DEUXIÈME PARTIE. ii
pris dans toute son étendue, la proposition s'appelle universelle, soit qu'elle soit aflBimative, comme tout impie est fou; ou négative, oomme nul vicieux n'est heureux.
Et, lorsque le terme œmmun n'est pris que selon une partie indéterminée de son élenduO) à cause qu'il est resserré par le mot indéterminé quelqiie, la proposition s'appelle particulière, soit qu'elle affirme, comme quelque cruel est lâche; soit qu'elle nie, comme quelque pauvre n*estpas malheureu^x.
Que si le sujet d'une proposition est singulier, comme quand je dis, Louis XIII a pris La Rochelle, on l'appelle singulière.
Mais, quoique cette proposition singulière soit différente de l'universelle , en ce que son sujet n'est pas commun , elle doit néanmoins plutôt s'y rapporter qu'à la particulière ; parce que son sujet, par cela même qu'il est singulier, est nécessairement pris dans toute son étendue; ce qui fait l'essence d'une proposition universelle , et qui la distingue de la particulière ; car il importe peu pour l'universalité d'une proposition, que l'étendue de son sujet soit grande ou petite, pourvu que, telle qu'elle soit, on la prenne tout entière ; et c'est pourquoi les propositions singulières tiennent lieu d'universelles dans l'argumentation. Ainsi l'on peut réduire toutes les propositions à quatre sortes, que l'on a marquées par ces quatre voyelles. A, Ë, I, 0, pour soulager la mémoire.
A. L'universelle affirmative, comme, tout videu^x est esclave.
E. L'universelle négative, comme, nul vicie^Ax n^est heureux.
I. La particulière affirmative, comme , quelque vicieux est riche.
0. La particulière négative, comme, quelque vicieux n^est pas riche.
Et pour les faire mieux retenir, on a fait ces deux vers :
Mserit A, negat E, verùm generaliter ambo; Atserit i) negat 0, sed particulariter ambo.
On a aussi accoutumé d'appeler quantité, l'universalité ou la particularité des propositions.
Et on appelle qualité, l'affirmation ou la négation qui dépendent du verbe, qui est regardé comme la forme de la proposition. • Et ainsi, A et E.conviennent selon la quantité, et diffèrent selon Ja qualité, et do môme I et 0,
Mais A et I conviennent selon la qualité, et diffèrent selon la quantité, et de même E et 0 ^.
Les propositions se divisent encore, selon la matière, en vraies et en fausses; et il est clair qu'il n'y en peut point avoir qui. ne soient ni vraies ni fausses, puisque toute proposition marquant le jugement que nous faisons des choses, elle est vraie quand ce jugement est conforme à la vérité, et fausse lorsqu'il n'y est pas conforme.
Mais, parce que nous manquons souvent de lumière pour reconnaître le vrai et le faux, outre les propositions qui nous paraissent certainement vraies, et celles qui nous paraissent certainement fausses, il y en a qui nous semblent vraies, mais dont la vérité ne nous est pas si évidente que nous n'ayons quelque appréhension qu'elles ne soient fausses, ou bien qui nous semblent fausses, mais de la fausseté desquelles nous ne nous tenons pas assurés. Ce sont les propositions qu'on appelle probables, dont les premières sont plus probables , et les dernières moins probables. Nous dirons quelque chose dans la quatrième partie, de ce qui nous fait juger avec certitude qu'une proposition est vraie.