‹ Œuvres philosophiques d' Arnauld, comprenant les Objections contre les Méditations de Descartes, La logique de Port-Royal, le traité Des vraies et des fausses idées et des notes et une introductionChapitre 64 sur 257 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

que nous avons expliqués d'une autre manière ; mais en ce qui re* garde le verbe, dont il traite dans le chap. xui , je ne ferai que transcrire ce que cet auteur en dit, parce qu'il m'a semblé que l'on n'y pouvait rien ajouter.

Les hommes , dit-il , n'ont pas eu moins besoin d'inventer des mots qui marquassent l'affirmation, qui est la principale manière de notre pensée , que d'en inventer qui marquassent les objets de nos pensées.

Et c'est proprement en quoi consiste ce que l'on appelle verbe, qui n'est rien autre qu'un mot dont le principal usage est de signifier ^affirmation , c'est-à-dire de marquer que le discours ou ce mot est employé est le discours d'un homme qui ne conçoit pas seulement les choses , mais qui en juge et qui les affirme ; en quoi le verbe est distingué de quelques noms , qui signifient aussi l'affirmation, comme affirmons, affirmatio, parce qu'ils ne la signifient qu'en tant que, par une réflexion d'esprit, elle est devenue l'objet de notre pensée ; et ainsi ils ne marquent pas. que celui qui se sert de ces mots affirme, mais seulement qu'il conçoit une affirmation.

J'ai dit que le principal usage du verbe était de signifier l'affirmation , parce que nous ferons voir plus bas que l'on s'en sert encore pour signifier d'autres mouvements de notre âme , comme ceux de désirer, de prier, de commander, etc. Mais ce n'est qu'en changeant d'inflexion et de mode, et ainsi nous ne considérons le verbe, dans tout ce chapitre, que selon sa principale signification , qui est celle qu'il a à l'indicatif. Selon cette idée , l'on peut dire que le verbe de lui-même ne devrait point avoir d'autre usage que de marquer la liaison que nous faisons dans notre esprit des deux termes d'une proposition ; mais il n'y a que le verbe être, qu'on appelle substantif, qui soit demeuré dans cette simplicité, et encore n'y est-il proprement demeuré que dans la troisième personne du présent est, et en de certaines rencontres : car, comme les hommes se portent naturellement à abréger leurs expressions, ils ont joint presque toujours à l'affirmation d'autres significations dans un même mot.

I. Ils y ont joint celle de quelque attribut, de sorte qu'alors deux mots font une proposition, comme quand je dis: Petrus vivit, Pierre vit, parce que le mot de vivit enferme seul l'affirmation, et de plus l'attribut d^étre vivant; et ainsi c'est la même chose de dire Pierre vit , que de dire Pierre est vivant. De là est venue la grande diversité de verbes dans chaque langue; au lieu que si

l'on s'était contenté de donner au vwbe la signification généri^ de l'affirmation, sans y joindre aucun attribut partioulier, on n'aurait eu besoin dans chaque langue que d'un se»! verbe» qui est celui que Ton appelle substantif.

II. Ils ont encore joint en de certaines rencontres le sujet de la proposition ; de sorte qu'alors deux mots peuvent encore, et même un seul mot, faire une proposition entière : deux mots, comme quand je dis sum homo, parce que sum ne signifie pas seulement l'affirmation, mais enferme la signification du pronom ego qui est le sujet de cette proposition, et que l'on exprime toujours en fran> çais je suis homme: un seul mot, comme quand je dis vivo, sedeo; car ces verbes enferment dans eux-mêmes l'affirmation et l'attribut, comme nous avons déjà dit; et, étant à la première personne, ils enferment encore le sujet je suis vivant, je suis assis. De là est venue la dififérence des personnes qui est ordinairement dans tous les verbes.

III. Ils ont encore joint un rapport au tenîps au regard duquel on affirme ; de sorte qu'un seul mot, comme cœnàsti, signifie que j'affirme de celui à qui je parle l'action de souper, non pour le temps présent, mais pour le passé, et de là est venue la diversité des temps qui est encore pour l'ordinaire commune à tous les verbes.

La diversité de ces significations, jointe à un même mot, est ce qui a empêché beaucoup de personnes, d'ailleurs fort habiles, de bien connaître la nature du verbe, parce qu'ils ne l'ont pas considéré selon ce qui lui est essentiel, qui est Vaffirmation^ mais selon ces autres rapports qui lui sont accidentels en tant que verbe.

Ainsi Âristote s'étant arrêté à la troisième des .significations ajoutées à celle qui est essentielle au verbe, l'a défini, vox êignificans cum temporel, un mot qui signifie avec temps.

D'autres, comme Buxtorf*, y ayant ajouté» la seconde, l'ont défini, vox flexilis cum tempore et personâ, un mot qui a diverses inflexions avec temps et personnes.

D'autres s'étant arrêtés à la première de ces significations ajoutées, qui est celle de l'attribut, et ayant considéré que les attributs que les hommes ont joints à l'affirmation dans un même mot sont d'ordinaire des actions et des passions, ont cru que l'essence du verbe consistait à signifier des actions ou des passions.

Et enfin, Jules-César Scaliger a cru trouver un mystère dans son livre des Principes de la langue latine, en disant que la distinction de choses in permanentes et (luentes, en ce qui demeure

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