‹ Œuvres philosophiques d' Arnauld, comprenant les Objections contre les Méditations de Descartes, La logique de Port-Royal, le traité Des vraies et des fausses idées et des notes et une introductionChapitre 66 sur 257 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Ce que c'est qu'une proposition, et des quatre sortes de propositions.

Après avoir conçu les choses par nos idées, nous comparons ces idées ensemble ; et, trouvant que les unes conviennent entre elles et que les autres ne conviennent pas, nous les lions ou délions, ce qui s'appelle affirmer ou nier, et généralement juger.

Ce jugement s'appelle aussi proposition, et il est aisé de voir qu'elle doit avoir doux termes : l'un de qui l'on affirme ou de qui l'on nie, lequel on appelle sujet ; et l'autre que l'on affirme ou que l'on nie, lequel s'appelle attribut ou prœdicatum.

Et il ne suffit pas de concevoir ces deux termes ; mais il faut que l'esprit les lie ou les sépare : et cette action de notre esprit est marquée dans le discours par le verbe est, ou seul quand nous affirmons, ou avec une particule négative quand nous nions. Ainsi quand je dis Dieu est juste. Dieu est le sujet de cette proposition, et juste en est l'attribut ; et le mot est marque l'action de mon esprit qui affirme, c'est-à-dire qui lie ensemble les deux idées de Dieu et de juste comme convenant l'un à l'autre. Que si je dis Dieu n*est pas injuste, est, étant joint avec les particules ne, pas, signifie l'action contraire à celle d'affirmer, savoir : celle de nier par laquelle je regarde ces idées comme répugnantes l'une à l'autre,

parce qu'il y a quelque chose d'enfermé dans l'idée àHnjuête qui

est contraire à ce qui est enfermé dans l'idée de Dieu^.

Mais, quoique toute proposition enferme nécessairement ces trois choses, néanmoins, comnie l'on a dit dans le chapitre précédent, elle peut n'avoir que deux mot& ou même qu'un.

Car les hommes , voulant abréger leurs discours , ont fait une infinité de mots qui signifient tout ensemble l'affirmation, c'est-àdire ce qui est signifié par le verbe substantif, et de plus un certain attribut qui est affirmé. Tels sont tous les verbes, hors celui qu'on appelle substantif, comme Dieu existe, c'est-à-dire est existant; Dieu aime les hommes, c'est-à-dire Dieu est aimant les hommes : et le verbe substantif, quand il est seul, comme quand je dis je pense, donc je suis, cesse d'être purement substantif, parce qu'alors on y joint le plus général des attributs qui est l'être; car je suis veut dire, je suis un être, je suis quelque chose.

Il y a aussi d'autres rencontres où le sujet et l'affirmation sont renfermés dans un même mot, comme dans les premières et secondes personnes des verbes, surtout en latin ; comme quand je dis : sum christianus; car le sujet de cette proposition est ego, qui est renfermé dans sum.

D'où il parait que, dans cette même langue, un seul mot fait une proposition dans les premières et les secondes personnes des verbes, qui, par leur nature, enferment déjà l'affirmation avec l'attribut; comme veni, vidi, vici, sont trois propositions.

On voit par là que toute proposition est affirmative ou négative, et que c'est ce qui est marqué par le verbe, qui est afi&rmé ou nié.

Mais il y a une autre différence dans les propositions, laquelle naît de leur sujet, qui est d'être universelles, ou particulières, ou singuhères.

Car les termes, comme nous avons déjà dit dans la première partie, sont ou singuliers, ou communs et universels.

Et les termes universels peuvent être pris, ou selon toute leur étendue, en les joignant aux signes universels exprimés, ou sousentendus, comme omnis, tout, pour l'affirmation ; nullus, nul, pour la négation : tout homme, nul homme.

Ou selon une partie indéterminée de leur étendue, qui est lorsqu'on y joint le mot aliquis, quelque, comme quelque homme, quelques hommes, ou d'autres, selon l'usage des langue§.

D'où il arrive une différence notable dans les propositions; car, lorsque le sujet d'une proposition est un terme commun qui est

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