PREMIÈRE PARTIE
Du propre.
Quand nous avons trouvé la différence qui constitue une espèce, c'est-à-dire son principal attribut essentiel qui la distingue de toutes les autres espèces, si, considérant plus particulièrement sa nature, nous y trouvons encore quelque attribut qui soit nécessairement lié avec ce premier attribut , et qui par conséquent convienne à toute cette espèce et à cette seule espèce, omni et soli, nous l'appelons propriété ; et étant signifié par un terme connotatif, nous l'attribuons à l'espèce comme son propre ; et parce qu'il convient aussi à tous les inférieurs de l'espèce, et que la seule idée que nous en avons une fois formée peut représenter cette propriété partout où elle se trouve, on en a fait le quatrième des termes communs et universaux.
Exemple. Avoir un angle droit est la différence essentielle du triangle rectangle ; et parce que c'est une dépendance nécessaire de Tangle droit que le carré du côté qui le soutient soit égal aux carrés des deux côtés qui le comprennent, l'égalité de ces carrés est considérée comme la propriété du triangle rectangle, qui convient à tous les triangles rectangles, et qui ne convient qu'à eux seuls.
Néanmoins on a quelquefois étendu plus loin ce nom de propre , et on en a fait quatre espèces.
La !'• est celle que nous venons d'expliquer, quod convenU omni, et soli, et semper, comme c'est le propre de tout cercle , du seul cercle, et toujours que les lignes tirées du centre à la circonférence soient égales.
La 2*, qtwd convertit omni, sed non soli, comme on dit qu'il est propre à l'étendue d'être divisible, parce que toute étendue peut être divisée, quoique la durée, le nombre et la force le puissent être aussi.
La 3* est quod convenit soli, sed non omni, comme il ne convient qu'à l'homme d'être médecin ou philosophe, quoique tous les hommes ne le soient pas.
La 4*, quod convenit omni et soli, sed non semper, dont on rapporte pour exemple le changement de la couleur du poil en blanc, canescere; ce qui convient à tous les hommes et aux seuls hommes , mais seulement dans la vieillesse.
De l'accident.
Nous avons déjà dit dans le chapitre second qu^on appelait mode ce qui ne pouvait exister naturellement que par la substance, et ce qui n'était point nécessairement lié avec l'idée d'une chose, en sorte qu'on peut bien concevoir la chose sans concevoir le mode, comme on peut bien concevoir un homme sans le concevoir prudent ; mais on ne peut concevoir la prudence sans concevoir, ou un homme , ou une autre nature intelligente qui soit prudente.
Or, quand on joint une idée confuse et indéterminée de substance avec une idée distincte de quelque mode , cette idée est capable de représenter toutes les choses où sera ce mode, comme l'idée de prudent, tous les hommes prudents; l'idée de rond, tous les corps ronds ; et alors cette idée, exprimée par un terme connotàtif prudent, rond, est ce qui fait le cinquième universel qu'on appelle accident , parce qu'il n'est pas essentiel à la chose à qui on l'attribue ; car s'il l'était, il serait différence ou propre.
Mais il faut remarquer ici , comme on l'a déjà dit , que , quand on considère deux substances ensemble, on peut en considérer une comme mode de l'autre. Ainsi un homme habillé peut être considéré comme un tout composé de cet homme et de ses habits ; mais être habillé au regard de cet homme, est seulement un mode ou une façon d'être sous laquelle on le considère, (Quoique ses habits soient des substances. C'est pourquoi être habillé n'est qu'un cinquième universel.
En voilà plus qu'il n'en faut touchant les cinq universaux qu'on traite dans l'école avec tant d'étendue ; car il sert de très peu de savoir qu'il y a des genres, des espèces, des différences, des propres et des accidents ; mais l'importance est de reconnaître les vrais genres des choses, les vraies espèces de chaque genre, leurs vraies différences , leurs vraies propriétés , et les accidents qui leur conviennent ; et c'est à quoi nous pourrons donner quelque lumière dans les chapitres suivants, après avoir dit auparavant quelque chose des termes complexes^.