CHAPITRE VIII
Des iennes compleifes et de leur universalité ou particularité.
On joint quelquefois à un terme divers autres termes qui composent dans notre esprit une idée totale, de laquelle il arrive souvent qu'on peut affirmer ou nier ce qu'on ne pourrait pas affirmer ou nier de chacun de ces termes étant séparés; par exemple, ce sont des termes complexes, un homme prudent, un corps transparent; Alexandre, fils de Philippe.
Cette addition se fait quelquefois par le pronom relatif, comme si je dis: Un corps qui est transparent; Alexandre, qui est fils de Philippe; le pape, qui est vicaire de Jésus-Christ,
Et on peut dire même que si ce relatif n'est pas toujours exprimé, il est toujours en quelque sorte sous- entendu, parce qu'il peut s'exprimer, si l'on veut, sans changer la proposition.
Car c'est la môme chose de dire, un corps transparent, ou un corps qui est transparent .
* Ce qu'il y a de plus remarquable dans ces termes complexes, est que l'addition que l'on fait à un terme est de deux sortes : l'une qu'on peut appeler explication, et l'autre détermination.
Cette addition peut s'appeler seulement explication quand elle ne fait que développer, ou ce qui était enfermé dans la compréhension de l'idée du premier terme, ou du moins ce qui lui convient comme un de ses accidents, pourvu qu'il lui convienne généralement et dans toute son étendue ; comme si je dis : V homme, qui est un animal doué de raison, ou Vhomme qui désire naturellement d*être heureux, ou Vhomme, qui est mortel. Ces additions ne sont que des explications, parce qu'elles ne changent point du tout l'idée du mot d'homme, et ne la restreignent point à ne signifier qu'une partie des hommes, mais marquent seulement ce qui convient à tous les hommes.
Toutes les additions qu'on ajoute aux noms qui marquent distinctement un individu, sont de cette sorte ; comme quand on dit : Paris, qui est la plus grande vUle de V Europe ; Jules César, qui a été le plus grand capitaine du monde; Aristote, le prince des philosophes; Louis XIV, roi de France, Car les termes individuels, distinctement exprimés, se prennent toujours dans toute leur étendue, étant déterminés tout ce qu'ils peuvent l'être.
L'autre sorte d'addition, qu'on peut appeler détermination, est quand ce qu'on ajoute à un mot général en restreint la signification, et fait qu'il ne se prend plus pour ce mot général dans toute son étendue, mais seulement pour une partie de cette étendue ; comme si je dis : Les corps transparents, les hommes savants, un animal raisonnable. Ces additions ne sont point de simples explications, mais des déterminations, parce qu'elles restreignent l'étendue du premier terme, en faisant que le mot de corps ne signifie plus qu'une partie des corps, le mot d'homme, qu'une partie des hommes, le mot d'animal, qu'une partie des animaux.
Et ces additions sont quelquefois telles, qu'elles rendent individuel un mot général, quand ony ajoute des conditions individuelles, eomme quand je dis : Le pape qui est aujourd'hui, cela détermine le mot général de pape à la personne unique et singulière d'Alexandre VIL
On peut de plus distinguer deux sortes de termes complexes, les uns dans l'expression, et les autres dans le sens seulement.
Les premiers sont ceux dont l'addition est exprimée, tels que sont tous les exemples qu'on a rapportés jusqu'ici.
Les derniers sont ceux dont l'un des termes n'est point exprimé, mais seulement sous-entendu, comme quand nous disons en France le roi, c'est un terme complexe dans le sens, parce que nous n'avons pas dans l'esprit, en prononçant ce mot de roi, la seule idée générale qui répond à ce mot; mais nous y joignons mentalement l'idée de Louis XIV, qui est maintenant roi de France. Il y a une infinité de termes dans les discours ordinaires des hommes qui sont complexes en cette manière , comme le nom de monsieur dans chaque famille.
Il y a même des mots qui sont complexes dans l'expression pour quelque chose, et qui le sont encore dans le sens pour d'autres ; comme quand on dit : Le prince des philosophes , c'est un terme complexe dans l'expression, puisque le mot de prince est déterminé par celui de philosophe ; mais au regard d'Âristote, que l'on marque dans les écoles par ce mot, il n'est complexe que dans le sens, puisque l'idée d'Aristote n'est que dans l'esprit , sans être exprimée par aucun son qui le distingue en particulier.
Tous les termos connotatifs ou adjectifs, ou sont parties d'un terme complexe quand leur substantif est exprimé, ou sont complexes dans le sens quand il est sous-entendu; car, comme il a été dit dans le chapitre ii, ces termes connotatifs marquent directement un sujet, quoique plus confusément, et indirectement une