trouvé le manuscrit tel qu'il est, j'aurais aisément deviné ce qui ne se peut lire aujourd'hui. Un papier nh servait à marquer dans le volume l'endroit du supplément; ce papier posé quelque part s'est barbouillé d'encre au-dessous, et, remis dans le volume, vous voyez ce qui est arrivé. Eh bien! voilà toute l'affaire. Mais le bibliothécaire est un certain Furia, qui ne me peut pardonner d'avoir fait cette trouvaille dans un manuscrit que lui-même a eu longtemps entre les mains , et dont il a publié différents extraits ; t't voilà la rage. Tous les cuistres, ses camarades, comme vous pouvez croire, font chorus , et toute la canaille littéraire d'Italie, en haine du nom français. On appelle letterati, en Italie, tous ceux qui savent lire la lettre moulée y classe peu nombreuse, et fort méprisée.

Au reste, les gens de la bibliothèque , gardes, conservateurs, scribes et pharisiens , jusqu'aux balayeurs , furent présents ; trois d'entre eux, que j'ai bien payés, y compris le bibliothécaire, m'ont constamment aidé à déchiffrer, copier et revoir plusieurs fois tout le liOngus, et ils ne m'ont pas quitté. I^s sottises àv journaux italiens à ce sujet ne méritent point de réponse. A dire vrai, quelques coups de bâton seraient peut-être bieu places dans cette occasion ; mais c'est à Renouard d'y |>enser> car il est

plus piqué que moi. Pour un petit écu , ces gens-là se rosseront les uns les autres.

La calomnie , comme le mal de Naples, est infuse dans les Italiens Entre eux , elle est sans conséquence. Un homme vous accuse d'avoir tué père et mère , on sait ce que cela veut dire. C'est qu'il ne vous aime pas , et cela ne vous fait nul tort , tous vos parents d'ailleurs vivant.

Dieu seul est juge des intentions, et Dieu voit mon cœur, qui n'est pas capable de cette noirceur; car certes le trait serait Hoir, comme dit madame de Pimbêche. Jugez , monsieur, vous qui êtes juge, par la règle de Cassius, cid bono? Je ne pouvaiscraindre qu'on m'ôtât l'honneur de la découverte, puisque Renouard l'avait déjà fait aimoncer dans les journaux. Le profit? ou ne s'avise guère de spéculer sur du grec. J'imprime ici le texte, il ne s'en vendra point. Je le donnerai à tous ceux qui sont en état de le lire.

Ah ! madame , que la gloire est à charge \

Les envieux mourront, mais non jamais l'envie.

Je mérite l'envie, et plus même qu'on ne croit, non pas pour les six pages traduites, mais c'est qu'en effet je suis heureux. N'en dites rien au moins ! on crierait bien plus fort. Il est vrai que je m'en moque un .peu. Il y avait une fois un homme qu'on soupçonnait d'être content de son sort , et chacun , comme de raison, travaillait à le faire enrager; il fit crier à son de trompe par tous les carrefours : On fait à savoir à toits, etc., qu'un tel n'est pas heureux. Cette invention lui réussit. On le Laissa en repos. Moi, j'use d'une autre recette que j'ai apprise dans mes livres. Je dis , mais tout bas , à part moi : Messieurs , ne vous gênez point ; criez, aboyez tant qu'il vous plaira. Si la fièvre ne s'en mêle, vous ne m'empêcherez pas d'être heureux.

Le Longus vous plaira , je crois ; car outre le manuscrit de Florence, j'en ai un ici qui vaut de l'or. Il est cousin de celuilà ; et quand ils sont d'accord, on ne peut les récuser.

Si Stone veut absolument achever mon Xénophon, qu'il l'achève, pourvu que vous ayez la patience de suivre cela de l'œil. Il m'a paru qu'on avait changé la ponctuation, j'en suis f. I,. rour.iF.R. 40

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fâché. Il faut bien se garder d'y mettre mon nom, ni rien qui me désigne.

M. Labey me demande : Qu'est-ce que c'est donc que cette t.'iche? Il en a entendu parler; et à qui n'en parle-t-on pas? on ne tait que la trouvaille. De lui copier ce griffonnage , ce serait pour en mourir; il servira pour vous deux. Tâchez de le lui

faire tenir. Il demeure attendez c'est une me qui donne

dans celle des Cordeliers, vis-à-vis une autre rue qui mène dans la rue de la Harpe. Cela n est-il pas clair? Faites mieux , prenez l'Almanach royal. I\I. Labey est professeur de mathématiques au Panthéon.

A M. LE GÉiNÉRAL GASSENDI,

Tivoli , le 5 septembre < >lfl.

On m'assure, mon général, que vous ou le ministre deman dez de mes nouvelles, et que vous voulez savoir ce que je sui> devenu depuis que j'ai quitté le service.

Ma démission acceptée par Sa Majesté, je vins de Milan l\ Paris, où après avoir mis quelque ordre à mes affaires, me trouvant avec des officiers de mes anciens amis qui passaient de l'armée d'Espagne à celle du Danube, je me décidai bientôt à reprendre du service. J'allai à Vienne avec une lettre du ministre de la guerre, qui autorisait le général Lariboissière à m'employer provisoirement. Cette lettre fut confirmée par une autre du major général de l'armée, portant promesse d'un brevet; et on me plaça dans le quatrième corps, toujours provisoirement.

Quelque argent que j'attendais m'ayant manqué pour ni monter, j'eus recours au général Lariboissière, dont j'étais com ; depuis longtemps. Il eut la bonté de me dire que je pouvo rompter sur lui pour tout ce dont j'aurais besoin; et, compl<r. effectivement sur cette promesse, j'achetai au prix qu'on voulu l'unique clreval qui se trouvât à vendre dans toute l'armée. Mai quand pour le payer je pensais proliler des dispositions favor blés du général Lariboissière, elles étaient changées. Je gard pourtant ce cheval, et m'en servis pendant quinze jours, a tendant toujours de Paris l'argent qui me devait venir. Mai

ECIUTES DE FKA.!NCE ET D ITALIE- S4'i

enfin mon vendeur, officier bavarois, me déclara nettement qu'il voulait être payé, ou reprendre sa monture. C'était le 4 juillet, environ midi, quand tout se préparait pour l'action qui commença le soir. Personne ne voulut me prêter soixante louis, quoiqu'il y eût là des gens à qui j'avais rendu autrefois de ces services. Je me trouvai donc à pied quelques heures avant l'action, .l'étais, outre cela, fort malade. L'air marécageux de ce^ îles m'avait donné la fièvre, ainsi qu'à beaucoup d'autres; et n'ayant mangé de plusieurs jours , ma faiblesse était extrême, .le me traînai cependant aux batteries de l'île Alexandre, où je restai tant qu'elles firent feu. Les généraux me virent et me donnèrent des ordres , et l'empereur me parla. Je passai le Danube en bateau avec les premières troupes. Quelques soldats, voyant que je ne me soutenais plus , me portèrent dans une baraque, où vint se coucher près de moi le général Bertrand. Le matin, l'ennemi se retirait, et, loin de suivre à pied l'étatmajor, je n'étais pas même en étal de me tenir debout. Le froid et la pluie affreuse de cette nuit avaient achevé de m'abattre. Sur les trois heures après midi, des gens , qui me parurent être les domestiques d'un général , me portèrent au village prochain , d'où l'on me conduisit à Vienne.

Je me rétablis en peu de jours , et , faisant réflexion qu'après avoir manqué une aussi belle affaire , je ne rentrerais plus au service de la manière que je l'avais souhaité; brouillé d'ailleurs avec le chef sous lequel j'avais voulu servir , je crus que, n'ayant reçu ni solde ni brevet, je n'étais point assez engagé pour ne me pouvoir dédire, et je revins à Strasbourg un mois environ après en être parti. J'écrivis de là au général Lariboissière, pour le prier de me rayer de tous les états où l'on m'aurait pu porter ; j'écrivis dans le même sens au général Aubry , qui m'avait toujours témoigné beaucoup d'amitié; et quoi que je n'aie reçu de réponse ni de l'un ni de l'autre, je n'ai jamais douté qu'ils n'eussent arrangé les choses de manière que ma rentrée momentanée dans le corps de l'artillerie fût regardée comme non avenue.

Depuis ce temps, mon général , je parcours la Suisse et l'Italie. Maintenant je suis sur le point de passer à Corfou , pour me j(^adre de là, si rien ne s'y oppose , aux îles de l'Archipel; et,

ÔJ4 LETTRES INÉDITES,

après avoir vu l'Egypte et la Syrie, retourner à Paris par Constantinople et Vienne.

[Pendant que Courier s'occupait à Rome à faire imprimer le texte de Longus, le ministre de l'intérieur, sur le rapport <lu directeur général de la librairie, taisait saisir à Florence les vingt-sept e\emi)laires qui restaient de la traduction imj>rimée chez Piatli. Averti par ses amis de Paris qu'on se proposait de sévir contre lui-même , il sentit enfin la nécessité de se défendre, et composa pour cela, dans le courant de s<ptembre, un pamphlet en forme de lettre, adressé a M. Renouard , comme à l'occasion de la notice que celui-ci avait publiée au mois de juillet sur l'accident de la tache d'encre. 11 faut lire tous les détails de cette affaire dans l'avertissement que Paul-Louis a mis en tête de l'édition des Pastorales de Longus , qui a paru à Paris en 1821 . }

OFFICIER D'ASULLERfE.

Tivoli, le 12 septembre *«fO.

Ah! mon cher ami, mes affaires sont bien plus mauvaises encore qu'on ne vous l'a dit. J'ai deux ministres à mes trousses , dont l'un veut me faire fusiller comme déserteur; l'autre veut que je sois pendu pour avoir volé du grec. Je réponds au premier : Monseigneur , je ne suis point soldat, ni par conséquent déserteur.— Au second : Monseigneur, je me f... du grec, et je n'en voie point. Mais ils me répliquent, l'un : Vous êtes soldat, car il y a un an vous vous enivra tes dans l'île de Lobau, avec L .. et tels garnements qui vous appelaient camarade ; vous suiviez l'empereur à cheval ; ainsi vous serez fusillé.— L'autre : Vous serez pendu; car vous avez sali une page de grec, pour faire pièce à quelques pédants qui ne savent ni le grec ni aucune langue. — Là-dessus je me lamente, et je dis : Serais-je donc fusillé pour avoir bu un coup à la santé de l'empereur.^ Faudra-t-il que je sois pendu pour un pâté d'encre?

Ce qu'on vous a conté de mes querelles avec cette pédantaille n'est pas loin de la vérité. Le ministre a pris parti pour eux ; c'est, je crois, celui de l'intérieur; et, dans les bureaux de Son Excellence, on me fait mon procès sans m'eutendre : on m>xpédiera sans me dire pourquoi, et le tout ofliciellemenl. L'autre Kxcellence de la guerre , c'est-à-dire Gassendi , a écrit ici à Sor-

bier, voulant savoir, dit-il, si c'est moi qui fais ce grec dont parle la gazette ; que je suis à lui , et qu'il se propose de me faire arrêter par la gendarmerie. J'ai su cela de Vauxmoret, car je n'ai point vu Sorbier , et j'ignore ce qu'il a répondu. Au vrai, je ne m'en soucie guère ; je me crois en toute manière hors de la portée de ces messieurs , quitte de leur protection et de leur persécution.

Je ne me repens point d'avoir été à Vienne, quoique ce fût une folie ; mais cette folie m'a bien tourné. J'ai vu de près l'oripeau et les mamamouchis; cela en valait la peine, et je ne les ai vus que le temps qu'il fallait pour m'en divertir et savoir ce que c'est.

Vous avez raison de me croire heureux ; mais vous avez tort de vous croire à plaindre. Vous êtes esclave; eh ! qui ne l'est pas? Votre ami Voltaire a àït qu' heureux sont les esclaves inconnus à leur maître. Ce bonheur-là vous est hoc, et c'est là peut-être de quoi vous enragez. Allez, vous êtes fou de porter envie à qui que ce soit , à l'âge où vous êtes , fort et bien portant ; vous ne méritez pas les bontés que la nature a eues pour vous.

Adieu ; vous m'avez fait grand plaisir de m'écrire , et j'en aurai toujours beaucoup à recevoir de vos nouvelles.

A M. BOISSONADE

K PARIS

Tivoli, le 15 septembre 1816,

Il faut que vous croyiez mon affaire bien mauvaise, pour me chercher des protecteurs. Quant à moi, je ne sais ce qui en arrivera ; mais je ne ferai assurément aucune réclamation ; j'ai peur , si je redemandais mon livre saisi , qu'on ne me saisît moimême.

Pour votre ami , qui est si bon de s'intéresser à moi, je suis bien fâché de ne pouvoir vous envoyer un exemplaire. On m'en a pris vingt-sept , j'en avais distribué trente, il m'en reste donc trois ; car, comme vous savez , il n'y en avait que soixante ; et ces trois-là sont condamnés à toutes les ratures et biffures que j'y pourrai faire , si l'on réimprime quelque jour cette bagatelle corrigée. Au reste, je ne veux point en donner du tout à Son

ô 46 LETTRES INÉDITES,

Excellence, que je n'ai pas l'honneur de connaître. Remerciez, je vous prie , ce bon monsieur de sa bonne volonté ; mais qu'il se garde de me nommer, ni de dire jamais en tels lieux un mot qui ait trait à moi. Je n aime point que ces gens-là sachent que je suis au monde, parce qu'ils peuvent me faire du mal, et ne me sauraient faire du bien.

Quoi qu'il en soit , je vous admire d'avoir été songer à cela , et surtout d'avoir pu trouver quelqu'un qui voulût dire un mot en ma faveur, comme s'il n'était pas tout visible que jamais je ne serai bon à rien pour personne.

Adieu; souvenez-vous de moi , et gardez-moi toujours cette précieuse amitié.

A M. DE TOURINON,

PRÉFET A BOME.

uorae, le 18 septembre *8iO.

Monsieur , voici ma réponse aux demandes de monsieur le directeur de la librairie.

J'ai trouvé dans un manuscrit à Florence un morceau inédit de Longus, et en le copiant j'ai fait à l'original une tache d'encre qui couvre environ une vingtaine de mots. J'ai donné au public d'abord ce fragment en trois langues, ensuite tout le texte de I.ongus revu sur les manuscrits de Florence. Ou ne peut arrêter la vente de ce livre, parce qu'il ne se vend point. J'en ai fait tirer cinquante exemplaires , c'est-à-dire quatre fois plus qu'il n'y a de gens en état de le lire. Je le donne aux savants 1 et aux bibliothèques publiques. Je n'en ai point envoyé à la Laurenziana de Florence, parce que cette bibliothèque ne contient que des manuscrits.

Au reste, je ne prétends, sur ce fragment trouvé par moi, ni sur aucun livre, aucun droit de propriété; chacun peut le réimprimer. Il me reste vingt exemplaires de mon édition grecque, qu'on peut saisir comme on a fait de ma traduction à Florence; je n'y aurai nul regret, et n'eu ferai aucune réclamation.

]M. le directeur peut apprendre des libraires et des savants (le I*aris que je m'occupe de ces études uniquement pour mon

plaisir ; que je n'y attache aucune importance , et n'en tire jamais le moindre profit. Ma coutume est de donner mes griffonnages aux libraires , qui les impriment à leurs périls et fortune; et tout ce que j'exige d'eux, c'est de n'y pas mettre mon nom. Mais cette fois j'ai cru devoir faire moi-même les frais de l'impression, ayant appris que quelques gens, assez méprisables d'ailleurs, m'accusaient de spéculation dans l'affaire de la tache d'encre ; et je pensais qu'on pourrait bien se moquer de moi d'employer ainsi mon loisir et mon argent , mais non pas en faire un sujet de persécution.

A M. BOISSONADE

Rome, le 7 octobre 1810.

Monsieur, je viens de lire votre article dans le Journal de l'Empire, oii vous parlez beaucoup trop honorablement de moi et de ma trouvaille. Vous me traitez en ami, et je pense qu'ayant eu quelques nouvelles de la petite persécution qu'on m'a suscitée à cette occasion, vous avez voulu prévenir le public en ma faveur, action d'autant plus méritoire que probablement je ne seraijamais en état de vous en témoigner ma reconnaissance, si ce n'est par des paroles. J'avais souhaité, comme vous savez, qu'il ne fût point question de moi dans les journaux. Mais aujourd'hui qu'on me fait des chicanes qui, sans m'affliger beaucoup, ne laissent pas de m'importuner, je suis fort aise de me voir loué par un homme comme vous , à qui le public doit s'en rapporter sur ces sortes de choses. Cela pourra engager les satrapes de la littérature à me laisser en paix , et c'est tout ce que je désire.

A M. CLAVIER

Rome, le 13 octobre I8I0.

Monsieur, j'envoyai à Paris longtemps y a, comme dit Amyot , dix-huit exemplaires d'un beau Longus grec, dix-huit des cinquante-deux en tout que j'en ai fait tirer. C'est trop , me direzvous. Où trouver autant de gens à qui faire ce cadeau ? Vous avez

-SIS LETXnKS l.NEDIfES,

raison, mais enfin il y en a , de ces dix-huit, un pour vous , et celui-là du moins sera bien placé; un pour M. Bosquillon, un pour le docteur Coray; ceux-là encore sont en bonnes mains. Jai adressé le tout à madame Marchand , ma cousine , dont vous savez la demeure, et qui doit en être la distributrice. Voilà qui va bien jusque-là; mais ie mal est que je n'ai de nouvelles ni de ma cousine ni de Longus J'ai adressé directement à vous et à quelques personnes le morceau inédit imprimé à part. Mais je vois par votre lettre du 28 septenîbre, et par l'article de Boissonade dans le Journal de l'Empire, que rien n'est panenu à Paris, ou n'a été remis à sa destination. Il faut assurément que les Italiens zélés pour la littérature aient tout fait saisir à la poste, connne ils ont fait saisir ma pauvre traduction par un ordre d'en haut. Pareil ordre est venu ici de confisquer tout de même le grec, c'est-à-dire vingt exemplaires environ qui m'en étaient demeurés. Il y en a heureusement huit ou dix dans différentes mains, et voilà madame de Humboldt qui en emporte un en Allemagne, où il sera réimprimé. Ainsi la rage italienne , secondée de toute l'iniquité des satrapes de l'intérieur, de la police etautre engeance malfaisante, n'y saurait mordre à présent. Un de ces derniers, se disant directeur de la librairie, a écrit ici au préfet une lettre fort mystérieuse, qui ne m'a été communiquée qu'en partie. J'ai répondu succinctement à ce qu'il demande ; et pour «onclusion je le prie de se contenter de mon livre, que je lui abandonne volontiers, trop heureux si je sauve ma personne cfe ses mains rc" doutables. .le l'assure que je ne ferai jamais aucune réclamation de mes griffonnages saisis par lui , convaiucu qu'il aurait pu me saisir moi-même, et me faire pendre avec autant de justice. Je loue autant sa clémence , et suis avec grand respect >^'"i tr» •;humble serviteur.

J'attends impatiemment votre Archéologie. Cela me vieiuira fort à propos. Bonne provision pour cet hiver, que je compte passer encore ici.

Gail me paraît trop sot pour être ridicule; en le montrant au doigt vous lui ferez trop d'honneur, et à vous peu; et puis la belle matière à remuer pour vous que sou dégobillage! Fi! lilissez-le là. Jam fwtet.

Si j'avais su que quelqu'un songeât à répoudre aux Italiens sur

ECIUTES DE FKAi\CE ET D ITALIE. 549

la grande affaire delà tache d'encre, je n'aurais pas pris la peine d'écrire et d'imprimer une longue diatribe' que je vous ai envoyée , mais que probablement vous ne recevrez point , vu l'embargo mis à la poste sur tout ce qui vient de moi. Je suis tenté de croire, comme Rousseau, que tout le genre humain conspire contre moi. J'en rirais , si j'étais sûr qu'on ne touchât qu'à mon grec. Boissonade m'a trop bien traité dans son journal. Je l'avais prié de ne dire motdemoi nide mes œuvres; mais sans doute il aura voulu secourir un opprimé et me défendre un peu , voyant que je ne me défendais pas moi-même.

Je passe ici mon temps assez bien avec quelques amis et quelques livres. Je les prends comme je les trouve; car si on était diflicile, on ne lirait jamais, et on ne verrait personne. Il y a plaisir avec les livres, quand on n'en fait point, et avec des amis, tant qu'on n'a que faire d'eux. J'ai renoncé aux manuscrits : c'est une étude trop périlleuse. Ceux du Vatican s'en vont tout doucement en Allemagne et en Angleterre. Le pillage en fut commencé par le révérend père Altieri, bibliothécaire. Il les vendait cher, cent dix sous le cent, comme Sganarelleses fagots. Je crois qu'on les a maintenant à meilleur marché. Mais notez ceci, je vous en prie. Altieri vend les manuscrits dont il a la garde; il est pris sur le fait; on trouve cela fort bon; personne n'en dit mot; on lui donne un meilleur emploi. Moi je fais un pûté d'encre, tout le monde crie haro! J'ai beau dépenser mon argent, traduire, imprimer à mes frais un texte nouveau , je n'en suis pas moins pendable, et rien que la mort n'est capable, etc. Je vous embrasse. Mille respects à madame Clavier.

A M. BOISSONADE

Rome, le 22 octobre 1810.

Grand merci, monsieur, de vos bons avis. Je suis enchanté que mon petit cadeau vous agrée. Je n'ai point eu d'autre dessein que de plaire aux gens comme vous. Il est sûr que les manuscrits m'ont fourni des choses très-précieuses ; mais , à dire vrai, mon travail n'est rien. J'aurais fait quelque chose à Paris

' La Lettre à M. Kcnouard.

avec (les livres et du temps ; car il faut vous imaginer qu'on ne soupçor.ne pas en Italie qu'il ait rien paru depuis les Aides en matière de grec ou de critique. M. Furia, bibliothécaire, n'aurait jamais su sans moi qu'il y eût d'autres éditions de Longus que celle de Jungermann; c'est ce que vous pouvez voir dans la préface de son Ésope. Voilà dans quelle misère il m'a fallu travailler; logé à l'auberge , notez encore ce point, et dans les transes d'un homme qui voit les archers à ses trousses, car je savais à merveille ce qui se tramait contre moi. Pensez à tout cela , et puis querellez- moi sur les fautes d'impression, je vous répondrai icomme Brunet : Tu veux de l'orthographe avec une méchanle plume d'auberge!

Le vizir de la librairie a en effet donné un ordre de saisir tout mon grec; mais cet ordre n'a pas été exécuté. Je ne sais bonnement pourquoi. Le fait est qu'on s'est contenté de prendre quelques informations, auxquelles j'ai répondu d'assez mauvaise humeur; ma lettre a dû être envoyée à cette Kxcellence. Toutes ces chicanes m'ont déterminé à faire imprimer une complainte , diatribe ou invective , comme il vous plaira l'appeler, en forme de lettre à M. Renouard. On trouve que dans cette brochure je ne parle pas assez civilement des gens qui veulent me faire pendre. Je vous l'ai envoyée; mais il se pourrait qu'on eût arrêté le paquet à la poste.

Si vosis revoyez ce bon monsieur de la direction de la librairie, assurez-le bien, je vous prie, que je n'ai point la rage de me faire imprimer ; que le hasard ,

Et, je pense, Quelque diable ai:.>«i me poussant,

m'a fait traduire ce fragment ;

Que cent fois j'ai maudit cette innocente envie;

que je fais un vœu bien sincère et un ferme propos de ne jamais rien écrire en quelque langue que ce soit pour le public; qu'enfin lui et son directeur, si j'échappe de leurs mains redoutables , peuvent compter qu'ils n'entendront jamais parler de moi.

A ]Vr« LA PRINCESSE DE SALM-DYCK.

Tivoli, 12 juin et l^ octobre \S\0.

Madame, vous deviez partir pour vos terres dans deux mois , lorsque vous me fîtes ces lignes très-aimables. Or, votre lettre est du 6 mai; la poste sera bien paresseuse , si celle-ci ne vous trouve encore à Paris.

Il y a quelques mots dans votre lettre qui pourraient faire croire que vous ne vous êtes pas toujours bien portée depuis la dernière fois que j'eus Tlionneur de vous voir. Vous étiez alors fraîche et belle, si je m'y connais, et vous ne paraissiez pas pouvoir être jamais malade. Mais enfin, je vois bien qu'à l'heure où vous m'écriviez , votre santé était bonne ; elle le serait toujours , s'il y avait quelque justice aux arrangements de ce monde.

Assurément , j'irai vous voir dans votre château , et plus tôt que plus tard, et voici comment. D'ici à Paris, quand je m'y rendrai , je passe à Strasbourg; je trouve de là le Rhin :

Doutez-vous que le Rhin ne me porte en deux jours Aux lieux où la Roër y voit tinir son cours?

J'ai depuis longtemps, madame, votre château dans la tête, mais d'une construction toute romanesque. Il serait plaisant qu'il n'y eût à ce château ni tourelles, ni donjon, ni pont-levis, et que ce fût une maison comme aux environs de Paris. J'en serais fort déconcerté; car je veux absolument que vous soyez logée comme la princesse deClèves ou la Dame des Belles Cousines; et je tiens à cette fantaisie. Sur vos environs , je crains moins d'être démenti par le fait; je vois vos prairies, vos bois, votre Rhin, votre Roër , qui ne se fâcheront pas si je les compare au Tibre et à rAnio,à moins qu'ils ne soient fiers de couler à vos pieds; mais , en bonne foi , rien ne se peut comparer à ce pays-ci , où partout de grands souvenirs se joignent aux beautés naturelles. C'est tout enseuible ce qu'il y a de mieux dans le rêve et la réalité. Votre idée de laisser là Paris tout cet hiver, si c'était pour venir ici , aurait quelque chose de raisonnable ; mais là-bas, dans vos frimas, bon Dieu! J'ai passe un hiver sur les bords du Rhin; j'y pensai geler à vingt ans; je ne fus jamais si près d'une cristallisation complète.

Que vous manderai-je d'ici? Les rossignols ne chantent plus depuis quelques jours, dont bien me fâche. Si les nouvelles de cette espèce vous peuvent intéresser, je vous en ferai «ne gazette. Ma vie se passe à présent toute entre Rome et Tivoli ; mais j'aime mieux Tivoli. C'est un assez vilain village, à six lieues de Rome , dans la montagne. Pour la description du pays, on en a fait vingt volumes, et tout n'est pas dit. Si vous en voulez avoir une idée, il y faut venir, madame; vous ne sauriez faire, de votre vie, un plus joli pèlerinage. Tout ce que j'ai d'éloquence sera employé quelque jour à vous prêcher sur ce texte.

Vous avez l'air de parler froidement de mon Longus, comme si j'y avais fait quelque petit ravaudage; mais, madame, songez que je l'ai ressuscité. Cet auteur était en pièces depuis quinze cents ans : on n'en trouvait plus que des lambeaux. J'arrive, je ramasse tous ces pauvres membres , je les remets à leur plac» . et puis je le frotte de mon baume, et Ven\ oie jouer à la fus sette. Que vous semble de cette cure ? la Grèce me doit des autels.

Je ne sais si dans votre château vous aurez plus qu'à Paris le temps de penser à moi, et de ??i'e7i bailler par-ci par là quelque petite s ig?ufiance, comme dit le paysan de Molière. ISe se riez- vous point de ces gens qui , moins ils voient de monde , » plus ils sont occupés ? Quoi qu'il en soit , comme on se flatte et moi surtout plus que personne, je compte bien avoir de vc nouvelles à tout le moins une foin l'an.

J'ai lu avec très grand plaisir votre éloge de Laiande; cri donne envie d'être mort, quand on est de vos amis. Je ne sau rais prétendre aux honneurs de l'éloge ; mais pour mon épit.i phe je me recommande à vous • c'est une chose que vous pouvi faire sans beaucoup y rêver. Il s'agit seulement de mettre en rimes que je m'appelais Paul- Louis, de Saint-Eustache de Paris, et que je fus toute ma vie , madame, votre très-humble , etc.

P. S. Ayant trouvé dans mes papiers ce griffonnage, que j croyais parti depuis six mois , je devine enfin , madame , pour quoi vous n'y répondez pas; je vous l'envoie, tout vieux qu'il est. Mon étourderie vous fera rire, et cela vaudra mieux que tout ce que je pourrais vous mander à présent.

Je vous ai adressé dernièrement, par la poste, quelque5 exem-

ECBITES DE FRANCE ET d'ITALIE. 553

plaires d'une brochure , espèce de factum pédantesque qu'il m'a fallu faire imprimer pour répondre à d'autres sottises imprimées contre mon Longus. Tout cela est misérable, et je n'ai garde de penser que vous en puissiez lire deux lignes sans mourir ; mais quelqu'un de vos Grecs le lira, et vous dira ce que c'est. Je doute d'ailleurs. que ce paquet vous parvienne, car depuis quelque temps les ministres s'amusent à saisir tout ce que j'envoie à Paris ; c'est pour eux une pauvre prise : le grec ne se vend pas comme du sucre. Les bureaux en doivent être pleins , je veux dire de grec pris sur moi ; et les dépêches vont s'en sentir pendant plus de huit jours.

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