DEUXIÈME PARTIE
L^aotre usage , qui est de tenir la place du nom et de s'y rapporter, y paraît à la vérité beaucoup moins : ce qui a fait dire à quelques personnes habiles que ce que en était entièrement privé dans cette occasion. On pourrait dire néanmoins qu'il le retient aussi; car, en disant que Jean répondit, on entend quHl fit une réponse; et c'est à cette idée confuse de réponse que se rapporte ce que. De même , quand Cicéron dit : Non tibi objicio quod hominem spoliâsHy le quod se rapporte à l'idée confuse de chose objectée, formé par le mot à^ objicio; et cette chose objectée, conçue d'abord confusément, est ensuite particularisée par la proposition incidente , liée par le quod , quod hominem spoliâsti.
On peut remarquer la même chose dans ces questions : Je suppose que vous serez sage ; je vous dis que vous aïoez tort : ce terme, je dis, fait concevoir d'abord confusément une chose dite; et c'est à cette chose dite que se rapporté le que. Je dis que, c'est-à-dire je dis une chose qui est. Et qui dit de même, je suppose, donne l'idée confuse d'une. c/io5e supposée; car je suppose veut dire;e fais une supposition; et c'est à cette idée de chose supposée que se rapporte le que. Je suppose que, c'est-à-dire , ja fais une supposition qui est.
On peut mettre au rang des pronoms l'article grec o, i, t6, lorsqu'au lieu d'être devant le nom r on le met après : tout^ ion to aûpkâ {Aou TO Oirèp OfMÂv ^i^opLtvcv, dit saint Luc^, car ce tô, le, représente à l'esprit le corps oûjas d'une manière confuse ; ainsi il a la fonction de pronom.
Et la seule différence qu'il y a entre l'article employé à cet usage et le pronom relatif, est que , quoique l'article tienne la place du nom , il joint pourtant l'attribut qui le suit au nom qui précède dans une même proposition; mais le relatif fait, avec l'attribut suivant, une proposition à part, quoique jointe à la première, 6 ^i^oTAt , quod datur, c'est-à-dire , quod est datum.
On peut juger par cet usage de l'article, qu'il y a peu de solidité dans la remarque qui a été faite depuis peu par un ministre^ sur la manière dont on doit traduire ces paroles de l'Évangile de saint Luc, que nous venons de rapporter, parce que, dans le texte grec , il y a non un pronom relatif, mais un article : C^est mon corps donné pour vous, et non qui est donné pour vous, t(5 Oirip (»p.5)v ^t<Jop.evcv, et non Ô Oiràp opwdv ^i^cxai ; il prétend que c'est une nécessité absolue, pour exprimer la force de cet article, de traduire ainsi ce texte ; Ceci est mon corps; mon corps donné pour vous t ou k corps donné pour vous; et que ce n'est pas bien tra-^
duire que d'exprimer ce passage en ces termes, ceH e3t mon cotps
qui est donné pour vous.
Mais cette prétention n'est fondée que sur ce que cet auteur n'a pénétré qu'imparfaitement la vraie nature du pronom relatif et de l'article; car il est certain que, comme le pronom relatif, qui, quœ, quod, en tenant la place du nom, ne le représente que d'une manière confuse, de même l'article o, t^, to ne représente que confusément le nom auquel il se rapporte, de sorte que cette représentation confuse étant proprement destinée à éviter la répétition distincte du même mot qui est choquante , c'est en quelque sorte détruire la fin de l'article que de le traduire par une répétition expresse d'un même mot, ceci est mon corps y mon corps donné pour vous , l'article n'étant mis que pour éviter cette répétition ; au lieu qu'en traduisant par le pronom relatif, ceci est m>on corps , qui est donné pour vous , on garde cette condition essentielle de l'article, qui est de ne représenter le nom que d'une manière confuse , et de ne pas frapper l'esprit deux fois par la même image , et l'on manque seulement à en observer une autre , qui pourrait paraître moins essentielle , qui est que l'article tient de telle sorte la place du nom, que l'adjectif que l'on y joint ne fait point une nouvelle proposition , tô uwip uaôv ^iJ'ojxfvov ; au lieu que le relatif qui, quœ, quod sépare un peu davantage, et devient sujet d'une nouvelle proposition, S ûirèp uu.ôv ^t^orai. Ainsi il est vrai que ni l'une ni l'autre de ces deux traductions : Ced est mon corps qui est donné pour vous; Ced est mon corps, mon corps donné pour vous, n'est entièrement parfaite ; l'une changeant la signification confuse de l'article en une signification distincte, contre la nature de l'article, et l'autre, qui conserve cette signification confuse, séparant en deux propositions , par le pronom relatif, ce qui n'en fait qu'une par le moyen de l'article. Mais si l'on est obligé par nécessité à se servir de l'une ou de l'autre , on n'a pas droit de choisir la première en condamnant l'autre , comme cet auteur a prétendu faire par sa remarque.