‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 140 sur 159 · V. Or , cette étendue intelligible, à laquelle la couleur se · texte numérisé non relu

V. Or , cette étendue intelligible, à laquelle la couleur se

rapporte , et par laquelle elle est visible , n'est point un sentiment ou une modalité de l'âme; car toute modalité est particulière , et cette étendue est générale. L'étendue est un objet commun à tous les esprits ; mille personnes peuvent voir une même colonne, je la prends numériquement. Ceux même qui sont dans la Chine peuvent voir le Louvre, non pas néanmoins en conséquence des lois générales de la nature ; mais je ne puis être modifié de la même modalité cpii modifie celui qui regarde le même objet que moi. Déplus, je ne vois pas l'étendue comme un mode , mais comme un être ; et je sais que la couleur n'est qu'une manière d'être. Enfin , je connais clairement l'étendue , j'en puis découvrir les propriétés , comme par exemple que la section inclinée d'une colonne fait une ellipse, marque certaine que j'en ai une idée claire. Et je ne puis découvrir aucune propriété de la couleur, marque certaine que je ne fais que la sentir, marque certaine que ce n'est que la modalité de moi , qui me sens lorsqu'on me touche; et qui ne me connais pas parce que je ne vois pas l'idée de mon âme , l'esprit archê> type sur lequel j'ai été formé , en qui je suis lumière , et hors duquel je ne suis à moi-même que ténèbres : esprit intelligible , dans le()uel on peut voir que l'âme est capable de toutes les modifications dont elle est affectée, et d'une infmité d'autres. Mais sans la vue de cet esprit intelligible . on ne peut savoir qu'on soit capable d'avoir le goût du melon , la vue du zinzolin , la douleur du mal de dents . qu'on n'ait été frappé de ces sentiments; sentiments, dis-je . confus , qui se font sentir sans se 'faire connaître ni eux . ni la substance qu'ils modifient.

Vl. Or je prétends que l'étendue intelligible est Varchr^ type, ou Vidée par laquelle Dieu connaît tous les objets matt^ riels, et sur laquelle il les a formés; et qu'afin qu'il me fass** voir ses propres ouvrages , une sphère , par exemple , il «mf. fit qu'il me donne un sentiment de couleur qui se rapporte .1 »me sphère intelligible.

A M. ARNALLD. Sj?

VI!. Je pense à une sphère quand je considère dans retendue intelligible que renferme la raison une certaine partie intelligible, dont toutes les extrémités sont également éloignées d'une autre qui en est le centre; et je suis sûr par là que Dieu même voit la chose telle que je la vois , quoique d'une manière bien différente. Je suis sûr que Dieu voit que toutes les lignes tirées dans une sphère et qui passent par le centre , sont toutes égales ; que ce qui est vrai à mon égard l'est à l'égard de Dieu même et de tous les esprits, parce que je vois toutes ces choses dans une nature immuable, nécessaire , éternelle , commune à toutes les intelligences.

VHÏ. Mais afin que je voie maintenant une sphère comme existante, il faut encore que Dieu me l'apprenne. Dieu cornait qu'il y a une sphère, parce qu'il sait bien qu'il a voulu en faire, et que ses volontés sont efficaces. Il ne tire point ses connaissances de ses créatures ; il ne les voit que par les idées qu'il en a , et par la connaissance de ses décrets. Mais afln que je le sache, moi, il faut qu'il me l'apprenne; et il ne me l'apprend que par les sentiments dont il me touche, en conséquence des lois de l'union de l'âme et du corps , selon lesquelles il agit en moi sans cesse.

IX. Je prétends donc que le sentiment de couleur dont Dieu me frappe à la présence d'une sphère, et en conséquence des lois générales de l'union de l'iime et du corjis, dont l'efficace est déterminée par le mouvement des petits rorps qui ébranlent mon cerveau : je prétends, dis-je, que ce sentiment est une espèce de révélation naturelle, par laquelle Dieu m'apprend qu'il y a devant moi un tel corps; car comme je sais qu'il n'y a nul effet sans cause, me sentant touché d'un sentiment de couleur par rapport à une sphère , je pense à une sphère , je vois une sphère, je crois qu'il y a devant moi une sphère, et je juge même, quoique faussement , que c'est elle qui se présente et qui se fait sentir à moi. Il est vrai que je m'y trompe quelquefois, lorsque je ne juge do sa présence que par le sentiment que j'en ai ; parce

358 RÉPONSE DE MALEnRANCnE

qu*afin que Dieu me la fasse voir, il n*est pas toujours nécessaire qu'elle soit présente : il suffit que Tefficace des lois de runion de l*âme et du corps que Dieu suit et doit suivre constamment , afin que son action porte le caractère de ses attributs, soit déterminée par l'ébranlement qui peut quelquefois arriver dans le cerveau par d'autres causes que par la priîsence d'une spbère; cat c'est cet ébranlement qui est la cause occasionnelle ou naturelle de mes sentiments.

X. Mais comme les lois de l'union de ri\me et du cor}^ sont établies pour d'autres usages que pour instruire Tesprll de la vérité ; comme le corps ne parle à l'esprit que pour le corps , le témoignage des sens à l'égard même des faits , est trompeur. Car comme Dieu n'agit point par des volontés particulières , mais en conséquence des lois qu'il a établies ; c'est une nécessité, l'esprit étant aujourd'hui dépondant du corps, qu'on voie la nuit, par exemple, mille fantômes qui n'exiv tent point , et qu'on sente de la douleur dans un bras qu'on a perdu depuis longtemps ' . Dieu en cela n'est point trompeur, parce qu'il nous apprend, quand nous rentrons en nous-mêmes pour consulter la raison , que c'est la lumière ei l'évidence qui doit régler les pas de l'esprit; l'instinct et le> sentiments confus n'étant donnés que pour porter l'Ame à la conservation du corps, de la manière la plus courte et la plu> sûre qu'on se puisse imaginer.

XI. Pensez-vous, Monsieur, ce que croit M. Amauhi. « que cette manière d'expliquer comment on voit les objets. soit si embarrassée, qu'il n'y a point d'homme sincère qu puisse dire de bonne foi qu'il Tait comprise ? » Pensez-vou« qu'il n'y eut « jamais rien de plus mal inventé , de plus inir* telligible et de plus mal propre à nous faire apercevoir lo^ objets matériels que nous souhaitons de connaître ? » Fensivvous que a cela soit contraire à ce que je dis que Dieu f^ toutes choses par les voies les plus simples ; » et qu'ains:

• Voyoï /« Rnherche de la JVrità, llv. I , cliap. 5.

n'a point créé des êtres représentatifs pour nous faire voir ses ouvrages , selon le sentiment de quelques philosophes? QuV a-t-ii de plus simple que cette manière par laquelle Dieu nous fait tout connaître sans rien faire de nouveau?

Xll. Mais, dit M. Arnauld, a rien ne peut convaincre davuntage un homme qui raisonne bien , de la fausseté d'un principe, que quand il le conduit dans des erreurs tout à fait absurdes et directement contraires à ce qu'il avait prétendu expliquer. » Or je crois qu'on voit les corps. J'ai voulu expliquer comment on les voit ; et il s'ensuit de mes principes que je ne les vois point , mais des corps intelligibles.

C'est sa cinquième démonstration de la fausseté de mon explication. Sur cela il y a douze pages en ce seul chapitre, et encore davantage dans d'autres endroits du livre de M. Amauld,

Kkponse. — XIU. Je nie la conséquence, et je réponds (]u'on voit les corps. Mais , répliquera M. Arnauld par plusieurs passages do la Recherche de la Vérité , j'ai dit « que le soleil qu'on voyait n'était pas celui qu'on regardait, etc. » Donc j'ai cru qu'on ne voyait pas les corps. Non en euxmétnes , répondrai-je à toutes ses grandes citations qui ne tendent qu'à étourdir le lecteur , et faire croire à quelquesuns que je me contredis à tous moments.

Que cette équivoque est difficile à démêler, et que ma contradiction est manifeste ! J'ai dit qu'on voyait les corps ; j'ai voulu expliquer cette vérité; et ma conséquence toute contraire , c'est qu'on ne les voit pas , mais des corps intelligibles. N'est-il pas visible, Monsieur, qu'il n'y a qu'à ajouter en eux-mêmes, pour faire comprendre que j'ai prouvé ce que je prétendais? Néanmoins, écoutez M. Arnauld.

XIV. « En faut-il davantage, iwur n'avoir aucune créance à ce que dit cet auteur de la nature des idées, quelque air de spiritualité qu'il y donne? Car qu'avait-il entrepris de prou-* ver? que les idées dont il recherche la nature, sont nècessa ires ijour ai)ercevoir les objets matériels. Et que conclut- il

360 HÉPONSE DE MALLlîRANCllE

après beaucoup de subtilités ? que notre corps tourne st*yeux vers les corps matériels, ce qui s'appelle regarder; mais que notre esprit est incapable de les apercevoir, et qu il n'aperçoit que les corps intelligibles. Peut-on croire qu'un homme qui a accoutumé de bien raisonner, ait raisonne sur de bons principes, lorsqu'il en conclut tout le contraire do ce qu'il avait entrepris de prouver, ou plutôt de ce qu il avait supposé comme incontestable, et n'ayant pas besoin d'aucune preuve? C'est comme si un homme avait pronii> de faire voir, comment la liberté de l'iiomme se peut accorder avec la providence de Dieu ; et qu'après beaucoup «le discours , il ne trouvât point d'autre moyen de faire cet accord, qu'en niant que l'homme soit libre. »

RÉPONSE.— Qui a jamais prétendu renverser le sentinum de ceux qui croient qu'on ne voit les objets que par des tv pèccs intentionnelles ou des entités représentatives, hm^ cette Démonstration de M. Arnauld , qu'ils prouvaient ton' le contraire de ce qu'ils prétendaient? Mais qui leur a repr-ché , qu'ils « donnaient à Dieu des lois bizarres et sans fondement,» qu'ils ne voyaient que des espèces, qu'ils n mangeaient que des espèces, qu'ils ne parlaient qu'à destpèces, et qu'ils n'avaient de société qu'avec des fantdnn^ Lisez, Monsieur, encore ce qui suit : cela pourra peut-ri. vous réjouir.

M. Arnauld.— XV. « On supplie ceux qui voudrai» s'opiniatrer à soutenir son paradoxe , de répondre à cel .»

gument.

« Mon âme est capable de voir, et voit en effet ce •.

Dieu a voulu qu'elle vît.

« Or Dieu l'ayant jointe à un corps, a voulu qu>He • non un corps intelligible, mais celui qu'elle anime; non d .■ très corps intelligibles, mais les corps matériels qui sont tour de celui qui lui est joint; non un soleil intelh'gibff. r. le soleil matériel qu'il a créé, et qu'il a mis dans le ci»' Donc il n'est point vrai (luc notre âme ne voie «;

corpd intelligible , et non celui qu'elle anime. Et il en est de même des autres corps.

« La majeure ne se peut nier sans impiété , puisque ce ne serait pas concevoir Dieu tel qu'il est, c'est-à-dire tout-puissant, que de prétendre qu'il n'ait pas fait tout ce qu*il a voulu. Il n'y a donc qu'à prouver la mineure.

ff Dieu en créant mon âme , et la mettant dans un corps , a voulu qu'elle veillât à la conservation de ce corps, et que composant un homme avec ce corps , je vécusse en société avec d'autres hommes qui auraient un corps et une âme comme moi , et que cette société consistât à nous rendre mutuellement des offices de charité.

« Or il a été nécessaire pour cela que je connusse le corps que j'anime, et non un corps intelligible; car je dois connaître le corps que je dois conserver. Or ce n'est point un corps intelligible que je dois conserver, mais le corps que j'anime. Et de même , si lorsque je sens un grand froid , j'ai besoin de mapprocher du feu ; c'est du feu matériel que je dois approcher le corps que j'anime , et non point d'un feu intelligible. Si étant exposé aux rayons du soleil pendant le grand été , je m'en trouve incommodé , et comme brûlé , et que je doive chercher un lieu , où je puisse être à couvert des rayons du soleil, ce sera des rayons du soleil matériel, et non de ceux d'un soleil intelligible. C'est une viande matérielle et un breuvage matériel que je dois prendre par la bouche matérielle, pour soutenir le corps que j'anime, et en réparer les ruines. C'est donc tout cela que je dois connaître , et non une viande intelligible, et un breuvage intelligible que mon esprit verrait être reçus par une bouche intelligilAe dans un corps intelligible; car il n'y a pas d'apparence que tout cela fût propre à nourrir mon corps. Il en est de même de la société que je dois avoir avec les autres hommes. Je les dois connaître pour les assister dans leurs besoins, ou pour en être assisté; pour les instruire, ou pour en être instruit; et enfin, pour leur rendre ou pour recevoir d'eux une infinité d'officos

362 RÉPONSE D£ MAL£DBAKGUE

de charité. Or il est bien clair, que ce n'est point à des hommes inieUigihks que je rends tous ces devoirs, mats a des hommesque je vois etqui me voient, qui me parlentet à qui je parle.

« Donc rien n'est plus mal fondé , pour ne rien dire de plus fort, que cette imagination bizarre , que quand nous tournons les yeux vers les corps matériels , ce qui s'appelle regarder; ce ne sont pas ces corps matériels que nous voyons, mais des corps înMigibles. »

RÉPONSE. — XVI. Je distingue cette mineure sur laquelle est fondée la prétendue démonstration de M. Amaukl : Dieu a iXMlu que l'âme vil les corps. Si par voir les corps , M. A^ nauld entend voir en eux-mêmes, je la nie : c'est supposer ce qui est en question. Si par des idées , je Taccorde.

Supposé, selon le sentiment de M. Arnauld , que Dieu ait voulu qu'on vit les corps immédiatement en eux-mêmes, ou par eux-mêmes, pourquoi ne les voyons-nous que par la couleur qui est en nous, et non dans ces corps? Si Dieaa voulu que nous connussions ses ouvrages et les autres hommes au sens de M. Arnauld , parce que sans cela nous ne pourrions avoir de société avec eux , d'où vient qu'il nous les représente par nos sens tout autres qu'ils ne sont en euxmêmes? Dieu n'a donc pas voulu que nous les connussions tels qu'ils sont, par nos sens, mais par la lumière de la raison , par l'idée sur laquelle ils ont été formés : il a voula que les sens ne parlassent au corps que pour le corps, et n'éclairassent jamais l'esprit.

XVII. En effet , Monsieur, est-ce que je ne puis m'approcber du feu , et m'en servir pour la conservation de ma vie, sans le connaître? ne suffit-il pas que je le sente ?£st-oe que les modalités esserUiellemenl représentoUives de M. Aniaold, lui représentent non-seulement les corps tels qu'ils sont, mais encore l'âme de ceux avec lesquels il a société ? Pour moi, quand je regarde un homme, je ne vois qu'un certain arrangement de parties , qu'on appelle un visage : et je ne vois cet arrangement que par la couleur. Quand je vois la

grimace d'un hommo qui pleure , et les différents aiis d'un vidage; je pense, en conséquence des lois admirables de l'union de l'âme et du corps , à sa misère et à ses besoins , sans qu'il y ait le moindre rapport entre des grimaces et la tristesse. Cela me suffit pour la société , pour me porter à secourir mon prochain, sans que j'aie une connaissance plus particulière de la nature de son âme , et de la construction admirable de sa machine. H me prie par cette prière naturelle, plus instamment et plus efficacement que par sa prière intérieure , quand elle me serait connue. Je me soulage en le soulageant ; et je soulfre même , lorsqu'un chien , que je crois n'avoir point d'âme, dit à mes sens, ou à moi par mes sens, qu'il souffre de la douleur, et qu'il a besoin de mon secours : parce que Dieu a lié entre eux tous ses ouvrages pour leur mutuelle conservation, d'une manière sûro, et qu'on ne peut trop admirer.

XVIII. Mais que M. Arnauld sache exactement, et ne combatte point inutilement celte vérité : qu'il n'y a que la raison qui nous éclaire ; que nous ne connaissons les ouvrages de Dieu, qu'en la consultant, qu'en la contemplant; que pour découvrir ce que c'est qu'un animal, ou le moindre des ouvrages de Dieu , il faut s'élever au-dessus des sens , faire abstraction de la couleur, objet unique de la vue ; et de toutes les autres qualités sensibles, et penser à l'étendue dont ils sont composés : étendue qui ne se peut connaître dans les modalités de l'ame, qui ne sont que ténèbres; mais par l'idée claire que nous en avons dans la nature inunuable et illuminante de la vérité, qui renferme l'archétype de tous les corps. C'est pour contempler la raison , que Dieu a fait les esprits , et dans la raison Dieu même , et tous les êtres et créés et possibles. Dieu n'a pas fait les esprits pour connaître les corps, au sens de M. Arnauld ; il les a faits pour lui, et uniquement pour lui. C'est assez que nous sentions les corps, ou que nous les connaissions par la voie courte et sûre, mais ronfuso , de l'instinct ou du sentiment , pour avoir le com-

merce que Dieu veut que nous ayons avec eux , et société avec les âmes qui leur sont unies. L'objet immédiat de no» ponnaissances, celui pour lequel Dieu a fait les intelligences, c'est la substance intelligible, immuable, éternelle, nécesaaire de la raison , sagesse commune à tous les esprits, et consubstantielle à Dieu même. Tous les ouvrages de Dieu sont subordonnés : la fin de l'esprit , c'est la vue de la vérité. Il faut donc que cette vérité intelligible ne se trouve point dans les corps, substances inférieures, ni dans des modalUés essentieUement représentatives ( car l'âme n'est point à elle-même sa lumière et sa raison, elle ne voit que ténèbres , ou sentiment confus , en se contemplant ) ; mais dans celui hors duquel l'esprit ne peut vivre , parce que hors de lui rien n'est intelligible, rien n'est capable de l'éclairer, rien n'est capable de le pénétrer et de le nourrir.

Je pense, Monsieur, que cela suffit, afin que vous jugiex solidement des deux dernières démonstrations de M. Arnauld. Prenez la peine de les lire.

CIIAPITRK XIY. — Réponse au douzième chapitre des Vraies ci dt-* Fausses Idées,

I. Après avoir réfuté les prétendues démonstrations i\e M. Arnauld, et établi mon sentiment, il semble que je devrai? finir ma réponse. Car si jusques ici j'ai eu raison, il est e\ident que le reste du livra de M. Arnauld ne mérite point j^r lui-même d'être réfuté ; mais sa réputation le mérite peutêtre. Ainsi, je vas parcourir tous les chapitres de son livre, et remarquer non toutes ses méprises ( un voluoie *».• foUo n'y sulTirnit qu'à peine) mais, quelques-unes seulenH"* dans chaque chapitre, pour ménager mon temps et celui » lecteur.

II. M. Arnauld, dans son douzième chapitre, aus$i lii** que dans la plupart de ceux qui suivent, ne tend qu*à pn vonir son lecteur contre mes sentiments, en me reprt^^«<H»t.'

A m. AR]NAULD. 365

comme a un homme qui n'a rien de ferme dans sa nouvelle doctrine de la philosophie des idées , et qui en parle tantùt d'une façon et tantùt d'une autre. »

III. J'ai dit dans le titre d'un chapitre , que nous voyons toutes choses en Dieu , et ailleurs , qu'il n'y a que Dieu qui nous puisse éclairer en nous représentant toutes choses. J'ai dit aussi dans d'autres endroits , que nous ne voyons point en Dieu, ni notre âme, ni celle des autres hommes. Cela suffit à M. Arnauld pour conclure, que je ne suis pas ferme dans mon sentiment, et que je me contredis. « Toutes choses, ditil, se réduisent donc aux choses matérielles et aux nombres. Et encore pour les choses matérielles, il en excepte dans les écraircissements toutes celles qui existent , et généralement tous les êtres singuliers. » M. Arnauld le prouve , et conclut par ces paroles : Voilà un grand retranchement du mot de toutes choses!

RÉPONSB. — IV. Si je croyais que nous eussions une idée claire de notre âme et de celle des autres hommes : si nous la voyions, ou si nous la connaissions autrement que par le sentiment intérieur et ténébreux que nous avons de nousmêmes , peut-être M. Arnauld pourrait-il conclure que je me contredis. Il faudrait de l'équité pour restreindre ce mot de toutes choses; mais il ne faut que du sens commun, pour voir que je suis ferme dans mes principes, et que je parle exactement, quoique je dise , qu'on ne connaît point en Dieu ce qu'on ne fait que sentir ou connaître par sentiment. Ne puisje pas dire, Monsieur, que c'est de Dieu que j'ai toutes clwses, quoique je ne possède presque rien ? Le sens commun no veutr-ilpas qu'on restreigne ce toutes choses au peu que j'ai ? Ainsi , comme je n'ai point cet avantage qu'a M. Arnauld d'avoir une idée claire de l'àme ; et que même tous ceux avec qui j'ai traité de cette matière , m'ont paru n'en ))Oint avoir , j'ai pu dire que nous voyons toutes choses en Dieu , sans craindre la critique des personnes qui ont du sens, ou du moins de l'équité.

366 RÊPO.NSE DE MALEDRANGHE

V. Mais quoi ! j'ai encore retranché les êtres singuliers? RÉPONSE. — Je le veux , qu'en conclura-Vil ? Je pourrai

toujours dire, que je vois toutes choses en Dieu, ai tout ce que je vois, c'est en lui que je le vois. Mais voici le passage de la Recherche de la Vérité, que cite M. Arnauld, et par lequel il prétend prouver que je me suis contredit, et duquel il conclut même , que « ma dernière pensée , c'est qu'on ne voit en Dieu aucun des ouvrages de Dieu. »

(( Il est, ce me semble, fort utile de considérer, que l'esprit « ne connaît les objets de dehors qu'en deux manières , par « lumière et par sentiment. Il voit les choses par lumière, « lorsqu'il en a une idée claire, et qu'il peut, en consuitant « cette idée, découvrir toutes les propriétés dont elles sont ca- « pables. Il voit les choses par sentiment, lorsqu'il ne trouve a point en lui-même d'idée claire de ces choses pour la coo- (( sulter, qu'il ne peut ainsi en découvrir clairement les pro- « priétés , qu'il ne les connaît que par un sentiment confus , a sans lumière et sans évidence. C'est par lumière et par une (c idée claire, que l'esprit voit les essences des choses, les nom- « bres et l'étendue. C'est par une idée confuse, ou par sentia ment, qu'il juge de l'existence des créatures , et qu'il con- « naît la sienne propre. »

VI. Il serait assez à propos que vous lussiez la suite : mais M. Ârnauld n'a fait transcrire que cola. Cependant, je crois que vous voyez bien, par les dernières paroles de ce passage, que ma pensée dans cet endroit, aussi bien que dans tous les autres , c'est qu'à l'égard des êtres corporels. je prétends qu'on ne les voit ou cannait , que dans Véfendue intelligible ; idée qui représente toutes leurs essences ou ce qu'ils sont, et qui ne se trouve qu'en Dieu ; mais que pour juger de leur existence, ou les voir comme présents, il faut que nos sens en soient frappés ; car il est certain qu^on ne voit comme actuellement existants les ouvrages de Dieu, que

ar la couleur, la chaleur, la doulçur , en un mot, par Tim- ^ssion qu'ils font sur nos sens : ou pour parler plus Hire-

A M. AnNArrj). 367

lienncment, plus exactement, plus philoeophiquement, «que par une espèce de révélation , que Dieu , comme auteur de la nature, nous en donne, en conséquence des lois générales de l'union de Tâme et du corps, qu'il a établies pour agir en Dieu, et d'une manière qui porte le caractère d'one sagesse infinie, d'une cause générale, d'une nature immuable ( voyez le chap. 4 ), toujours constante, et dans ses desseins, et dans sa conduite.

VU. Vous savez, Monsieur, que les-essences des êtres sont nécessaires, et que leur existence dépend d'un acte libre de Dieu. Sur ce fondement, j'ai dit qu'on voyait en Dieu, ou dans une nature immuable , les essences des choses maternelles, par le moyen de Vétendue intelligible , archétype do tous les corps ; « parce que les essences des êtres ne dépendent point d'un acte libre de Dieu. » J'ai dit ailleurs, qu'on voyait en Dieu les ouvrages de Dieu , qui dépendent néanmoins d'un acte libre de Dieu. De là M. Arnauld triomphe, et conclut que je me contredis. « C'était donc en ce temps-là, dit-il, les ouvrages de Dieu , les astres que Dieu a créés, les choses changeantes et corruptibles, aussi bien que les immuables et incorruptibles que nous voyons en Dieu. Et maintenant ce n'est plus cela. Nous n'y voyons pluà que ce qui ne dépend point des actes libres de Dieu , d'où ont dépendu certainement tous les êtres que Dieu a créés. » Je croirais me rendre ennuyeux et ridicule, de répondre sérieusement à ces vétilles. Le reste de ce chapitre est de même force. Ceux qui savent mon sentiment seront surpris des raisonnements de M. Arnauld. Et je crois que du moins iU le plaindront de s'être engagé à parler d'une matière sur laquelle il n'a que de fausses et confuses idées.

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