‹ Œuvres philosophiques d' Arnauld, comprenant les Objections contre les Méditations de Descartes, La logique de Port-Royal, le traité Des vraies et des fausses idées et des notes et une introductionChapitre 76 sur 257 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Df» propositloBi complexes selon l'afarmatlon ou la négation, et d'une espèce de ces. sortes de pioposlUons que les philosophes appellent modales.

Outre les propositions dont le sujet ou l'attribut est un terme complexe, il y en a d'autres qui sont complexes, parce qu'il y A

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des termes ou des propositions incidentes qui ne regardent que la forme de la proposition, c'est-à-dire, l'affirmation ou la négation qui est exprimée par le verbe, comme si je dis : Je soutiens que la terre est ronde; je soutiens, n^est qu'une proposition incidente, qui doit faire partie de quelque chose dans la proposition principale ; et cependant il est visible qu'elle ne fait partie ni du sujet, ni de l'attribut; car cela n'y change rien du tout, et ils seraient conçus % entièrement de la même sorte, si je disais simplement, la terre est ronde ; et ainsi cela ne tombe que sur l'affirmation qui est exprimée en deux manières : l'une à l'ordinaire par le verbe e^t, la terre est ronde ; et l'autre plus expressément par le verbe je soutiens.

C'est de même, quand on dit : je nie, il est vrai, il n^est pas vrai, ou qu'on ajoute dans une proposition ce qui en appuie la vérité, conune quand je dis : Les raisons (Tastronomie nous convainquent que le soleil est beauœup plus grand que la terre ; car cette première partie n'est que l'appui de l'affirmation.

Néanmoins il est important de remarquer qu'il y a de ces sortes de propositions qui sont ambiguës, et qui peuvent être prises différemment, selon le dessein de celui qui les prononce, comme si je dis : Tous les philosophes nous assurent que les choses pesantes tombent d'elles-mêmes en bas; si mon dessein est de montrer que les choses pesantes tombent d'elles-mêmes en bas , la première partie de cette proposition ne sera qu'incidente, et ne fera qu'appuyer l'affirmation de la dernière partie ; mais si, au contraire, je n'ai dessein que de rapporter cette opinion des philosophes, sans que moi-même je l'approuve , alors la première partie sera la proposition principale , et la dernière sera seulement une partie de l'attribut; car ce que j'affirmerai ne sera pas que les choses pesantes tombent d'elles-mêmes, mais seulement que tous les philosophes l'assurent. Et il est aisé de voir que ces deux différentes manières de prendre cette même proposition la changent teUement , que ce sont deux différentes propositions , et qui ont des sens tout différents. Mais il est souvent aisé de juger par la suite auquel de ces deux sens on la prend ; car, par exemple, si, après avoir fait cette proposition, j'ajoutais : or, les pierres sont pesantes; donc elles tombent en bas d'elles-mêmes, il serait visible que je l'aurais prise au premier sens, et que la première partie ne serait qu'incidente ; mais si, au contraire, je concluais ainsi : or, cela est une erreur; et par conséquent il peut se faire qu'une erreur soit enseignée par tous les philosophes, il serait manifeste que je l'aurais pris© dans le sçcond sens ; c'esH-^lire, que la première partie

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serait la pr(ypo8ition principale, et que la seconde ferait partie seulement de l'attribut.

De ces propositions complexes, ou la complexion tombe sur le verbe et non sur le sujet ni sur l'attribut, les philosophes ont particulièrement remarqué celles qu'ils ont appelées modales, parce que l'affirmation ou la négation y est modifiée par l'un de ces quatre modes j.-pomè^c, contingent, impossible, nécessaire : et parce que chaque mode peut être affirmé ou nié, comme, il est impossible, il n'est pas impossible, et en l'une et en l'autre façon être joint avec une préposition affirmative ou négative, que la terre est ronde, que la terre n^est pas ronde, chaque mode peut avoir quatre propositions, et les quatre ensemble seize, qu'ils ont marquées par ces quatre mots : Purpurea, Iliace, âmabimus, Edentuli, dont voici tout le mystère. Chaque syllabe marque un de ces quatre modes.

La !'•, possible;

La 2®, contingent;

La 3«, impossible;

La 4®, nécessaire.

Et la voyelle qui se trouve dans chaque syllabe, qui est, ou A, ou E, ou I, ou U, marque si le mode doit être affirmé ou nié, et si la proposition qu'il appellent dictum doit être affirmée ou niée en cette manière.

A. L'affirmation du mode, et l'affirmation de la proposition. H. L'affirmation du mode, et la négation de la proposition. I. La négation du mode, et l'affirmation de la proposition. U. La négation du mode, et la négation de la proposition.

Ce serait perdre le temps que d'en apporter des exemples qui sont faciles à trouver. Il faut seulement observer que purpurea répond à l'A des propositions complexes, iliace à £, âmabimus à I, EDENTULI à u, et qu'ainsi, si on veut que les exemples soient vrais, il faut, ayant pris un sujet, prendre pour purpurea un attribut qui en paisse être universellement affirmé ; pour iliace, qui en puisse être universellement nié ; pour âmabimus, qui en puisse être affirmé particulièrement ; et pour edentuli, qui en puisse être nié particulièrement.

Mais quelque attribut qu'on prenne , il est toujours vrai que toutes les quatre propositions d'un même mot n'ont que le môme sens; de sorte que l'une étant vraie, toutes les autres le sont aussi.

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