CHAPITRE XXni
nent que la substance étendue, qui est dans les pores de la substance de notre cerveau , a la faculté de penser. Il parait donc que Fauteur de la Eecherche cfe la Vérité n*appuie ses nouvelles opinions que sur des bypotbèses visiblement fausses, qu'il propose comme indubitables.
Cinquième raison. « Pour s*assurer si les qualités sen- « sibles sont ou ne sont pas des manières d'être de l'esprit , « on ne consulte point l'idée prétendue de l'âme ; les carté- « siens mêmes consultent, au contraire, l'idée de l'étendue ; « et ils raisonnent ainsi : la chaleur, la douleur, la couleur, « ne peuvent être des modifications de l'étendue ; car l'é- « tendue n'est capable que de différentes figures et de diffé- <r rents mouvements ; or, il n'y a que deux genres d'être : des « esprits et des corps; donc, la douleur, la chaleur, la cou- « leur et toutes les autres qualités sensibles appartiennent « à l'esprit ; puisqu'on est obligé de consulter l'idée qu'on a « de l'étendue , pour découvrir si les qualités sensibles sont « des manières d'être de son âme , n'est-il pas évident qu'on (ï n'a point d'idée claire de l'âme ? Autrement s'aviserait-on « jamais de prendre ce détour ? »
RÉP. Je ne sais pas qui sont ces cartésiens, qui raisonnent comme on les fait raisonner ici ; et j'ai de la peine à croire qu'il y en ait. Au moins je sais bien que M. Descartes n'a jamais raisonné de la sorte. Il ne faut que l'entendre parler dans la première partie de ses Principes , §. 68 et 70. « Mais , afin que nous puissions distinguer ici ce qu'il y a « de clair en nos sentiments d'avec ce qui est obscur , nous 0 remarquerons en premier lieu que nous connaissons clairece ment et distinctement la douleur , la couleur , et les autres a sentiments, lorsque nous les considérons simplement « comme des pensées ; mais que quand nous voulons juger « que la couleur , que la douleur , etc. , sont des choses qui « subsistent hors de notre pensée, nous ne concevons en « aucune façon quelle chose c'est que cette couleur , cette i< douleur , etc. ; et il en est do même , lorsque quelqu'un
<( nous dit qu'il voit de la couleur dans un corps , ou qu'il « sent de la douleur en quelqu'un de ses membres , comme « s'il nous disait qu'il voit , ou qu'il sent quelque chose , (( mais qu'il ignore entièrement quelle est la nature de cette (( chose ; ou bien qu'il n'a pas une connaissance distincte de « ce qu'il voit et de ce qu'il sent. Car , encore que lorsa qu'il n'examine pas ses pensées avec attention , il se per- « suade peut-être qu'il en a quelque connaissance , à cause a qu'il suppose que la couleur qu'il croit voir dans l'objet (( a de la ressemblance avec le sentiment qu'il éprouve en (f soi , néanmoins s'il fait réflexion sur ce qui lui est repré- « sente par la couleur , ou par la douleur , en tant qu'elles « existent dans un corps coloré, ou bien dans une partie « blessée , il trouvera sans doute qu'il n'en a pas de oon-
« naissance Il est donc évident, lorsque nous disons à
« quelqu'un que nous apercevons des couleurs dans les ob- « jets , qu'il en est de même que si nous lui disions que « nous apercevons en ces objets je ne sais quoi dont nous <( ignorons la nature , mais qui cause pourtant en nous un (( certain sentiment fort clair et manifeste qu'on nomme le « sentiment des couleurs. Mais il y a bien de la différence « en nos jugements ; car , tant que nous nous contentons de (( croire qu'il y a je ne sais quoi dans les objets ( c*est-à- « dire dans les choses telles qu'elles soient ) qui cause en « nous ces pensées confuses qu'on nomme sentiments , tant « s'en faut que nous nous méprenions , qu'au contraire nous (( évitons la surprise qui nous pourrait faire méprendre , à a cause que nous ne nous emportons pas sitôt à juger téméa rairement d'une chose que nous remarquons ne pas bien « connaître. Mais, lorsque nous croyons apercevoir une <( certaine couleur dans un objet, bien que nous n'ayons a aucune connaissance distincte de ce que nous appelons a d'un tel nom , et que notre raison ne nous fasse aperce- « voir aucune ressemblance entre la couleur que nous supa posons être en cet objet et celle qui est en notre sens ,