‹ uvresChapitre 46 sur 137 · A TOURS · texte numérisé non relu

A TOURS

Taction civile, non que j'en eusse une idée plus claire; mais on m'avait persuadé que par là je pourrais me ménager des voies à un accommodement dont je me flattais toujours. Je m'imaginais que plus sou tort était évident, et plus il me serait facile , en relâchant de mon droit , et lui laissant bonne part de ce qu'il m'avait pris , d'entrer en quelque espèce d'arrangement avec lui. Mais je ne le connaissais pas, ou plutôt il me connaissait. Car il est bonde vous dire, messieurs, qu'ayant conçu le projet, chimérique peut-être , d'avoir terre sans procès , je suivais pour cela un plan qui me paraissait infaillible. C'était, quand je me voyais volé (comme à un chacun il arrive d'avoir affaire à des fripons) , prendre patience et ne dire mot. Cela m'a réussi longtemps, et maintes gens au pays en sauraient hien que dire. IMais un homme s'est rencontré qui, après m'avoir pris mon bien, m'a demandé encore des dédommagements. Le fait n'est pas croyable ; il est vrai néanmoins. Tout le monde sait, chez nous, à Véretz , à Larçai , que quand je proposai à Bourgeau , devant témoins, de lui laisser ce qu'il m'avait pris et de finir toute contestation, ilbalança d'abord, puis il me déclara qu'il voulait de moi douze cents francs de dounnages et intérêts, comme n'ayant pas coupé assez de bois pour sa vente. Que voulait-il dire ? Je ne sais. Je pense, messieurs, qu'il a regret de m'en avoir laissé. Il ne me croyait pas, sans doute, si accommodant. Toutefois, c'est ainsi qu'il a trouvé le secret de me faire plaider, et renoncer à mon système de paix perpétuelle.

Je lui vends , aux termes de l'acte , la neuvième et la dixième coupe, sans autre désignation; et de fait, il n'en fallait point d'autre, chaque coupe de ma forêt étant par son seul numéro suffisamment indiquée. De ces deux coupes , mises d'abord aux enchères séparément, l'une, c'est la neuvième, supposée de neuf hectares, ne fut portée qu'à 3,000 francs, ce qui fait un peu moins de 300 francs l'hectare ; l'autre, de dix hectares, monta jusqu'à 9,300 francs. C'est 900 francs l'hectare et plus. De la coupe suivante, la onzième, on m'offrait 1100 francs l'hectare. Remarquez, messieurs, cette progression et la valeur croissante du bois depuis 300 francs jusqu'à 1 100. Ceci vous explique le motif qui a déterminé Bourgeau à ne se pas contenter des deux coupes à lui vendues, motif ordinaire en tel cas, et prévu par les ordonnances.

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