‹ uvresChapitre 5 sur 137 · ESSAI SOR LA VIE ET LES ECRITS · texte numérisé non relu

ESSAI SOR LA VIE ET LES ECRITS

proposé d'effacer l'auteur de Télémaque, comme imitateur de In narration antique; enfin un article sur l'édition de l'Athénée do Schweighaeuser, le morceau de critique le plus habilement et le plus élégamraentécritquiait paru dans le Magasin encyclopédique de Millin. Sans les Pamphlets , qui ont fait la célébrité de Courier, on saurait à peine aujourd'hui l'existence de ces opuscules. On est étonné de ne les trouver guère inférieurs aux publications qui ont suivi. C'est que le grand style qu'on ne se lasse point d'admirer dans Courier, n'a pas été moins en lui un don naturel que le produit des études d toute sa vie.

Le consulat approchait de sa (In , et avec lui la paix conquise sur les cliamps de bataille do Marengo et de Hohcnlinden. Courier fut d» signe pour aller commander comme chef d'escadron l'artillerie d'ir. des corps qui occupaient L'Italie, redevenue française. Les Iravau qu'il avait entrepris, les relations qu'il s'était faites pendant trois années de non-activité, ne furent rien auprès du bonheur de revoir un pays , des mers, un ciel qu'il aimait avec passion , et dont il ne parlait jamais sans ravissement. Il était à peine en Italie , que l'ordre y vint de prendre l'opinion des différents corps sur un nouveau changement dans le gouvernement do la France. La république n'était déjà plus qu'un mot, et Bonaparte voulait au pouvoir, qu'il exerçait seul * ' prosquesans contrôle, un titre plus décidé. L'empire était créé, mm^ ii fallait le légitimer par une apparence de délibération nationale. Nonn'avons point encore de mémoires qui nous apprennent comment fii: accueillie par l'armée cette consultation extraordinaire, qui par ellemême était déjà la destruction de la répu!)li(pie. Les militaires qui servaient à cette époque , et qui depuis , rentrés dans la vie civile . ont mieux connu le prix de la liberté, assurent généralement qu'il» virent avec indignation le pouvoir d'un seul succéder à la volonté d. tous. Mais aucun fait éclatant n'a prouvé cette disposition des an de la république. N'esl-il pas bien plus probable que les chosr- passèrent partout comme on le voit dans ce comique récit de Courier, où tout un corps d'ofliciers , assis en rond autour du général d'.Vnthouard, reste rauet à la question : « Voulez-vous encore la répiibli- «< que, ou bien aimez-vous mieux un empereur? » En effet , pour des militaires, dire non , c'était tirer l'épée , ou prolester inutilement. 0»r, où était l'autorité qui présiderait au tiépouillement de ce vaste scrutin •* Oui com|)torait les voix , et répondrait du res|>ecl de Bonaparte pour les répugnances de la majorité? Courier - n il^ dire non; il avait son opinion, cependant. '• In ho» ■ ho

DE PAUL-LOUiS COURIER. 13

« naparte, disait-il énergiquement , soldat , chef d'armée, le premier « capitaine du monde, vouloir qu'on l'appelle Majesté!... Être Bo- « naparte et se faire Sire !... Il aspire à descendre... »

Si le caractère indépendant , mais peu vigoureux , de Courier , si son esprit frondeur plutôt qu'arrêté en certains principes, sont assez compris par ce qui précède , on ne s'étonnera point qu'il continuât à servir malgré son peu de goût pour la nouvelle forme de gouvernement établie en France. Courier n'avait jamais aimé la république. La Convention, il l'avait répoussée comme violente et impitoyable. Il avait méprisé le Directoire comme incapable et vénal. 11 n'avait guère éprouvé le bienfait du consulat que par le loisir dont trois années de paix l'avaient laissé jouir. Peu porté d'ailleurs à accorder aux actions humaines des intentions bien profondes , il vit moins dans l'élévation de Bonaparte à l'empire un attentat d'embition qu'un égarement de vanité digne de compassion. Le mot d'usurpation ne lui vint même pas pour caractériser l'entreprise du nouveau César , et il ne s'enveloppa point contre lui dans la sombre haine d'un Brutus. L'empire avec ses cordons , ses titres , ses hautes dignités , ses princes , ses ducs , ses barons , estropiant la langue et l'étiquette , sa grotesque fusion de la noblesse des deux régimes , ses conquêtes féodales et ses distributions de royaumes , lui parut d'un bout à l'autre une farce parfois odieuse , presque toujours bouffonne à l'excès. Dans ses lettres écrites d'Italie de 1803 et 1809 , il épuise les traits de la plus amère satire contre ces généraux devenus des Majestés à l'image de l'empereur , contre ces états-majors transformés en petites cours, et livrés à la brigue dos parentés, à l'adoration des noms anciens et des illustrations nouvelles.

Assurément, c'est bien là l'époque prise par son côté ridicule; côté de vérité , oui , mais qui n'est point toute la vérité. L'histoire y saura montrer autre chose. Si l'on ne s'attache ici qu'au moindre aspect , celui des travers individuels , des vanités , du sot orgueil de tant d'hommes qui , enchaînés à une pensée supérieure, firent , réunis , de si grandes choses , c'est que cet aspect frappa surtout Courier. Il faut voir un instant les choses comme il les vit , pour concevoir, en ce qu'elles ont eu de fort excusable , des préventions qu'on lui a trop reprochées. L'empire avec ses foudroyantes campagnes de trois jours , ses armées transportées par enchantement d'un bout de l'Europe à l'autre, ses trônes élevés et renversés en un trait de plume, son prodigieux agrandissement, sa calamiteuse et retentissante chute, sera de loin un grand spectacle; mais, de près, un

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