‹ uvresChapitre 66 sur 137 · CLIO · texte numérisé non relu

CLIO

C'est ici l'édilion des recherches d'Hérodote d'Haï icar nasse , de peur que les actes des hommes ne soient effacés par le temps , et que tant de hauts faits et gestes merveilleux des Grecs et des barbares ne demeurent sans gloire ; comme aussi la raison pourquoi ils se tirent la guerre entre eux.

I. Or, les doctes d'entre les Perses disent que la querelle commença par les Phéniciens, qui des bords de la mer qu'on appelle Erythrée , venus habiter en ce lieu où ils habitent maintenant, entreprirent bientôt de longues navigations, portant des marchandises d'Égyple et d'Assyrie , allèrent en divers pays et finalement à Argos. Argos alors dominait sur tout le pays qui se nomme Grèce aujourd'hui. Arrivés en ce pays d'Argus, les Phéniciens vendaient leurs marchandises aux habitants du lieu , et le cinquième ou sixième jour de leur arrivée , ayant quasi tout débité , nombre de femmes vinrent sur la plage, et parmi elles une fil'e du roi , laquelle avait nom , selon eux , en ce d'accord avec les Grecs, lo, fille d'Inachus; qu'elles à la poupe du navire achetaient de ces marchandises ce qui plus leur venait à gré , lorsqu'à un signal convenu, les Phéniciens tout à coup se jetant sur elles les saisirent. Que la plupart toutefois échappèrent, mais lo fut prise avec d'autres , laquelle embarquée , aussitôt ils firent voile pour l'Egypte.

H. Ainsi content les Perses , non point comme les Grecs, la venue d'Io en Egypte, et que ce fut là le premier tort. Puis, ajoutent-ils, certains Grecs dont ils ne sauraient dire le nom (c'était possible des Cretois) , abordèrent à Tyr de Phcnicie , enlevèrent Europe , fille du roi. De la sorte les choses entre eux étaient égales. Mais que le second tort fut des Grecs , lesquels abordés en Colchide et lEa sur le fieuve du Phase , finies les affaires pour lesquelles ils étaient venus , emmenèrent Médée , fille du roi. Le Colchidien là-dessus envoya en Grèce un héraut demander réparation de ce rapt et redemander aussi sa fille : à quoi il lui fut répondu qu'eux les premiers n'avaient donné nulle réparation de l'enlèvement de l'Argienne, et part">' "' «^ »" m» droit d'en exiger aucutie.

m. Et si racontent que deux générations après , Alexandre , fils de : Priam, sachant comme s'étaient passées toutes ces choses, voulut avoir une femme grecque , pensant que s'il la pouvait ravir, il n'en serait non plus recherché que ne l'avaient été les autrcs avant lui. y Ainsi enleva Hélène , sm- quoi d'abord les Grecs firent par une am- ; bassade redemander Hélène et réparation de l'injure. Mais eux leur ) alléguèrent l'exemple de Médée, comme n'ayant donné nulle satis- '. faction ni rendu la femme , ils voulaient ravoir femme et réparation.

IV. Jusque-là donc il n'y avait eu que des enlèvements de part et d'autre; mais que les Grecs depuis furent cause de ce qui advint dans la suite, ayant fait la guerre en Asie avant qu'eux-mêmes en Europe ; c'est ce que soutiennent les Perses, disant que pour eux ils pensent que enlever des femmes est l'œuvre d'hommes injustes ; mais que les fols seuls s'occupent de venger ces enlèvements, les sages ne prenant aucun souci de poursuivre les femmes enlevées , étant manifeste en I effet que , si elles ne l'eussent voulu, il ne serait jamais arrivé «ju'on / les enlevât. Ils nient d'avoir eu en aucun temps des démêlés pour des ' femmes enlevées de l'Asie : tandis que les Grecs , pour une femme de Lacédémone , assemblèrent une grande flotte , et passant bientôt en Asie, renversèrent la puissance de Priam. C'est de[)uis lors qu'ils ont toujours regardé les Grecs comme étant leurs ennemis; car l'Asie et les nations barbares qui l'habitent sont tenues par les Perses pour unies avec eux, tandis qu'ils considèrent l'Europe et les Grecs comme sépares.

V. De celte façon racontent les Perses que les choses ont eu lieu , et trouvent dans la destruction de Troie l'origine de leur inimitié contre les Grecs; avec eux les Phéniciens ne conviennent pas sur le fait d'Io , disant qu'ils n'ont point usé de violence pour la conduire en Egypte , mais qu'elle avait couché à Argos avec la pilote du vais- \ seau , et que se trouvant grosse , craignant ses parents , elle avait de ! son propre mouvement navigué avec les Phéniciens , de peur d'élro découverte Voilà ce qu'ils racontent , tant les Perses que les Phéniciens. Quant et moi , je n'ai pas à dire si les choses ont eu lieu d'une façon ou de l'autre. Mais , après que j'aurai indiqué celui que je connais pour avoir le premier commencé à faire injure aux Grecs , je mènerai plus loin mon discours , parlant des petites villes aussi bien que des grandes et populeuses ; car, de celles qui étaient grandes au- \ (rofois , beaucoup ont été réduites à petites, et d'autres au contraire, 1 (jiio je me rappelle avoir vu grandes, étaient petites auparavant. Sa- ^

^>4J FRAGMENTS DUNE TRADl CTION D HERODOTH.

chant donc que la prospérité humaine n'est pas stable , je ferai mention des unes et des autres é<2;alement.

VI. Crésus fut Lydien d'origine, (ils d'Alyattes et tyran des nations en deçà du fleuve llalys qui , coulant du midi entre les Syriens et les Paphlagoniens, se jette vers le nord dans le Pont qu'on appelle Enxin. Ce Crésus, le premier des barbares que nous sachions , soumit quelques-uns des Grecs à lui payer tribut , et fit amitié avec d'autrès. 11 soumit les Ioniens et les Éoliens , et les Doriens de l'Asie , Ht amitié avec les Lacédémoniens. Avant le règne de Crésus, tous les Grecs étaient libres , car l'invasion des Cimmériens en lonie , bien . plus ancienne que Crésus , ne fut point conquête de villes , mais une \ course de rapine.

Vil. Or la domination , étant auparavant des Héraclides , vint à la race de Crésus, autrement dite desMermnades, en cette façon : Candaule , celui-là que les Grecs nomment Myrsile , était tyran de Sardes, descendant d'Alcée, fils d'Hercule. Car Agron, fils de Ninus fils de Bélus fils d'Alcée, fut le premier des Héraclides, roi de Sardes; Candaule, filsdeMyrsus, le dernier. Ceujx. qui avant Agron régnèrent en ce pays , descendaient de Lydus , fils d'Atys , duquel tout le peuple depuis fut appelé Lydien , ayant eu nom Méomen plus anciennement. Eux , en exécution d'un oracle , cédèrent l'empire aux Héraclides issus d'Hercule et d'une esclave de Jardamos , ayant régné de père en fils sur vingt-deux générations d'hommes lespaccde cinq cent cinq ans, jusqu'à Candaule , fils de Myrsus. r VIII. Or ce Candaule aimait sa femme, et commeamant, la croyait être la plus belle des femmes; si bien que dans cette créance, connue il y avait un de ses gardes, Gygès , fils de Dascyle , auquel il portail affection, à ce Gygès il faisait part de ses plus iuq)orlantes affaires sur toutes choses , lui louant la beauté de sa femme : et un jour (car si fallait-il que mal arrivât à Candaule) , il parla à Gygès en ces termes : Gygès , car il m'est avis que tu ne crois pas ce que je le dis de I la beauté de ma femme, d'autant que les oreilles aux hommes sont moins croyables que les yeux , fais tant (jue tu la voies nue. Lui sur cela s'écrie : Mailre, que me dis-tu, et (pielle parole peu sage vienstu de proférer, me conviant à voir toute nue madame et niailressc.^ Femme dépouille avec la chemise la pudeur aussi. Des longtemps les honnnes ont trouvé le beau et 1 honnête, dont il faut apprendre ceci ; entre autres bons enseignements, que chacun regarde sans plus ce

\ (|uiest à lui. Pour moi , je la crois belle entre toutes , c ' • -•

me |H>iiit sollicitera mal.

IX. Ainsi lui se défendait , appréhendant de cela quelque mésavcMiture; mais l'aulie repartit : Assure-toi, Gygès, et ne crains pas que moi je te veuille éprouver, ni que de ma femme te puisse avenir raéchef. Car d'abord je ferai en sorte qu'elle ne le sache point, car je te placerai derrière la porte ouverte de la chambre où nous couchons : peu après que je serai entré viendra ma femme se mettre au lit. Un siège est tout contre l'entrée , sur lequel elle posera , se dépouillant , ses vêtements l'un après l'autre , et ainsi te donnera loisir de la contempler; puis lorsque, allant du siège au lit, elle te tournera le dos, c'est à toi de prendre ton temps pour sortir sans qu'elle te voie.

X. Lui , ne pouvant refuser, consentit , et Gandaule , quand il fut heure de dormir, conduisit Gygès dans la chambre , et tantôt vint après la femme, laquelle près de l'huis quittant ses vêtements, Gygès la vit , et , comme elle lui tournait le dos pour aller au lit , s'échappa ; mais elle l'aperçoit sortir, et, encore qu'elle connût bien que le fait était de son mari , toutefois sans faire semblant de se douter de rien , garda sa honte, et ne dit mot , ayant en l'esprit de se venger; car, chez les Lydiens et quasi chez tous les barbares, c'est grand'honte , même à un homme , de se laisser voir nu.

XI. Alors donc elle se tut, sans rien faire paraître; mais, dès le jour venu ayant donné ses ordres à tout ce qu'elle avait de serviteurs plus fidèles , elle manda Gygès , qui , ne pensant pas qu'elle eût connaissance du fait, vint à son commandement, comme était sa coutume de venir quand la reine le faisait appeler. Gygès donc étant arrivé , elle lui dit : De deux partis choisis , Gygès , celui qui te semble à préférer, ou tuer Candaule et avoir moi avec le royaume de Lydie , ou bien toi mourir tout à l'heure, a(in qu'il ne t'avienne plus, en obéissant à Gandaule, de voir ce que tu ne dois pas. Mais l'un de vous doit mourir, ou lui qui t'a conseillé cela, ou loi qui m'as vue nue et as fait chose non permise. A ce propos Gygès fut un moment surpris, puis se mil à la supj)lier de ne le point contraindre d'opter; mais, voyant qu'il ne gagnait rien, et vraiment ne pouvant éviter de tuer son maître ou lui-même périr, il aima mieux rester en vie; et il l'interrogeait disant : Puisqu'ainsi est que tu m'obliges de tuer mon maître malgré moi, voyons donc de quelle manière le pourrons-nous ^llaquer? Et elle, répondant lui dit : Du même endroit tu l'assailleras d'où lui m'a montrée à toi nue, et tu allendras qu'il s'endorme.

XH. L'embûche ainsi dressée, dès que la nuit fut venue (car Gygès ne put s'échapper ni se dispenser d'obéir, mais de force lui fallait tuer Gandaule ou mourir) , il suivit cette femme dans la chambre où,

544 F1\AGME^TS 1) l NL JKADUCTION D'HEliulK i i .

elle, fui donnant un poignard, le cache derrière la mémeporle. P-us hienlôt après, comme il vil Candaule endormi, approchant sans bruit , il le tue , et ainsi eut Gygès et la femme et l'empire. C'est lui dont a parlé Archiloque de Paros dans un ïambe trimètre , ayant vécu de son temps.

XIII. Il eut la royauté, qui lui fut confirmée par l'oracle de Delphes. Car comme les Lydiens , courroucés du meurtre de Candaule , prenaient les armes , fut convenu , entre ceux qui tenaient le parti de Cygès et les autres Lydiens, que si l'oracle le déclarait roi des Lydiens, il régnerait, sinon l'empire retournerait aux Héraclides. L'oracle se déclara pour lui, il régna : seulement prédit la pythie que les Héraclides seraient vengés sur le cinquième descendant de Gygès , de laquelle prédiction ne tinrent compte ni les Lydiens , ni leurs rois, jusqu'à ce qu'elle fût accomplie.

XIV. Ainsi la tyrannie échut aux Mermnadcs , qui chassèrent les Héraclides. Étant tyran , Gygès envoya des offrandes à Delphes , non pas peu, mais tout ce qui se voit d'offrandes de lui en argent au temple de Delphes , et outre l'argent il offrit de l'or en quantité , dont surtout sont à remarquer six cratères d'or consacres par lui ; ceuxlà, placés dans le trésor des Corinthiens, sont du poids de trente talents. S'il en faut dire la vérité, ce trésor n'est pas de la commune des Corinthiens , mais de Cypsélus , fils d'Ection. Ce Gygès , le premier des barbares que nous sachions , offrit des offrandes à Delphes après Mydas, fils de Gordias , roi de Phrygie. Car Mydas offrit le siège royal , sur lequel auparavant il rendait la justice. Ce siège curieux à voir est au même lieu que les cratères de Gygès. Tout cet or et argent, offrande de Gygès, sont appelés par les Delphiens Gygéades, du nom de qui les a offerts.

Celui-là aussi fit , étant devenu roi , une expédition contre Milel de Smyrne , prit la cité de Colophon; mais, comme ce fut là sa seule entreprise considérable , durant trente-huit ans qu'il régna , nous n'en dirons rien davantage.

XV. Je parlerai d'Ardys qui , étant fils de Gygès , après Gygès régna. Celui-là prit en guerre les Prienniens et attaqua Milet. Lui étant tyran de Sardes , les Cimmériens , chassés de leurs demeures par les Scylhes nomades , vinrent en Asie , et prirent Sardes , hormis la citadelle.

XVI. Ardys ayant régné quarante-neuf ans, son sucx^esscur fut Sadyatles, fils d'Ardys, lequel régna douze ans. Après Sadyaltcs , Alyattes. Celui-ci fil la guerre à Cyaxarc, descendant de Dejocès,

et aux Mèdes. Il chassa les Cimmériens de l'Asie , prit Smyrne, colonie des Colophoniens, et marcha contre Clazoraène, d'où il revint , non pas comme il aurait voulu , mais y reçut un grand échec. D'autres œuvres dignes de mémoire furent par lui exécutées pendant son règne.

XVII. Il fit la guerre aux Milésiens, guerre commencée par son père , etc.

ou

DAPHNIS ET CHLOE

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