‹ uvresChapitre 65 sur 137 · PRÉFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DU TRADUCTEUR

qu'ayant réfléchi là-dessus, aidé de quelque expérience, j'ai trouvé cela vrai jusqu'à un certain point. On ne fera sans doute jamais une traduction tellement exacte et fidèle , qu'elle puisse en tout tenir lieu de l'original , et qu'il devienne indifférent de lire le texte ou la version. Dans un pareil travail , ce serait la perfection, qui ne se peut non plus atteindre en cela qu'en toute autre chose ; mais on en approche beaucoup , surtout lorsque l'auteur a , comme celui-ci , un caractère à lui , quoique véritablement si naïf et si simple , qu'en ce sens il est moins imitable qu'un autre. Par malheur, il n'a eu longtemps pour interprètes que des gens tout à fait de la bonne compagnie, des académiciens, gens pensant noblement et s'exprimant de même, qui, avec leurs idées de beau monde et de savoir-vivre, ne pouvaient goûter ni sentir, encore moins représenter le style d'Hérodote. Aussi n'y ont-ils pas songé. Un hounne séparé des hautes classes , un homme du peuple , un paysan sachant le grec et le français , y pourra réussir si la chose est faisable ; c'est ce qui m'a décidé à entreprendre ceci ' , où j'emploie , comme on va voir, non la langue courtisanesque , pour user de ce mot italien , mais , celle des gens avec qui je travaille à mes champs, laquelle se ^ trouve quasi toute dans la Fontaine ; langue plus savante que celle de l'Académie , et, comme j'ai dit , beaucoup plus grecque : on s'en convaincra en voyant, si on prend la peine de comparer ma version au texte, combien j'ai traduit de passages littéralement, mot à mot, qui ne se peuvent rendre que par des circonlocutions sans lin dans le dialecte académique. Je garantis cette traduction plus courte d'un quart que toutes celles qui l'ont précédée; si avec cela elle se lit , je n'aurai pas perdu mon temps : encore est-elle plus longue que le texte ; mais d'autres , j'espère , feront mieux et la pourront réduire à sa juste mesure, non pas j toutefois en suivant des principes différents des miens.

' Ce morceau servait de préface au premier fragment de la traduction dHérodote, publié en 1823, et donné comme Prospectus delà traduction complète que Courier annonçait.

3 10 F!^AGME?ÎTS d'uNE TRADUCTION DHÉRODOTÊ.

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