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Antoine Arnauld , Fun des plus féconds et des plus so« lides écrivains du x\iv siècle, a surtout marqué sa place en théologie. Fils d'Antoine Arnauld , avocat au Parlement, qui en 1594 plaida avec tant de courage et d'éloquence la cause de l'Université contre les jésuites, il ne faillit point à cette origine, et reçut de son père, avec la même haine contre les jésuites, l'héritege des ressentiments de la compagnie. Suivant Bayle , c'est improprement qu'on l'a appelé cartésien et janséniste , car il avait enseigné dans SCS cours , avant la publication des ouvrages de Descartes, les principes mêmes du cartésianisme , et son opinion sur la grâce était toute formée , qu'il ne connaissait pas encore le livre de Jansénius. Il se présenta pour être de la société de Sorbonne, mais son élection fut traversée et ne put avoir lieu qu'après la mort du cardinal; et lorsque plus urd, il fut devenu le chef et le soutien du parti janséniste, on instruisit couUe lui une procédure fort irrégulière par laquelle il se vit exclu de la faculté. Il passa vingt-iîinqans de sa vie, tantôt caché, tantôt parmi les solitaires de Port-Royal, et fut enfin obligé de sortir de France. Il ne trouva même pas la sécurité dans l'exil. Toujours en butte à la persécution et à la calomnie , forcé de taire son nom , et de ne se découvrir qu'à quelques amis affidés, son ardeur pour la polémique ne se ralentit jamais, et l'âge même n'ôta rien à la vigueur de son esprit. Du fond des Pays-Bas, où il se tenait caché, il lai-
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sait paraître des Mémoires que rendaient doublement redoutables la force de sa dialectique et le nombre de ses partisans. Il eut affaire tour à tour aux protestants et aux jésuites; il s'engagea, avec Richard Simon, dans des discussions approfondies sur des points d*exégèse , et combattit à outrance la théorie de la Vision en Dieu et le Système de la nature et de la grâce du père Malebranche. On sait qu'il était entré dans cette polémique à la pressante sollicitation de Bossuct. Quatre de ses lettres contre Malebranche furent composées peu de mois avant sa mort , qui arriva à Liège, en 169/i. Il avait alors plus de quatrevingt-deux ans. Ses œuvres, réunies dans une édition publiée à I^usanne, de 1775 à 1781 , ne forment pas moins de quarante-deux volumes in-4".
Les ouvrages purement philosophiques d*Arnauld sont ses Objections contre les Méditations de Descartes, et sa |)olémique contre la théorie de la Vision en Dieu de Malebranclie. On peut compter aussi la Logique de Port^ Royal , qui est entre les mains de tout le monde , et à la rédaction de laquelle il coopéra avec Nicole. Nous avons reproduit, dans celte édition , les Objections d'Ârnauld contre Descartes , morceau d'un ordre élevé qui , rapproché des discussions contre Malebranche , détermine la véritable place et le rôle d' Araauld dans Técole cartésienne. Le Tmilc des Vraies et des Fausses Idées que nous publions ensuite, provoqua une Réponse de Malebranche, devenue trè»-rare et que nous donnons tout entière parce qu'elle est nécessaire à l'intelligence des écrits d'Arnauld, et que les éditeurs des œuvres complètes de Malebranche l'ont omise. Les deux adversaires ne s'en tinrent pas là ; Arnaukl répondit très-longuement à la réponse de Malebranche ; et uu
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nombre assez considérable de lettres et de Mémoire» pa« rurent de part et d'autre. Ce n'était pourtant qu'un prélude à la discussion sur la gi*âce. Nous nous sommes lior* nés h extraire la partie philosophique de la Drfeme d*Arnauld contre la réponse de Malebranchc au li^re des Vraies et desFamses Idées. Cette défense ainsi réduite et débarrassée des détails personnels dont elle était chargée outre mesure , est un des meilleurs morceaux de critique qui soient sortis de la plume d'Arnauld, et elle résume avec force toutes ses objections contre la vision en Dieu et rétendue intelligible. On aura ainsi dans un seul volume toutes les pièces vraiment importantes de ce grand procès; tout ce qui, dans les arguments d*Arnauld et dans ceux de Malebranche , peut jeter du jour sur la tliéorie des idées.
Malebranche se plaignait avec amertume de Tanimosité et de la mauvaise foi d'Arnauld ; en général lesdiscussioiis ne lui allaient pas, et il ne s'y engagea jamais que malgré lui. Il avait au plus haut degré tous les caractères de cette famille de philosophes méditatifs dont il a été l^ plus illustre : il abondait dans son propre sens; et comme il avait une fécondité admirable pour développer les conséquences d'un principe , plus il réfléchissait sur ceux qu'il avait adoptés , plus il devenait inébranlable dans ses convictions, et inaccessible aux objections et aux difficultés. Amaokl , tout au contraire , plus accoutumé è la théologie qu'à la philosophie, et ayant passé sa vie presque entière à combattre les hérétiques au nom d'une autorité infaillible , avait plus de crainte des nouveautés , moins d'ouverture d'esprit pour les profondeurs de la métaphysique , et en même temps plus de liberté et de subtilité dans la discus-
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sion. Il résulte de ces différences que Tun étant surtout propre à l'invention , et Tautre à la critique, ils ont dû éclairer très-profondément une question si longuement débattue entre eux, mais il en résulte aussi qu'ils ne pouvaient guère s'entendre, et qu'ils ne se sont pas rendu justice. Plus d'une fois la discussion dégénéra en querelle, et ce fut , sur la fin, un spectacle affligeant Malebranche , il faut l'avouer, profita avec cruauté de la position particulière d'Ârnauld comme janséniste. Arnauld , qui' se laissa aussi emporter fort loin, revient de temps en temps sur des jugements trop sévères; et les paroles suivantes , que nous extrayons de sa lettre du U janvier 1 682 , paraissent être l'expression définitive de sa pensée :
« C'est le jugement , Monsieur, que je fais de notre ami. J'ai de la douleur de ce que quelques-uns de ses amis se sont trop hâtés de publier un écrit qui , contenant beaucoup de choses nouvelles et surprenantes, devait être vu et revu pendant un long temps et corrigé avec tant de soin qu'on pût avoir quelque assurance qu'on n'y aurait rien laissé , ou de mal prouvé, ou qui pût blesser la doc* trine de l'Église. Mais cela n'empêche pas que je n'aie toujours une grande estime de son esprit, de sa Vertu et de sa piété. Il écrit d'une manière si noble et si vive , qu'il est à craindre que , contre ses propres règles , il ne surprenne souvent le lecteur par les agréments de son discours , lorsqu'il prétend ne l'emporter que par la force de ses raisons. Il paraît qu'il n'est attaché qu'à la vérité , et que s'il ne la trouve pas toujours , ce n'est pas qu'il ne la cherche toujours de bonne foi; mais c'est que tout homme est homme, et capable de se tromper, lors même qu'on croit ne rien dire qu'après avoir bien con-