TROISIÈME PARTIE
et indignes du secours des dieux , s'ils étaient venus en Italie contre leur gré :
Donc, etc.
Ou bien il faut dire, ce qui est la même chose, que l'affirmative, si sine pace tuâ, etc., enferme dans le sens cette négative :
Si les Troyens ne sont venus dans Vltalie que par l'ordre des dieuXy il n'est pas juste que les dieux les abandonnent : Or, ils n^y sont venus que par V ordre des dieux : Donc, etc.
Des syllogismes disjonctifs.
On appelle syllogismes disjonctifs ceux dont la première proposition est disjonctive, c'est-à-dire dont les parties sont jointes par vel, ou, comme celui-ci de Cicéron,
Ceu>x qui ont tué César sont parricides ou défenseurs de la liberté :
Or, Us ne sont point parricides :
Donc ils sont défenseurs de la liberté.
Il y en a de deux sortes ; la première, quand on ôte une partie pour garder l'autre ; comme dans celui que nous venons de proposer, ou dans celui-ci :
Tous les méchants doivent être punis en ce monde ou en Vautre : Or, il y a des méchants qui ne sont point punis en ce monde: Donc ils le seront en Vautre.
Il y a quelquefois trois membres dans cette sorte de syllogismes, et alors on en ôte deux pour en garder un, comme dans cet argument de saint Augustin, dans son livre du Mensonge, chap. viii.
Aut non est^ credendum bonis, aut credendum est eis quos credimus debere aliquando mentiri, aut non est credendum bonos cUiquando mentiri. Horum primum perniciosum est; secundum stiàtum : restât ergo ut nunquam mentiantur boni.
La seconde sorte, mais moins naturelle, est quand on prend une des parties pour ôter l'autre, comme si l'on disait :
Saint Bernard , témoignant que Dieu avait confirmé, par des miracles, sa prédication de la Croisade, était un saint ou un imposteur :
Or, c'était un saint :
Donc ce n'était pas un imposteur n
Ces syllogismes disjonctifs ne sont guère facrt <]ue par )a fsasseté de la majeure , dans laquelle la division n'est pas exacte , se trouvant un milieu entre les membres opposés, comme «i je disais:
n faut obéir aux princes m ce quHls c&ffvrKandéiM contré la loi de Dieu, ou se révolter contre eux :
Or, il ne faut pas leur obéir en ce qui est contre la loi de Dieu : Donc il faut se révolter contre eux :
Ou, or, il ne faut pas se révolter contre eux :
Donc il faut leur obéir en ce qui est contre la loi de Dieu.
L'un et l'autre raisonnement est faux, parce qu'il y a un milieu dans cette disjonction qui a été observé par les premiers chrétiens, qui est de souffrir patiemment toutes choses , plutôt que de rien faire contre la loi de Dieu , sans néanmoins se révolter contre les princes.
Ces fausses disjonctions sont une des sources les plus communes des faux raisonnements des hommes.
Des syllogismes copulatifs.
Ces syllogismes ne sont que d'une sorte, qui est quand on prend une proposition copulative niante, dont ensuite on établit une partie pour ôter l'autre.
Un homme n^ est pas tout ensemble serviteur de Dieu, et idolâtre de son argent :
Or, V avare est idolâtre de son argent : Donc il n'eM pas serviteur de Dieu,
Car c^tte sorte de syllogisme ne conclut point nécessairement, quand on ôte une partie pour mettre l'autre, comme on peut voir par ce raisonnement tiré de la même proposition :
Un homme n^estpas tout ensem^hle serviteur de Dieu , et idolâtre de V argent:
Or les prodigues ne sont point idolâtres de V argent : Donc ils sont serviteurs de Dieu.