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PEDITION POUR LES VILLAGEOIS

sans projudiee delà messe, à des exercices qu'approuve le Dieu des armées, tels que le pasde chargeet les feux de bataillon. Ainsi pourrions-nous employer, avec très-grand proût pour l'État et pour nous , des moments perdus à la danse.

•I\os dévots toutefois l'entendent autrement. Ils voudraient que, ce jour-là, on ne fit rien du tout que prieret dire ses heures. C'est la meilleure chose et la seule nécessaire, l'affaire du salut. Mais le percepteur est là; il faut payer et travailler pour ceux qui ne travaillent point. Et combien pensez-vous qu'ils soient à notre charge ? enfants, vieillards, mendiants, moines, laquais , courtisans ; que de gens à entretenir, et magnifiquement la plupart! Puis, la splendeur du trône, et puis la Sainte-Alliance; que de coûts, quelles dépenses ! et pour y satisfaire, a-t-on trop de tout son temps ? Vous le savez d'ailleurs et le voyez, messieurs; ceux qui haïssent tant le travail du dimanche veulent des traitejnents, envoient des garnisaires, augmentent le budget. Nous devons chaque année , selon eux . payer plus et travailler moins.

Mais quoi } la lettre tue et- l'esprit vivifie. Quand l'Église a fait ce commandement de s'abstenir à certains jours de toute oeuvre servile , il y avait des serfs alors liés à la glèbe; pour eux , en leur faveur, le repos fut prescrit; alors il n'était saint que la gent corvéable ne chômât volontiers ; le maître seul y perdait, obligé de les nourrir, qui, sans cela, les eiU accablés de travail ; le précepte fut sage et la loi salutaire dans ces temps d'oppression. Mais depuis qu'il n'y a plus ni fiefs, ni haubert; qu'affranchis, peu s'en faut , de l'antique servitude , nous travaillons pour nous quand l'impôt est payé, nous ne saurions chômer qu'à nos propres dépens; nous y contraindre, c'est... c'est pis que le budget , car le budget du moins profite aux courtisans , mais notre oisiveté ne profite à personne. I^ travail qu'on nous défend , ce qu'on nous empêche de faire , le vivre et le vêtement qu'on nous ôte par là , ne produisent point de pensions, de grâces, de traitements : c'est nous nuire en pure perte.

Les Anglais, en voyant nos fêtes, montrent tous la même surprise , font tous la même réflexion ; mais , parmi eux , il y en a qu'elles étonnent davantage : ce sont les plus dgés qui , venus en France autrefois , ont quelque mémoire de ce qu'é>

QUE l'on EMPÊCHE DE DANSEB. 179

tait la vieille Touraine et le peuple des bons seigneurs. Défait, il m'en souvient : jeune alors , j'ai vu , avant cette grande époque où , soldat volontaire de la révolution , j'abandonnai des lieux si cliers à mon enfance, j'ai vu les paysans affamés, déguenillés, tendre la moin aux portes et partout sur les chemins, aux avenues des villes, des couvents, des châteaux, où leur inévitable aspect était le tourment de ceux-là même que la prospérité commune indigne, désole aujourd'hui. La mendicité renaît , je le sais , et va faire , si ce qu'on dit est vrai, de merveilleux progrès, mais n'atteindra de longtemps cede^réde misère. Les récits que j'en ferais seraient faibles pour ceux qui l'ont vue comme moi ; aux autres , sembleraient inventés à plaisir : écoutez un témoin, un homme du grand siècle, observateur exact et désintéressé; son dire ne peut être suspect, c'est la Brayère.

« On voit, dit-il , certains animaux farouches, des mâles et des n femelles , répandus dans la campagne, noirs , livides , nus, et a tout brûlés du soleil , attachés à la terre , qu'ils fouillent et re- « muent avec une opiniâtreté invincible. Us ont comme une voix a articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent « une face humaine, et en effet ils sont des hommes; ils se reti- « rent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, « d'eau et de racines. Ils épargnent aux autres hommes la peine « de semer, de labourer et de recueillir pour vivre , et méri- « tent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé. »

Voilà ses propres mots ; il parle des heureux , de ceux qui avaient du pain, du travail; et c'était le petit nombre alors.

Si la Bruyère pouvait revenir, comme on revenait autrefois, et se trouver à nos assemblées , il y verrait non-seulement desfaces humaines , mais des visages de femmes et de filles plus belles, surtout plus modestes que celles de sa cour tant vantée, mises de meilleur goût sans contredit, parées avec plus de grâce, de décence; dansant mieux, parlant la même langue (chose particulière au pays), mais d'une voix si joliment , si doucement articulée, qu'il en serait content , je crois. Il les verrait le soir se retirer, non dans des tanières, mais dans leurs maisons proprement bâties et meublées. Cherchant alors ces animaux dont il a fait la description, il ne les trouverait nulle part, et

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! sans doute bénirait la cause, quelle qu'elle soit , d'un si grand, si heureux changement.

Les fêtes d'Azai étaient célèbres entre toutes celles de nos villages, attiraient un concours de monde des champs, des communes d'alentour. En effet, depuis que les garçons, dans ce pays , font danser les lilles , c'est-à-dire , depuis le temps que nous commençâmes d'être à nous, paysans des rives du Cher, la place d'Azai fut toujours notre rendez-vous de préférence pourladanse et pour les affaires. Nousy dansions comme avaient fait nos pères et nos mères , sans que jamais aucun scandale , aucune plainte en fût avenue, de mémoire d'homme; et ne pensions guère, sages comme nous sommes, ne causant aucun trouble , devoir être troublés dans l'exercice de ce droit antique, légitime, acquis et consacré par un si long usage, fondé sur les premières lois de la raison et du bon sens; car, apparemment, c'est chez soi qu'on a droit de dan.ser : et où le public sera-t-il , sinon sur la place publique? On nous en chasse néanmoins. Un /r»m« du pnfet, qu'il appelle arrêté, naguère publié, proclamé au son du tambour, Considérant , etc., défend de danser à l'avenir, ni jouer à la boule ou aux quilles , sur ladite place , et ce, sous peine de punition. Où dansera-t-on ? nulle part ; il ne faut point danser du tout. Cela n'est pas dit clairement dans l'arrêté de M. le préfet*; mais c'est un article secret entre lui et d'autres puissances, comme il a bien paru depuis. On nou sigriifia cette défense quelques jours nv.mt notre f.'t»' . notn-.is semblée de la Saint- Jean.

Le désappointement fut grand pour imi> io jmm'.s ^cn.s , i;r.ind Vour les marchands en boutique, et autres qui avaient compté 5ur quelque débit. Qu'arriva-t-il ?la fête eut lieu, triste, inre, languissante; l'assemblée se tint, peu nombreuse, et c dispersée çà et là. iNIalgré l'arrêté, on dansa hors du village, au bord du Cher, sur le gazon, sous la coudrette; cela est bief 1 plus pastoral que les échoppes du marché , de meilleur efî» ' dans une églogue, et plus poétique en un mot. Mais chez i gens de travail , c'est de quoi on se soucie peu; nous .u mieux, après la danse, une omelette au lard, dans le cabcinl prochain , que le murmure des eaux et l'émail des prairies. Kos dimanches d'Azai , depuis lors , sont abandonnés. Peu

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