‹ Œuvres philosophiques d' Arnauld, comprenant les Objections contre les Méditations de Descartes, La logique de Port-Royal, le traité Des vraies et des fausses idées et des notes et une introductionChapitre 136 sur 257 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

l'antécédent, selon cette règle : étant te conséquent , on ôte Vaniécédent.

Si quelqu^un des élus périt, Dieu se trompe : Mais Dieu ne se trompe point :

Donc aucun des élus ne périt.

C'est le raisonnement de saint Augustin : Horum si quisquam périt, fallitur Deus : sed nemo eorum petit, quia non fallitur Deus.

Les arguments conditionnels sont vicieux en deux manières : l'une est, quand la majeure est une conditionnelle déraisonnable; et dont la conséquence est contre les règles, comme si je concluais le général du particulier , en disant : Si nous nous trompons en quelque chose, nous nous trompons en tout.

Mais cette fausseté dans la majeure de ces syllogismes en regarde plutôt la matière que la forme; ainsi, on ne les considère comme vicieux selon la forme, que quand on tire une mauvaise conclusion de la majeure , vraie ou fausse , raisonnable ou déraisonnable : ce qui se fait de deux sortes.

La première, lorsqu'on infèrel'antécédent du conséquent, comme si on disait :

Si les Chinois sont mahométans, ils sont infidèles : Or, ils sont infidèles :

Donc ils sont mahométans.

La deuxième sorte d'arguments conditionnels qui sont faux, est quand de la négation de l'antécédent on infère la négation du conséq lent, comme dans le même exemple :

Si les Chinois sont muhométans, Us sont infidèles : Or, Us ne sont pas mahométans :

Donc ils ne sont pas infidèles.

Il y a néanmoins de ces arguments conditionnels qui semblent avoir ce second défaut, qui ne laissent pas d'être fort bons , parce qu'il y a une exclusion sous-entendue dans la majeure, quoique non exprimée, Exemple : Cicéron ayant publié une loi contre ceux qui achèteraient les suffrages, et Muréna étant accusé de les avoir achetés, Cicéron, qui plaidait pour lui, se justifie par cet argument, du reproche que lui faisait Caton, d'agir, dans cette défense, contre sa loi : Etenim si Uzrgitionem factam esse confiterer, idque rectè factum esse defenderem, facerem ^mprobè, etiamsi alius legem tulisset ; cùm vero tiihil commissum contra legem esse defendam, quid

est qubd meam defensionem latio legis impediat? Il semble que cet argument soit semblable à celui d'un blasphémateur, qui dirait pour s'excuser : Si je niais quHl y eût unDieu, je serais unméchant ; mais quoique je blasphème, je ne nie pas quHl y eut un Dieu : donc je ne suis pas un méchant. Cet argument ne vaudrait rien, parce qu'il y a d'autres crimes que l'athéisme qui rendent un homme méchant ; mais ce qui fait que celui de Cicéron est bon, quoique Ramus l'ait proposé pour exemple d'un mauvais raisonnement, c'est qu'il enferme dans le sens une particule exclusive , et qu'il faut le réduire à ces termes :

Ce serait alors seulement qu'ion pourrait me reprocher avec raison d^agir contre ma loi, si j^avouais que Murcna eût acheté les suffrages, et que je ne laissasse pas de justifier son action :

Mais je prétends quHl n^a point acheté les suffrages :

Et par conséquent je ne fais rien contre ma loi.

II faut dire la même chose de ce raisonnement de Vénus dans Virgile, en parlant à Jupiter :

Si sine pace (uâ aique invito numine Troes Italiam peiiêrCt luant peccaia, neque illos Juveris auxilio : sin tôt responsa secuti, Quœ superi manesque dabant, cur nunc tua quisquam Flectere jussa poiest, aut cur nova condere fata^?

car ce raisonnement se réduit à ces termes :

Si les Troyens étaient venus en Italie contre le gré des dieux, il$ seraient punissables :

Mais ils n'y sont pas venus contre le gré des dieux : Donc ils ne sont pas punissables.

Il faut donc y suppléer quelque chose ; autrement il serait semblable à celui-ci, qui certainement ne conclut pas :

Si Judas était entré dans V apostolat sans vocation , il aurait dû être rejeté de Dieu :

Mais il n'y est pas entré sans vocation : Donc il n'a pas dû être rejeté de Dieu,

Mais ce qui fait que celui de Vénus, dans Virgile , n'est pas vicieux, c'est qu'il faut considérer la majeure comme étant exclusive dans le sens, de même que s'il y avait ;

Ce serait alors seulement que les Tro^jens seraient punissables»

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