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ESSAI SUR LA VU- ET LES ECRITS

nient , dix ans avant que personne y pensât, la plaie de notre révolution, l'esprit d'cnvahissenient et de destruction, plus nobiementappclé resi)rit militaire. Et cependant celui qui, dans sa droiture naturelle, jugeait si bien d'illustres pillages , sur lesquels la France n'a ouvert les yeux que lorsque, vaincue, on la paya de représailles, l'homme qui , seul peut-être dans nos armées , écrivait et pensait ainsi , était exposé chaque jour de sa vie h périr obscurément sous le poignard italien , victime privée de la haine qu'inspiraient les Français. Il y songeait à peine, disant gaiement que, pour voir l'Italie, il fallait bien se faire conquérant; qu'on n'y pouvait avancer un pas sans une armée; et que, puisqu'à la faveur de son harnais, il avait à souhait un pays admirable , l'antique , la nature , les ruines de Rome , les tombeaux de la grande Grèce , c'était le moins qu'il ne sût pas toujours où Userait ni s'il serait le lendemain. On ne saurait conter après lui les périlleuses rencontres auxquelles ses excursions d'antiquaire , bien plus que son service d'officier d'artillerie, l'exposèrent tant de fois parmi les montagnards du midi de l'Italie. Portant un sabre et des pistolets comme on porte un chapeau et une chemise, il était toujours à la découverte en curieux, point en héros. Facile à prendre et à désarmer, il se tirait d'affaire par sa présence d'esprit, son grand usage delà langue italienne , ou par le sacrifice d'une partie de son bagage; et le lendemain il allait affronter les brigands ^cins plus de précaution, sans plus de crainte, surtout sans désirs de vengeance. Ces malheureux Calabrais lui paraissaient tout à fait dans leur droit quand ils nous assassinaient en embuscade, et il ne pouvait sans horreur les voir massacrer au nom du droit des gens par nos professeurs de lactique.

Ce débonnaire et nonchalant mépris du danger était chose plus rare aux armées que la bouillante valeur qui emportait des redoutes. C'était une bravoure à part. Courier la portait dans l'esprit, non dans le sang ; el comme elle n'allait point sans quelque mélange d'insubordination , elle ne devait guère plus sûrement le mener au bâton de maréchal que le Pamphlet des pamphlets à l'Académie. Aussi n'avançaitil qu'en science , et n'était-il récompensé que pr la science des dangers qu'il était venu chercher. Il aimait à raconter qu'un jour les douze ou quinze volumes qu'il portait toujours avec lui, ayant été enlevés par les hussards de Wurraser, l'officier commandant le détachement les lui avait renvoyés avec une lettre fort aimable. Cette politesse , extrêmement remarquable de la part d'un ennemi dans une guerre qui se faisait sans courtoisie, souvent mémo sans huma-

nilé, lui paraissait une exception trcs-flattciise , et faite uniquement pour lui ; car nul autre n'eût été capable de la mériter par la perte d'un tel bagage. Moins heureux dans sa prédilection de savant pour le séjour de Rome, Courier faillit y cire mis en pièces, lorsque les Français furent obligés de l'abandonner. Il faisait partie de la division que Macdonald , en marchant vers U Trébia, avait laissée dans Rome. Cette division capitula, et dut être embarquée et transportée en France. Courier voulut dire un dernier adieu à la bibliothèque du Vatican ; il oublia l'heure marquée pour le départ de la division , et lorsqu'il en sortit, il n'y avait déjà plus un seul Français dans Rome. C'était le soir ; on le reconnut à la clarté d'une lampe allumée devant une madone. On cria sur lui au giaccobino: un coup de fusil tiré sur lui tua une femme , et, à la faveur du tumulte que cela causa , il parvint à gagner le palais d'un noble Romain qui l'aimait et qui l'aida à fuir. Voilà comme il quitta Rome et l'Italie pour la première fois.

A celte époque , certains déparlements de la France ne valaient guère mieux que l'Italie pour les militaires républicains. Courier, débarqué à Marseille , et se rendant à Paris , fut encore traité comme giaccobino par les honnêtes gens qui pillaient les voitures publiques sur les grandes routes , au nom de la religion et de la légitimité. li perdit argent, papiers, effets, et arriva à Paris ainsi dépouillé cl de plus atteint d'un crachement de sang qui l'a loumenlé toute sa.vic. Bientôt éclata la révolution qui mit aux mains de Bonaparte la dictature militaire. Courier ne s'était point mêlé justjue-là de politique d'une manière active. Il ne s'était point déclaré avec les militaires contre les avocats, ni avec ceux-ci contre les Iraincurs de sabres. Il resta donc sous le consulat ce qu'il avait été sous le Directoire , bornant son ambition à rechercher la société du petit nombre de savants que la révolution avait laissés s'occupant obscurément d'antiquités el de philologie. Riche d'observations , le goût formé , apprécié déjà des érudits qu'ils avait rencontrés en Italie, il fut accueilli, encouragé. 11 eut pour amis Akerbald, Millin , Clavier, Siiinte-Croix , Boissonnade, qui certes ne devinèrent point son avenir, mais qui donnèrent à ses Essais l'attention qu'ils méritaient. Ce ne fut guère que pour obtenir les suffrages d'un petit cercle d'amis et de connaisseurs qu'il composa, de 1800 à 1802, divers Opuscules, longtemps ignorés d'ailleurs : VÉloye (V Hélène , ouvrage nouveau , comme il le dit quelque part, donné sous un titre ancien et comme une simple traduction d'Isocrate : le Voyage de Ménélas à Troie pour redemander Hélène , composition d'un autre genre , dws laquelle il semblait s'clre

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