‹ uvresChapitre 33 sur 137 · QUE L*ON EMPÊCHE DE DANSER · texte numérisé non relu

QUE L*ON EMPÊCHE DE DANSER

de gens y viennent de dehors , et aucun n'y reste. On se rend à Véretz, où Taffluence est grande, parce que là nul arrêté n'a encore interdit la danse. Car le curé de Véretz est un homme sensé, instruit, octogénaire quasi , mais ami delà jeunesse, trop raisonnable pour vouloir la réformer sur le patron des âges passés , et la gouverner par des bulles de Boniface ou d'Hildebrand. C'est devant sa porte qu'on danse , et devant lui le plus souvent. Loin de blâmer ces amusements, qui n'ont rien en eux-mêmes que de fort innocent , il y assiste, et croit bien faire, y ajoutant par sa présence , et le respect que chacun lui porte , un nouveau degré de décence et d'honnêteté. Sage pasteur, vraiment pieux, le puissions-nous longtemps conserver pour le soulagement du pauvre , l'édilication du prochain et le repos de cette commune , où sa prudence maintient la paix , le calme , l'union , la concorde.

Le curé d'Azai, au contraire , est un jeune homme bouillant de zèle, à peine sorti du séminaire, conscrit de l'Église militante, impatient de se distinguer. Dès son installation , il attaqua la danse, et semble avoir promis à Dieu de l'abolir dans sa paroisse, usant pour cela de plusieurs moyens, dont le principal et le seul efficace, jusqu'à présent, est l'autorité du préfet. Par le préfet , il réussit à nous empêcher de danser, et bientôt nous fera défendre de chanter et de rire. Bientôt! que dis-je.^ il y a eu déjà de nos jeunes gens mandés, menacés, réprimandés pour des chansons , pour avoir ri. Ce n'est pas , comme on sait, d'aujourd'hui que les ministres de l'Église ont eu la pensée de s'aider du bras séculier dans la conversion des pécheurs , où les apôtres n'employaient que l'exemple et la parole , selon le précepte du maître. Car Jésus avait dit : Allez et instruisez. Mais il n'avait pas dit : Allez avec des gendarmes , instruisez de par le préfet; et depuis, l'ange de l'école, saint Thomas, déclara nettement qu'on ne doit pas contraindre à bien faire. On ne nous contraient pas, il est vrai; on nous empêche de danser. Mais c'est un acheminement; car les mêmes moyens, qui sont bons pour nous détourner du péché, peuvent servir et serviront à nous décider aux bonnes œuvres. Nous jeûnerons par ordonnance, non du médecin, mais du préfet. Et ce que je viens de vous dire n'a pas lieu chez nous sen>e-

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