BÉPONSK AUX LETTRES ANONYMES
exemple qui prêche mieux que les missionnaires. Bref, c'est un homme de bien. Je voudrais , quanta moi, que tous les princes lui ressemblassent; aucun d'eux n'y perdrait, et nous y gagnerions : ou je voudrais qu'il fût maire de la commune; j'entends, s'il se pouvait ( hypothèse toute pure ) , sans déplacer personne ; je hais les destitutions. Il ajusterait bien des choses , non-seulement par cette sagesse que Dieu a mise en lui, mais par une vertu non moins considérable et trop peu célébrée : c'est son économie, qualité si l'on veut bourgeoise, que la cour abhorre dans un prince , et qui n'est pas matière d'éloge académique, ni d'oraison funèbre; mais pour nous si précieuse, pour nous administrés, si belle dans un maire, si... comment dirai-je ? divine qu'avec celle-là je le tiendrais quitte quasi de toutes les autres. Lorsque j'en parle ainsi , ce n'est pas que je le connaisse plus que vous, ni peut-être autant, ne l'ayant même jamais vu. Je ne sais que ce qui se dit; mais le public n'est point sot, et peut juger les princes , car ils vivent en public. Ce n'est pas non plus que je veuille être son garde-champêtre, au cas qu'il devienne maire. Je ne vaux rien pour cet emploi, ni pour quelque autre que ce soit : capable tout au plus de cultiver ma vigne , quand je ne suis pas en prison. .T'y serais, je crois, moins souvent ; mais cela même n'étant pas sûr, je puis dire que tout changement dans la mairie et les adjoints, pour mon compte, m'est indifférent. Au reste, ce qu'on pense de lui généralement , vous l'avez pu voir ou savoir ces jours-ci , lorsqu'il parut au thé.'\tre avec sa famille. On ne l'attendait pas; l'assemblée n'était point composée , préparée connne il se pratique pour les grands. C'était bien là le public, et il n'y avait rien que Ton pût soupçonner d'être arrangé d'avance. I-^ police n'eut point de part aux marques d'affection qui lui furent données en cette occasion ; ou si de fait elle était là, comme on le peut croire aisément, partout invisible et présente ^ ce n'était pas pour accueillir le duc d'Orléans. Il entra, on le vit; et les mains et les voix applaudirent de toutes parts. On n'a point mis , que je sache, le parterre en jugement, ni traduit l'assemblée à la salle Saint-Martin. Aussi ne crois-je pas, moi qui l'ai loué moins haut de ce qu'il a fait de louable, que ce soit pour cela qu'on n)e réemprisonne. Mais TOUS pouvez être là-dessus beaucoup mieux instruit.
ADBESSÉES A PAUL-LOUIS COUEIEB. 195
Ainsi, contre votre opinion, monsieur, j'aime le duc d'Orléans ; mais son ami , je le ne suis pas , comme ces gens le croient , dites-vous. A moi tant d'honneur n'appartient; et, sans vouloir examiner (ce dont on a douté quelquefois) si les princes ont des amis, ou si lui , moins prince qu'un autre , ne pourrait pas faire exception, je vous dirai que j'ai toujours ri de Jean-Jacques Rousseau , philosoplie , qui ne put souffrir ses égaux , ni s'en faire supporter, et en toute sa vie crut n'avoir eu d'ami que le prince de Conti.
Bien moins suis-je son partisan ; car il n'a point de parti , premièrement. Le temps n'est plus où chaque prince avait le sien et jamais je ne serai du parti de personne. Je ne suivrai pas un homme, ne cherchant pas fortune dans les révolutions, contrerévolutions , qui se font au profit de quelques-uns. Né d'ahord dans le peuple, j'y suis resté par choix. Il n'a tenu qu'à moi d'en sortir comme tant d'autres qui, pensant s'ennoblir, de fait ont dérogé. Quand il faudra opter suivant la loi de Solon , je serai du parti du peuple , des paysans comme moi.
Accusez réception, s'il vous plaît, de la présente.
Véretz, le 6 février 1823.
Vous êtes deux qui m'engagez à faire encore des pétitions. A votre aise vous en parlez , et vous n'irez pas en prison pour les avoir lues. Mais moi , voyez ce qu'a pensé me coûter la dernière. Quinze mois de cachot etjnille écus d'amende, sont-ce des bagatelles? De combien s'en est-il fallu que je ne fusse condanmé? Les juges ont trouvé mon fait répréhensible , et plus répréhensible encore mon intention. La police, dans sa plainte, me dénonce comme un homme profondément pervers : messieurs de la police m'ont déclaré pervers, et ont signé Delavau, Vidocq , etc. Je prenais patience. Mais ce procureur du roi , m'accuser de cynisme! Sait-il bien ce que c'est , et entend-il le ^rec? Cynos signifie chien; cynisme, acte de chien. M'insulter en grec, moi helléniste juré! j'en veux avoir raison. Lui rendant grec pour grec, si je l'accusais (ïânismej que répondrait-il ? mot. Il serait étonné. Quand il me donne du chien , si je lui donne de l'âne .