‹ uvresChapitre 38 sur 137 · BÉPONSE AUX LETTRES ANONYMES · texte numérisé non relu

BÉPONSE AUX LETTRES ANONYMES

jamais ne nous leurra de la liberté de la presse ni d'aucune liberté. Un peu Turc dans sa manière , il mettait au bagne ce bon peuple, mais sans l'abuser le moins du monde; et ne nous cacha point sa royale pensée, qui fut toujours d'avoir en propre nos corps et nos biens seulement. Des âmes , il en faisait peu de cas : ce n'est que depuis lui qu'on a compté les âmes. Voulant parler tout seul , il imposa silence à nous premièrement, puis à l'Europe entière, et le- monde se tut : personne ne souffla , homme ne s'en plaignit; ayant cela de commode, qu'avec lui on savait du moins à quoi s'en tenir. J'aime cette façon , et j'ai tâté de l'outre. La Charte vint, on me dit : Parlez, vous êtes libre, écrivez, imprimez; la liberté de la presse et toutes libertés vous sont garanties. Que craignez- vous.? Si les puissants se fâchent, vous avez le jury et la publicité , le droit de pétition ; vos députés à vous , élus , nommés par vous. Ils ne souffriraient pas que l'on vous fasse tort. Parlez un peu pour voir; dites-nous quelque chose. Moi pauvre, qui ne connaissais pas le gouvernement provocateur, pensant que c'était tout de bon, j'ouvre la bouche, et dis ; Je voudrais, s'il vous plaisait, ne pas payer Chambord. Sur c« mot, on me prend , on me inet en prison. Sorti, je ne pus croire , tant j'étais de mon pays , qu'il n'y eût à cela quelque malentendu. Ils m'auront mal compris , me dispis-je, assurément. Un peu de sens commun (chose rare!) eût suffi pour me tirer d'erreur : mais, imbu de ma Charte et de mes garanties, persuadé qu'on m'écouterait sans mauvaise humeur, cette fois je hasarde une autre requête. Si c'était , dis-je , tenant mon chapeau à deux mains, si c'était votre bon plaisir de nous laisser danser devant notre logis le dimanche Gendarmes, qu'on le mène en prison; maximum de la peine, amende, etc. Du jury, point de nouvelles; droit de pétilion, chansons; mes députés, ils sont à moi connue mon préfet à peu près. La publicité des jugements; savez-vous, monsieur, ce que c'est.? Mes eni>emis pourront, s'ils le jugent à propos , imprimer ma défense dans des feuilles a eux , me faire dire cent sottises ; à eux il est permis de déduire mes raisons comme ils veulent au public; à moi, à mes amis, défendu d'en dire mot, de réfuter, de démentir en aucune façon les réponses absurdes et les impertinences qu'il leur aura plu m'attribuer. Voilà ce que je gagne à la publicité des débats ju-

diciaires. Heureux, cent fois heureux, ceux que Laubardemont faisait condamner à huis clos , par ordre de Son Éminence ! ils étaient opprimés, mais non déshonorés.

Ce langage est monarchique , de tels sentiments ne sont point du tout républicains; et si je me contente, en pareille matière, des formes usitées sous ce grand cardinal, je ne suis pas si Romain que vous l'imaginez. Sur quel fondement? je ne sais , et ne devine pas davantage ce qui vous a pu faire croire que je n'aimais ni le duc d'Orléans , ni aucun prince. Assurément rien n'est plus loin de la vérité. J'aime , au contraire , tous les princes , et tout le monde en général ; et le duc d'Orléans particulièrement ( voyez comme vous vous trompiez), parce qu'étant né prince il daigne être honnête homme. Du moins n'entends-je point dire qu'il attrape les gens. Nous n'avons, il est vrai , aucune affaire ensemble , ni pacte , ni contrat. Il ne m'a rien promis, rien juré devant Dieu ; mais , le cas avenant , je me fierais à lui , quoiqu'il m'en ait mal pris avec d'autres déjà. Si faut-il néanmoins se fier à quelqu'un. Lui et moi nous n'aurions, m'est avis, nulle peine à nous accommoder; et l'accord fait, je pense qu'il le tiendrait sans fraude , sans chicane , sans noise , sans en délibérer avec de vieux voisins , gentilshommes et autres , qui ne me veulent point de bien , ni en consulter les jésuites. Voici ce qui me donne de lui cette opinion. 11 est de notre temps , de ce siècle-ci , non de l'autre , ayant peu vu , je crois , ce qu'on nomme ancien régime. Il a fait la guerre avec nous , d'où vient, dit-on, qu'il n'a pas peur des sous-officiers : et depuis , émigré malgré lui , jamais ne la fit contre nous , sachant trop ce qu'il devait à la terre natale , et qu'on ne peut avoir raison contre son pays. Il sait cela, et d'autres choses qui ne s'apprennent guère dans le rang où il est. Son bonheur a voulu qu'il en ait pu descendre , et, jeune , vivre comme nous. De prince, il s'est fait homme. En France, il combattait nos communs ennemis ; hors de France , les sciences occupaient son loisir. De lui n'a pu se dire le mot : Rien oublié ni rien appris. Les étrangers l'ont vu s'instruire, et non mendier. Il n'a point prié Pitt ni supplié Cobourg de ravager nos champs, de brûler nos villages , pour venger les châteaux ; de retour, n'a point fondé des messes , des séminaires , ni doté des couvents à nos dépens; mais, sage dans sa vie, dans ses mœurs, donne uu

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