‹ Œuvres philosophiques de Antoine Arnauld;Chapitre 144 sur 159 · I. M. Arnauld commence ainsi son chapitre · texte numérisé non relu

I. M. Arnauld commence ainsi son chapitre

« Après avoir fait voir, dans le chapitre 44, que cette étendue intelligible inûnie est tout à fait inintelligible, et n'est qu'un amas de contradictions; et après avoir montré, dans le quinzième, que quand on la supposerait telle qu'il veut qu'elle soit , il serait impossible que notre esprit y pût trouver les idées des choses qu'il ne connaitrait pas , et qu'il aurait besoin de connaître : il ne me reste plus, pour un entier renversement de cette nouvelle philosophie des idées, qu'à montrer que, quand ce qu'il fait faire à notre esprit, pour lui faire trouver ses idées dans cette étendue intelligible infinie, pourrait lui servir à les y trouver (ce qui ne peut éire, comme nous venons de le voir], on n'en devrait pas moins rejeter, comme des chimères, tout ce qu'il dit sur cela, parce qu'il est manifestement contraire à ce que nous savons certainement se passer dans notre esprit, qui est la plus certaine des expériences , et aux lois générales que Dieu g est prescrites à lui-même , pour nous donner la connaissanoe de ses ouvrages. »

Voilà , Monsieur, de quoi surprendre les simples. Ce style et ces manières faisaient autrefois des conquêtes ; mais pn> sentement on s'en dé6e, les philosophes surtout. Et peut-étff» que les autres n'oseront parler de métaphysique , de peur qu'on se moque d'eux.

II. Après cinq ou six pages de discours assez inutiles à la question , M. Arnauld suppose une vérité dont je coavieii» . qui est que du marbre parait blanc ou noir, à cause de la différence de Tarrangement des parties de leur surfaœ : Dic^ ayant jugé à propos de nous donner moyen de diaoemer le? objets par les sensations de différentes couleurs.

« Mais, continue-t-il , ce dessein de Dieu serait renveiï^*» si sous prétexte que nul de ces marbres n'est proprement r

4 M, Ann^vf^n, H1

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It^rilé qui m c'aI lo fondement. Il e^t nécmk&m (\m vou» U* \\»m, M. Amauld Tu tranticrit par fmrtiei trol» fmftdso» ce ctiapitre , at en a (oujourn retranché ce qui décelait la qua(tion, Ijb voici, Montiieur, tout entier.

u 11 ne faut pan H^imaf^iner que la volonU^ commamk a a Tentendement d'une autre manière que par «a^déiMr» et mt 1 mouvement)i ; car la volonté n'a tK>int d'autre actiijm. VX il u ne faut \m% croire non plus, que l'entendement otiéte a u la volonUt, en produittant en lui'méme les id^ des diOM» u que l'âme ûéfiïm ; car l'entendement n'agit |)oint ^ il ne fait « que recevoir la lumière, ou les idées de ces choses, par u l'union nécessaire qu'il a avec celui qui renferme t4»us le» u êtres d'une manière intidli^çible , ainsi que l'on a ex(»liqa^ u dans le troisieuie livre,

« Voici donc tout le mystère, L'hmnme parUcifie a la soo' « veraine raison , et la vèrit4^ m*, découvre â lui , k (tropof' u lion qu'il s'applique à elle, et qu'il la prie. Or, led^*s«rd« u rdme est une prière naturelle qui est toujours e^ucée; esu u c'est une loi naturelle que les idées soient d'autant pHi» « présentes à l'i^prit , que hi volonté les désire av«c phn tt d'ardeur. Ainsi, |)ourvu que la capacité que nous avons de u (Mtnser, ou notre entendement, ne soit point rempli ^Umim^ « timents confus que nous recevons à l'occasion de ca qui m « pusse dans notre cor|Hi, nous ne souhait4>ns Jamais dape*u M'r à quelque objet , que l'idée de cet olijet ne nou§ soit u missiuH prés(irite ; et comme l'exfiérience même notM Taf^ u prend , ciitte idée est d'autant plus présente et plu» ckàtt u que notre i\é¥i\r mi plus fort, et que les sentimentu codfo u que nous recevons par le corfis sont plus faibles et tmtm u simsibles , (^n»me je l'ai déjà dit dans la remarqua pr«- « c/filente.

</ Aiut^i, quand j'ai dit que la volonté commande a Xrm- « Utndemcnt de lui \)\'iim\\U\v quelque objet particulk^r, j* « préUtndu Ntidement dire que l'âme qui veut conM^krrr '/ \\siH\ atUMili(/n c(»t objet n'en approche f>ar wm désir: \mn»

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.(88 BÉPONSE DE MALERRANCHE

iérUé qui en est le fondement. Il est nécessaire que vous le lisiez. M. Arnauld Ta transcrit par parties trois fois dans ce chapitre , et en a toujours retranché ce qui décidait la question. Le voici, Monsieur, tout entier.

a II ne faut pas s'imaginer que la volonté commande à a l'entendement d'une autre manière que par ses désirs et ses (( mouvements ; car la volonté n'a point d'autre action. Et il a ne faut pas croire non plus, que l'entendement obéisse à (( la volonté , en produisant en lui-même les idées des choses « que l'âme désire ; car l'entendement n'agit point : il ne fait a que recevoir la lumière, ou les idées de ces choses, par (( l'union nécessaire qu'il a avec celui qui renferme tous les « êtres d'une manière intelligible , ainsi que l'on a expliqué a dans le troisième livre.

« Voici donc tout le mystère. L'homme participe à la sou- « veraine raison , et la vérité se découvre à lui , à propor- (i tion qu'il s'applique à elle, et qu'il la prie. Or, le désir de a l'âme est une prière naturelle qui est toujours exaucée ; car « c'est une loi naturelle que les idées soient d'autant plus « présentes à l'esprit , que la volonté les désire avec plus a d'ardeur. Ainsi, pourvu que la capacité que nous avons de « penser, ou notre entendement, ne soit point rempli dessen- « timents confus que nous recevons à l'occasion de ce qui se « passe dans notre corps , nous ne souhaitons jamais de pen- « ser à quelque objet , que l'idée de cet objet ne nous soit a aussitôt présente : et comme l'expérience même nous Tap- « prend , cette idée est d'autant plus présente et plus claire, a que notre désir est plus fort, et que les sentiments confus (( que nous recevons par le corps sont plus faibles et moins a sensibles , comme je l'ai déjà dit dans la remarque pré- « cédente.

il Ainsi, quand j'ai dit que la volonté commande à Tee- « tcndcment do lui présenter quelque objet particulier, j*ai « prétendu seulement dire que l'âme qui veut considérer « avec atlonlion cot objet s'en approche par son désir; parce

(( que ce désir, en conséquence des volontés efficaces de a Dieu qui sont les lois inviolables de la nature, est la cause « de la présence et de la clarté de l'idée qui représente cet « objet. »

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